Déposer un brevet : guide complet pour l'entreprise (étapes, coûts et délais)

Guides & Ressources pratiques
15 Mar 2026
-
11
min
Points clés de l'article
  1. Un brevet protège une invention technique nouvelle, inventive et susceptible d'application industrielle pendant 20 ans maximum.
  2. Toute divulgation publique avant le dépôt détruit la nouveauté et rend l'invention non brevetable.
  3. La procédure INPI comprend le dépôt formel, un rapport de recherche préliminaire, une phase d'observations et la délivrance, pour un délai moyen de 27 mois.
  4. Le coût total d'un premier dépôt français s'élève à environ 636 € (tarif standard), avec un abattement de 50 % pour les PME de moins de 1 000 salariés.
  5. Les redevances annuelles de maintien en vigueur augmentent progressivement de 38 € (2e année) à 790 € (20e année).
  6. L'extension à l'international (brevet européen ou PCT) doit être engagée dans les 12 mois suivant le dépôt initial pour conserver la date de priorité.

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Sommaire

Cadre et situations dans lesquelles un dépôt de brevet s'impose

Enjeux et risques pour l'entreprise : perte de nouveauté, divulgation, contrefaçon

Conditions de brevetabilité : nouveauté, activité inventive, application industrielle

Prérequis : recherche d'antériorités et préparation du dossier technique

Procédure INPI pas à pas : dépôt, examen, rapport de recherche, délivrance

Coûts INPI et redevances annuelles (abattement PME)

Obligations post-dépôt, extensions européennes et internationales (PCT)

Checklist avant dépôt et livrables à conserver

FAQ

Pour aller plus loin

Cadre et situations dans lesquelles un dépôt de brevet s'impose

Déposer un brevet confère à l'entreprise un monopole d'exploitation sur une invention technique pendant une durée maximale de 20 ans. Ce titre de propriété industrielle, délivré par l'Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), interdit à tout tiers de fabriquer, utiliser, vendre ou importer l'invention protégée sans autorisation du titulaire.

Le dépôt s'impose dans plusieurs situations concrètes. Lorsqu'une entreprise développe un procédé de fabrication original, un dispositif mécanique, un algorithme technique embarqué ou une composition chimique, elle dispose d'un actif immatériel qui, sans protection, peut être librement copié. Le brevet constitue alors un levier défensif — il permet d'agir en contrefaçon — et un levier économique : il valorise le portefeuille de propriété intellectuelle lors de levées de fonds, de cessions ou de négociations de licences.

En France, environ 15 500 demandes de brevet ont été déposées à l'INPI en 2023. Ce chiffre traduit une pratique courante chez les ETI et les grands groupes, mais encore sous-exploitée par les PME. Or, le droit des brevets repose sur un principe strict : le premier déposant l'emporte. Un concurrent qui dépose avant vous, même s'il a inventé après, obtient le monopole.

Quand le brevet n'est pas adapté

Le Code de la propriété intellectuelle (article L. 611-10) exclut de la brevetabilité les découvertes scientifiques, les théories mathématiques, les créations esthétiques, les méthodes commerciales et les programmes d'ordinateur « en tant que tels ». Pour ces actifs, d'autres mécanismes existent : droit d'auteur, secret des affaires, dessins et modèles. Le directeur juridique doit qualifier la nature de l'innovation avant d'engager la procédure.

Enjeux et risques pour l'entreprise : perte de nouveauté, divulgation, contrefaçon

Le risque principal réside dans la perte de nouveauté. En droit français et européen, toute divulgation publique de l'invention — publication scientifique, présentation à un salon, offre commerciale, communication sur un site web — avant la date de dépôt détruit irrémédiablement la nouveauté. Contrairement au droit américain, qui accorde un délai de grâce de 12 mois, le droit français ne prévoit aucune tolérance.

Ce risque se matérialise fréquemment dans les entreprises où la R&D communique avec des partenaires, des sous-traitants ou des clients sans accord de confidentialité préalable. Un échange technique non encadré suffit à constituer une antériorité opposable.

