
Jullian Hoareau

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Earn-out et complément de prix : de quoi parle-t-on
Quand recourir à une clause d'earn-out
Mécanisme de calcul du complément de prix
Rédiger la clause : indicateurs, période et gouvernance
Points de vigilance juridiques et sources de litige
Traitement fiscal du complément de prix
Checklist pour sécuriser votre clause d'earn-out
Dans une opération de cession d'entreprise, le prix n'est pas toujours fixé intégralement au jour de la signature. Le mécanisme d'earn-out — littéralement « gain différé » — consiste à conditionner le versement d'une fraction du prix à l'atteinte de résultats futurs par la société cédée. Ce complément de prix s'ajoute au montant payé au closing et dépend de critères de performance définis contractuellement.
Concrètement, le cédant perçoit un prix de base ferme, puis un ou plusieurs versements complémentaires si la cible atteint les objectifs convenus sur une période donnée, en général 1 à 3 ans. L'acquéreur, de son côté, limite son risque en ne payant le surplus que si la valeur anticipée se confirme dans les comptes.
En droit français, la clause d'earn-out n'est pas encadrée par un texte spécifique. Elle relève du droit commun des obligations (articles 1163 et suivants du Code civil) et de la jurisprudence de la Cour de cassation, qui exige que le prix soit « déterminable » selon des critères objectifs ne dépendant pas de la seule volonté d'une partie.
L'earn-out intervient lorsque cédant et acquéreur ne s'accordent pas sur la valorisation de la cible. Plusieurs situations rendent ce mécanisme pertinent :
Selon une étude SRS Acquiom portant sur plus de 1 700 opérations de M&A, environ 28 % des transactions de taille intermédiaire intègrent un mécanisme d'earn-out. En France, cette proportion est comparable dans les cessions de PME et ETI valorisées entre 5 et 50 millions d'euros.
Structurer un earn-out exige une analyse fine de la cible et de ses indicateurs de performance.
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Le calcul du complément de prix repose sur 3 composantes articulées dans la clause :
| Composante | Rôle | Exemple |
|---|---|---|
| Indicateur de performance | Mesure objective du résultat | EBITDA, chiffre d'affaires net, marge brute |
| Seuil de déclenchement | Niveau minimum à atteindre pour déclencher le versement | EBITDA ≥ 2 M€ sur l'exercice N+1 |
| Formule de calcul | Règle de conversion du résultat en montant dû | 50 % × (EBITDA réel – seuil), plafonné à 1,5 M€ |
L'EBITDA reste l'indicateur privilégié dans les cessions de PME françaises : il neutralise les effets de structure financière et de politique d'amortissement. Le chiffre d'affaires est préféré lorsque la cible est en phase d'acquisition de parts de marché. La marge brute convient aux activités de négoce ou de distribution, où le volume seul ne reflète pas la rentabilité.
Un earn-out bien calibré prévoit un plancher (montant minimum garanti au cédant) et un plafond (cap) qui limite l'exposition de l'acquéreur. Sans plafond, l'acquéreur s'expose à un complément disproportionné en cas de surperformance conjoncturelle.
La rédaction de la clause d'earn-out conditionne directement la probabilité de litige. Trois axes structurent un texte solide.
Chaque indicateur doit être défini précisément dans la clause, en renvoyant à un référentiel comptable explicite (normes IFRS ou PCG). Un EBITDA « retraité » sans liste exhaustive des retraitements autorisés est la première source de désaccord post-cession.
| Durée | Avantage | Risque |
|---|---|---|
| 12 mois | Rapidité de dénouement | Période trop courte pour lisser un effet de saisonnalité |
| 24 mois | Bon compromis lisibilité / fiabilité | Maintien du cédant en poste parfois contraint |
| 36 mois et plus | Meilleure représentativité | Difficulté de gouvernance, risque de divergence stratégique |
La majorité des clauses observées en France portent sur une période de 18 à 24 mois.
