
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce qu'un essai clinique de dispositif médical ?
Cadre réglementaire : règlement MDR 2017/745
Catégories d'investigations cliniques concernées
Autorisations ANSM et comité de protection des personnes
Étapes de soumission d'un essai en France
Obligations de vigilance et points de vigilance
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
Un essai clinique de dispositif médical — appelé « investigation clinique » dans la terminologie réglementaire — est une étude systématique conduite sur des participants humains pour évaluer la sécurité ou les performances d'un dispositif. Contrairement aux essais portant sur des médicaments, ces investigations visent à démontrer la conformité d'un produit physique (implant, logiciel médical, équipement de diagnostic) aux exigences de sécurité et de performance clinique fixées par le droit européen.
En France, le Code de la santé publique (articles L. 1121-1 et suivants) encadre ces recherches sous la catégorie des recherches impliquant la personne humaine (RIPH). La loi Jardé de 2012, entrée en vigueur en 2016, distingue 3 catégories de RIPH selon le niveau de risque. Les investigations cliniques de dispositifs médicaux relèvent le plus souvent de la catégorie 1 (interventionnelle avec risque supérieur au soin courant) ou de la catégorie 2 (risque faible).
Cette qualification détermine le parcours réglementaire : type d'autorisation, contenu du dossier, assurance obligatoire et modalités de consentement. Une erreur de classification à ce stade peut entraîner un refus de dossier par l'ANSM ou le CPP, retardant le projet de plusieurs mois.
Le règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux (Medical Device Regulation, ou MDR) est entré en application le 26 mai 2021. Il remplace les directives 93/42/CEE et 90/385/CEE. Son chapitre VI (articles 62 à 82) fixe les exigences applicables aux investigations cliniques dans l'ensemble de l'Union européenne.
Le MDR impose au promoteur — fabricant, biotech ou organisme de recherche — de constituer un dossier conforme à l'annexe XV avant toute investigation clinique. Ce dossier comprend le plan d'investigation clinique, l'analyse bénéfice-risque, la description technique du dispositif et les preuves de conformité aux exigences générales de sécurité et de performance (annexe I).
| Texte | Champ d'application | Entrée en vigueur |
|---|---|---|
| Règlement MDR 2017/745 | Dispositifs médicaux (hors in vitro) | 26 mai 2021 |
| Règlement IVDR 2017/746 | Dispositifs médicaux de diagnostic in vitro | 26 mai 2022 |
| Loi Jardé (2012) | Recherches impliquant la personne humaine en France | 18 novembre 2016 |
| RGPD (2016/679) | Données personnelles, y compris données de santé | 25 mai 2018 |
En droit français, le MDR se combine avec le Code de la santé publique. L'ANSM reste l'autorité compétente pour l'évaluation des dossiers. Le promoteur doit donc satisfaire simultanément aux exigences européennes et aux dispositions nationales, ce qui complexifie la préparation documentaire.
Le MDR distingue plusieurs types d'investigations cliniques selon la finalité et le statut réglementaire du dispositif.
La classe de risque du dispositif (I, IIa, IIb ou III) influe directement sur le niveau de preuve clinique exigé. Pour un dispositif implantable de classe III, l'ANSM exige un dossier technique détaillé incluant les résultats de tests précliniques et une analyse de risque conforme à la norme ISO 14971.
Structurer un dossier d'investigation clinique conforme au MDR et au droit français nécessite une expertise réglementaire croisée.
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Avant de démarrer une investigation clinique en France, le promoteur doit obtenir 2 autorisations distinctes et cumulatives.
L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) évalue la sécurité du dispositif et la pertinence scientifique du protocole. Le délai d'instruction est de 45 jours pour une investigation de catégorie 1, avec possibilité de demande d'informations complémentaires suspendant ce délai. En 2023, l'ANSM a instruit environ 120 dossiers d'investigations cliniques portant sur des dispositifs médicaux.