RisqueConséquenceMesure préventive
Divulgation avant dépôtPerte définitive de nouveautéNDA systématique, politique de publication interne
Absence de dépôtAucun droit exclusif, copie libreDépôt dès que l'invention est suffisamment décrite
Dépôt incomplet ou mal rédigéRejet ou protection trop étroiteRédaction par un conseil en propriété industrielle
Non-paiement des annuitésDéchéance du brevetSuivi calendaire automatisé

Le second enjeu concerne la contrefaçon. Sans brevet, l'entreprise ne dispose d'aucune base juridique solide pour empêcher un concurrent de reproduire son innovation. L'action en concurrence déloyale, parfois invoquée en substitution, exige de prouver une faute distincte de la simple copie, ce qui réduit considérablement les chances de succès.

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Conditions de brevetabilité : nouveauté, activité inventive, application industrielle

L'article L. 611-10 du Code de la propriété intellectuelle subordonne la délivrance d'un brevet à 3 conditions cumulatives.

Nouveauté

L'invention ne doit pas être comprise dans l'état de la technique, c'est-à-dire dans l'ensemble des connaissances rendues accessibles au public avant la date de dépôt, par quelque moyen que ce soit, en France ou à l'étranger. Un seul document antérieur décrivant l'invention de manière suffisante suffit à détruire la nouveauté.

Activité inventive

L'invention ne doit pas découler de manière évidente de l'état de la technique pour un « homme du métier », professionnel normalement compétent dans le domaine concerné. Ce critère est apprécié au cas par cas par l'examinateur de l'INPI, puis éventuellement par les juridictions en cas de litige.

Application industrielle

L'invention doit pouvoir être fabriquée ou utilisée dans un secteur industriel, y compris l'agriculture. Ce critère exclut les inventions purement théoriques, mais reste satisfait dans la grande majorité des cas.

ConditionQuestion à se poserExemple de rejet
NouveautéL'invention a-t-elle déjà été décrite publiquement ?Un article scientifique publié 6 mois avant le dépôt décrit le même procédé
Activité inventiveUn spécialiste du domaine aurait-il trouvé cette solution de manière évidente ?Simple combinaison de 2 techniques connues sans effet technique inattendu
Application industrielleL'invention peut-elle être reproduite industriellement ?Méthode de traitement chirurgical du corps humain (exclu par la loi)

Prérequis : recherche d'antériorités et préparation du dossier technique

Avant de déposer, le directeur juridique doit s'assurer que l'invention résiste à une confrontation avec l'état de la technique existant.

Recherche d'antériorités

La recherche d'antériorités consiste à interroger les bases de données brevets (Espacenet, base INPI, Google Patents, WIPO) et la littérature technique pour identifier les documents susceptibles de détruire la nouveauté ou l'activité inventive. Cette étape permet d'ajuster le périmètre des revendications avant le dépôt et d'éviter un rejet prévisible.

L'INPI propose un service de recherche d'antériorités à la demande, mais la plupart des entreprises confient cette analyse à un conseil en propriété industrielle (CPI) ou à un avocat spécialisé en brevets. Le coût d'une recherche professionnelle varie entre 1 500 € et 5 000 € selon la complexité du domaine technique.

Constitution du dossier technique

Le dossier de dépôt comprend obligatoirement :

  • La description : exposé détaillé de l'invention, suffisant pour qu'un homme du métier puisse la reproduire
  • Les revendications : définition précise du périmètre de protection revendiqué (partie juridiquement opposable du brevet)
  • L'abrégé : résumé technique de l'invention en 150 mots maximum
  • Les dessins : figures techniques illustrant l'invention (obligatoires si nécessaires à la compréhension)

La rédaction des revendications constitue l'étape la plus critique. Des revendications trop larges seront rejetées pour défaut de nouveauté ou d'activité inventive. Des revendications trop étroites limiteront la portée de la protection et faciliteront le contournement par les concurrents.

La qualité de la rédaction des revendications détermine directement l'étendue et la solidité de la protection obtenue.
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Procédure INPI pas à pas : dépôt, examen, rapport de recherche, délivrance

La procédure INPI se déroule en plusieurs phases successives, pour un délai total moyen de 27 mois entre le dépôt et la délivrance.

Étape 1 : dépôt de la demande

Le dépôt s'effectue en ligne sur la plateforme de l'INPI. Le déposant reçoit un numéro d'enregistrement et une date de dépôt, qui fonde le droit de priorité. L'INPI vérifie la conformité formelle du dossier dans un délai de 2 à 3 semaines.