Le cédant doit pouvoir vérifier que l'acquéreur ne dégrade pas artificiellement les résultats. La clause prévoit en général :
La gouvernance de la période d'earn-out est aussi déterminante que la formule de calcul elle-même.
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La Cour de cassation (Cass. com., 10 mars 1998) a confirmé qu'un prix de cession peut être partiellement variable, à condition que les critères de détermination soient objectifs et indépendants de la volonté unilatérale d'une partie. Une clause qui laisse à l'acquéreur le pouvoir de fixer seul le périmètre de calcul encourt la nullité pour indétermination du prix.
Le contentieux le plus fréquent porte sur les décisions de gestion prises par l'acquéreur pendant la période d'earn-out. Exemples concrets :
La jurisprudence sanctionne ces pratiques sur le fondement de l'obligation de bonne foi (article 1104 du Code civil) et de la responsabilité contractuelle.
Prévoir un mécanisme de résolution est indispensable : expertise indépendante d'abord, arbitrage ou juridiction ensuite. L'absence de clause de résolution allonge les délais de dénouement : un litige earn-out devant le tribunal de commerce dure en moyenne 18 à 30 mois.
Le traitement fiscal du complément de prix dépend de la qualification retenue par l'administration.
Le complément de prix est en principe taxé comme une plus-value de cession de titres, au même régime que le prix de base. Depuis 2018, le flat tax (prélèvement forfaitaire unique) s'applique au taux global de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux). Le cédant peut opter pour le barème progressif avec abattement pour durée de détention si les titres ont été acquis avant le 1er janvier 2018.
Si le cédant reste salarié ou mandataire social après la cession, l'administration fiscale peut requalifier tout ou partie du complément en rémunération (traitements et salaires), soumise à l'impôt sur le revenu au barème progressif et aux cotisations sociales. Le risque augmente lorsque le montant de l'earn-out est corrélé à la présence effective du cédant dans l'entreprise.
Le complément de prix versé s'ajoute au coût d'acquisition des titres. Il est donc capitalisé et non déductible du résultat imposable de la société acquéreuse, sauf cas particulier de dépréciation ultérieure.
Le cadrage fiscal de l'earn-out doit être anticipé dès la phase de négociation pour éviter un surcoût inattendu.
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Avant de signer, vérifiez que la clause couvre chacun des points suivants :
Cette liste n'est pas exhaustive, mais elle couvre les 10 points qui concentrent la majorité des litiges post-cession en matière d'earn-out.
Non. L'earn-out est un mécanisme contractuel facultatif. Il est utilisé lorsque cédant et acquéreur ne parviennent pas à s'accorder sur une valorisation fixe. Dans de nombreuses cessions, le prix est intégralement payé au closing sans complément différé.
En France, la durée la plus fréquente se situe entre 18 et 24 mois. Au-delà de 36 mois, la gouvernance devient complexe et le risque de divergence stratégique entre cédant et acquéreur augmente.
Le cédant peut invoquer l'obligation de bonne foi (article 1104 du Code civil) et engager la responsabilité contractuelle de l'acquéreur. La jurisprudence sanctionne les comportements visant à dégrader artificiellement l'indicateur de performance retenu dans la clause.
Pas nécessairement. Si le cédant reste en poste après la cession et que le complément est corrélé à sa présence, l'administration fiscale peut le requalifier en rémunération, soumise au barème progressif de l'impôt sur le revenu et aux cotisations sociales.
C'est juridiquement possible, mais déconseillé. L'absence de plafond expose l'acquéreur à un versement disproportionné en cas de surperformance exceptionnelle. En pratique, la quasi-totalité des clauses prévoient un cap pour limiter le montant total du complément de prix.
Complément du prix de cession (earn out) - BOFiP-Impôts
Article 150-0 A du Code général des impôts - Légifrance
Rédiger et signer l'acte de cession définitif - Service-Public.fr
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