Le CPP évalue la protection des participants : qualité de l'information délivrée, modalités de recueil du consentement, rapport bénéfice-risque individuel, conditions d'indemnisation. Le CPP est désigné par tirage au sort parmi les 39 comités existants en France. Son délai de réponse est également de 45 jours.
| Autorité | Objet de l'évaluation | Délai légal | Issue possible |
|---|---|---|---|
| ANSM | Sécurité du dispositif, protocole | 45 jours | Autorisation, refus, demande complémentaire |
| CPP | Protection des personnes, éthique | 45 jours | Avis favorable, défavorable, demande de modification |
Les 2 procédures peuvent être menées en parallèle. Toutefois, l'investigation ne peut débuter qu'après réception des 2 décisions favorables. Un avis défavorable du CPP peut faire l'objet d'un recours auprès d'un autre comité dans un délai de 15 jours.
La soumission d'une investigation clinique suit un parcours séquencé que le promoteur doit anticiper dès la phase de conception du protocole.
Le délai global entre la soumission et le premier patient inclus varie en pratique entre 3 et 6 mois, selon la complexité du dispositif et la réactivité des autorités.
Sécuriser chaque étape de soumission réduit le risque de blocage réglementaire et protège le calendrier de développement.
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Pendant toute la durée de l'investigation, le promoteur est soumis à des obligations de vigilance strictes, prévues par l'article 80 du MDR et les articles L. 1123-9 et suivants du CSP.
Tout événement indésirable grave (EIG) lié au dispositif doit être déclaré à l'ANSM dans un délai de 7 jours (en cas de décès ou de mise en jeu du pronostic vital) ou de 15 jours (autres EIG). Le promoteur doit également informer le CPP et les investigateurs.
Les données de santé collectées lors de l'essai relèvent du RGPD et de la loi Informatique et Libertés. Le promoteur doit réaliser une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) lorsque le traitement présente un risque élevé. La CNIL a publié des méthodologies de référence (MR-001 pour les recherches nécessitant le consentement) qui encadrent ces traitements.
Le non-respect de ces obligations peut entraîner la suspension ou l'interdiction de l'investigation par l'ANSM, ainsi que des sanctions pénales (articles L. 1126-1 et suivants du CSP).
L'analyse des refus et demandes de modification émis par l'ANSM et les CPP révèle des erreurs récurrentes dans les dossiers soumis par les promoteurs.
Un accompagnement juridique ciblé permet de fiabiliser le dossier réglementaire et de réduire les délais d'instruction.
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Non. Les essais de dispositifs médicaux relèvent du règlement MDR 2017/745, tandis que les essais de médicaments sont régis par le règlement (UE) 536/2014. Les dossiers, les critères d'évaluation et les annexes techniques diffèrent. En revanche, les 2 types d'essais nécessitent en France une autorisation ANSM et un avis favorable du CPP.
Le délai légal d'instruction est de 45 jours pour l'ANSM et 45 jours pour le CPP, les 2 procédures pouvant être menées en parallèle. En pratique, les demandes d'informations complémentaires allongent ce délai. Le délai global entre soumission et démarrage effectif se situe entre 3 et 6 mois.
Oui. L'article L. 1121-10 du Code de la santé publique impose au promoteur de souscrire une assurance couvrant les conséquences dommageables de la recherche pour les participants. L'attestation d'assurance fait partie des pièces obligatoires du dossier de soumission.
Les données de santé des participants sont des données sensibles au sens du RGPD. Le promoteur doit identifier une base légale (consentement explicite ou intérêt public dans le domaine de la santé), réaliser une analyse d'impact (AIPD) si le traitement présente un risque élevé, et respecter les méthodologies de référence de la CNIL (MR-001 notamment).
Toute modification substantielle du protocole doit être notifiée à l'ANSM et au CPP avant sa mise en œuvre. L'ANSM dispose d'un délai de 38 jours pour se prononcer. Une modification non notifiée peut entraîner la suspension de l'investigation et des sanctions pénales.
Investigations cliniques de dispositifs médicaux (articles L1125-1 à L1125-32) - Légifrance
Investigations cliniques de dispositifs médicaux (article R1125-1) - Légifrance
Dispositifs médicaux (articles R5211-1 à R5213-11) - Légifrance
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