Étape 2 : rapport de recherche préliminaire

L'INPI transmet la demande à la division brevets de l'Office européen des brevets (OEB), qui établit un rapport de recherche préliminaire. Ce rapport identifie les documents de l'état de la technique pertinents et évalue la brevetabilité de l'invention. Il est notifié au déposant dans un délai moyen de 9 à 12 mois après le dépôt.

Étape 3 : publication de la demande

La demande de brevet est publiée au Bulletin officiel de la propriété industrielle (BOPI) 18 mois après la date de dépôt. Cette publication rend l'invention accessible au public et ouvre un droit provisoire de protection.

Étape 4 : observations et réponse

Le déposant dispose de 3 mois après réception du rapport de recherche pour déposer des observations en réponse, modifier ses revendications ou argumenter sur la brevetabilité. Cette phase est déterminante : une réponse mal construite peut conduire au rejet de la demande.

Étape 5 : délivrance

Si l'INPI considère que les conditions sont remplies, il délivre le brevet et le publie au BOPI. Le brevet prend effet à compter de la date de dépôt initiale.

  • Délai moyen total : 27 mois
  • Durée de protection : 20 ans à compter de la date de dépôt
  • Territoire couvert : France uniquement (sauf extension)

Coûts INPI et redevances annuelles (abattement PME)

Les coûts INPI pour déposer un brevet se décomposent en redevances de procédure et en annuités de maintien en vigueur.

Redevances de procédure (tarifs 2024)

RedevanceTarif standardTarif réduit (PME < 1 000 salariés)
Dépôt de la demande36 €18 €
Rapport de recherche520 €260 €
Délivrance et impression90 €45 €
Total procédure646 €323 €

L'abattement de 50 % s'applique aux entreprises de moins de 1 000 salariés, aux personnes physiques et aux organismes à but non lucratif du secteur de l'enseignement ou de la recherche.

Redevances annuelles de maintien en vigueur

Les annuités sont dues à partir de la 2e année suivant le dépôt. Elles augmentent progressivement :

  • 2e à 5e année : 38 € à 52 € par an
  • 6e à 10e année : 104 € à 300 € par an
  • 11e à 15e année : 350 € à 550 € par an
  • 16e à 20e année : 600 € à 790 € par an

Le non-paiement d'une annuité entraîne la déchéance du brevet après un délai de grâce de 6 mois (avec majoration). Le coût cumulé des annuités sur 20 ans atteint environ 6 800 € en tarif standard.

Ces montants ne couvrent que les taxes officielles. Les honoraires d'un conseil en propriété industrielle ou d'un avocat pour la rédaction et le suivi de la procédure représentent généralement entre 3 000 € et 8 000 € pour un premier dépôt français.

Le budget global d'un brevet français inclut les taxes INPI, les honoraires de rédaction et les annuités sur toute la durée de vie du titre.
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Obligations post-dépôt, extensions européennes et internationales (PCT)

Obligations de maintien

Le titulaire du brevet doit payer les annuités dans les délais prescrits et exploiter l'invention. En France, un brevet non exploité pendant 3 ans peut faire l'objet d'une licence obligatoire accordée par le tribunal judiciaire à un tiers qui en fait la demande (article L. 613-11 du CPI).

Extension européenne (brevet EP)

Le brevet européen est délivré par l'Office européen des brevets (OEB) et peut être validé dans chacun des 39 États membres de la Convention sur le brevet européen. Le dépôt d'une demande européenne doit intervenir dans les 12 mois suivant le dépôt français pour bénéficier de la date de priorité.

Le coût d'une procédure EP est sensiblement plus élevé : entre 5 000 € et 8 000 € en taxes officielles, auxquels s'ajoutent les frais de traduction et de validation dans chaque pays désigné.

Depuis le 1er juin 2023, le brevet unitaire permet d'obtenir une protection dans 17 États membres de l'UE via une seule validation, sans traduction supplémentaire. Ce mécanisme réduit les coûts de validation d'environ 60 % par rapport à une validation pays par pays.

Extension internationale (PCT)

Le Patent Cooperation Treaty (PCT) permet de déposer une demande internationale unique auprès de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), couvrant potentiellement 157 États. Le PCT ne délivre pas de brevet : il ouvre un délai de 30 mois à compter de la date de priorité pour entrer dans les phases nationales ou régionales choisies.

Le coût d'un dépôt PCT s'élève à environ 3 500 € en taxes internationales, avant les frais de phases nationales.

Checklist avant dépôt et livrables à conserver

Avant d'engager la procédure de dépôt, le directeur juridique doit vérifier les points suivants :

  • ☐ L'invention est suffisamment décrite pour être reproduite par un homme du métier
  • ☐ Aucune divulgation publique n'a eu lieu (publications, présentations, échanges non couverts par un NDA)
  • ☐ Une recherche d'antériorités a été réalisée et analysée
  • ☐ Les revendications ont été rédigées avec un périmètre adapté (ni trop large, ni trop étroit)
  • ☐ Les inventeurs ont été identifiés et ont signé une déclaration d'invention
  • ☐ Le régime de titularité est clarifié (invention de salarié, copropriété, contrat de R&D)
  • ☐ Le budget couvre les taxes INPI, les honoraires de rédaction et les annuités prévisionnelles
  • ☐ Le calendrier d'extension internationale est anticipé (12 mois pour EP, 12 mois pour PCT)

Livrables à conserver

Le dossier de propriété industrielle doit inclure et archiver :

  1. Cahier de laboratoire ou trace datée de l'invention (preuve de la date de conception)
  2. Rapport de recherche d'antériorités et analyse de brevetabilité
  3. Demande de brevet complète (description, revendications, abrégé, dessins)
  4. Accusé de réception INPI avec numéro et date de dépôt
  5. Rapport de recherche préliminaire et observations en réponse
  6. Titre de brevet délivré
  7. Preuves de paiement des annuités
  8. Accords de confidentialité signés avec les tiers ayant eu accès à l'invention avant le dépôt
La constitution d'un dossier complet et traçable protège l'entreprise en cas de contestation de la validité du brevet ou de litige en contrefaçon.
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FAQ

Combien de temps faut-il pour obtenir un brevet en France ?

La procédure INPI dure en moyenne 27 mois entre le dépôt de la demande et la délivrance du brevet. Le rapport de recherche préliminaire est généralement notifié entre 9 et 12 mois après le dépôt. La protection provisoire court toutefois dès la publication de la demande, soit 18 mois après le dépôt.

Quel est le coût total d'un brevet français sur 20 ans ?

Les taxes INPI s'élèvent à environ 646 € pour la procédure de dépôt (323 € avec l'abattement PME) et à environ 6 800 € cumulés pour les annuités de maintien sur 20 ans. Les honoraires de rédaction et de suivi par un professionnel représentent entre 3 000 € et 8 000 € supplémentaires pour un premier dépôt.

Peut-on déposer un brevet après avoir présenté l'invention à un salon professionnel ?

Non. En droit français, toute divulgation publique antérieure au dépôt détruit la nouveauté de l'invention. Une présentation à un salon, même restreinte, constitue une mise à disposition du public. La seule exception concerne les divulgations résultant d'un abus manifeste à l'égard du déposant, sous conditions strictes.

Quelle différence entre un brevet français, un brevet européen et un dépôt PCT ?

Le brevet français protège l'invention sur le territoire national. Le brevet européen, délivré par l'OEB, peut être validé dans 39 États. Le dépôt PCT ne délivre pas de brevet : il réserve un délai de 30 mois pour entrer dans les procédures nationales ou régionales de 157 pays. Ces 3 voies sont complémentaires et se combinent selon la stratégie géographique de l'entreprise.

Un logiciel peut-il être breveté en France ?

Un programme d'ordinateur « en tant que tel » n'est pas brevetable (article L. 611-10 CPI). En revanche, un logiciel qui produit un effet technique supplémentaire — par exemple, un algorithme de compression qui réduit la consommation énergétique d'un processeur — peut être protégé par brevet si les 3 conditions de brevetabilité sont réunies.

Pour aller plus loin

Déposer un brevet : mode d'emploi - economie.gouv.fr

Le déposant et le coût d'un brevet - INPI

Tarifs des procédures et prestations de l'INPI - INPI

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