
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce que le dénigrement commercial ?
L'article 1240 du Code civil, fondement de l'action
Dénigrement ou liberté d'expression : les critères des juges
Dénigrement, diffamation et publicité comparative : ne pas confondre
Prouver le dénigrement et évaluer le préjudice
Agir contre un concurrent qui dénigre vos produits
Le dénigrement commercial est la divulgation d'une information de nature à jeter le discrédit sur le produit ou le service d'une entreprise. Il constitue l'une des formes de la concurrence déloyale, c'est-à-dire un comportement fautif dans l'exercice de la compétition économique.
La critique vise l'offre et non la personne. Un fabricant qui affirme auprès de ses clients que les pièces d'un concurrent cèdent après quelques mois, sans données à l'appui, dénigre ce produit. Le support est indifférent : courriel, communiqué, réseau social ou salon professionnel.
Deux éléments caractérisent le dénigrement :
- une divulgation : l'information est portée à la connaissance de tiers, clients, prospects ou distributeurs ;
- un discrédit : le message peut détourner la clientèle du produit visé.
La jurisprudence admet que le dénigrement existe même sans situation de concurrence directe entre l'auteur et la victime.
Identifier un dénigrement suppose d'analyser le message, son support et ses destinataires avant toute démarche.
Faire analyser une situation de concurrence déloyale
L'action en dénigrement repose sur l'article 1240 du Code civil : tout fait de l'homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Ce texte fonde la responsabilité civile délictuelle, engagée en dehors de tout contrat entre les parties.
Appliqué au dénigrement, il impose de réunir 3 conditions.
| Condition | Contenu | Exemple |
|---|---|---|
| Faute | Divulgation d'une information discréditant un produit ou un service | Courriel aux clients affirmant qu'un logiciel concurrent expose leurs données |
| Préjudice | Atteinte à l'image ou perte de clientèle | Résiliations de contrats après l'envoi |
| Lien de causalité | Le dommage découle de la divulgation | Clients citant le courriel pour justifier leur départ |
Ce fondement ne requiert aucun texte spécial. Le juge apprécie donc librement le caractère fautif du message, ce qui explique le rôle central de la jurisprudence.
Une critique de produit n'est pas fautive par principe, car la liberté d'expression protège aussi le débat économique. Dans un arrêt du 9 janvier 2019 (Cass. com., n° 17-18.350), la Cour de cassation a écarté le dénigrement lorsque 3 conditions sont réunies :
Le juge examine ainsi le fond et la forme du message. Un concurrent qui publie une étude chiffrée sur la consommation énergétique d'appareils, en termes neutres, reste dans le débat légitime. En revanche, qualifier ces appareils de « dangereux » sans essai ni rapport franchit la limite.
L'absence d'une seule condition suffit à caractériser la faute. Une information exacte peut donc devenir dénigrante lorsqu'elle est présentée de manière excessive.
Vérifier si une critique publique respecte ces critères permet de choisir entre une réponse amiable et une action en justice.
Consulter un avocat en concurrence déloyale
Le dénigrement se distingue de la diffamation et de la publicité comparative par sa cible et par son régime. Une qualification erronée peut entraîner le rejet de l'action.
| Notion | Cible | Régime |
|---|---|---|
| Dénigrement | Produits ou services d'une entreprise | Responsabilité civile, article 1240 du Code civil |
| Diffamation | Honneur ou considération d'une personne physique ou morale | Loi sur la liberté de la presse, procédure stricte |
| Publicité comparative | Comparaison objective de biens ou services | Code de la consommation, licite sous conditions |
Ainsi, un message qui accuse une société de fraude vise la personne et relève de la diffamation. À l'inverse, un message qui affirme que ses produits sont défectueux vise l'offre et relève du dénigrement.
L'entreprise victime doit établir le contenu du message et sa diffusion auprès de tiers. Les éléments utiles sont :
- les copies des publications, courriels ou supports commerciaux ;
- un constat de commissaire de justice, officier public qui atteste du contenu d'une page ou d'un document à une date donnée ;
- les témoignages de clients ou de distributeurs ayant reçu le message.
Le préjudice obéit à une règle favorable à la victime. Selon une jurisprudence constante de la chambre commerciale, le préjudice s'infère nécessairement d'un acte de concurrence déloyale. Le juge ne peut donc pas rejeter la demande faute de dommage démontré : il doit l'évaluer.
L'étendue de la réparation dépend toutefois des pièces produites. Une baisse de chiffre d'affaires ou des résiliations de contrats permettent de chiffrer la demande au plus près de la perte réelle.
Constituer le dossier de preuve dès la découverte du message conditionne la réparation obtenue.
Être accompagné sur une action en concurrence déloyale
L'entreprise visée peut agir par étapes, de la conservation des preuves à l'action au fond.
Le référé est une procédure rapide dans laquelle le juge ordonne des mesures provisoires. L'action au fond, plus longue, tranche définitivement la responsabilité et fixe l'indemnisation.
Le choix dépend de l'ampleur de la diffusion et de l'urgence commerciale. SWIM LEGAL, plateforme d'avocats d'affaires indépendants, permet de mobiliser un avocat en droit de la concurrence pour arbitrer entre ces options.
Oui, si elle est exprimée sans mesure ou ne porte pas sur un sujet d'intérêt général. Les 3 conditions retenues par la Cour de cassation le 9 janvier 2019 sont cumulatives. L'exactitude des faits ne suffit donc pas.
Non. La jurisprudence admet le dénigrement même sans situation de concurrence directe entre l'auteur et la victime.
Le dénigrement vise les produits ou services, la diffamation vise l'honneur ou la considération d'une personne. Les 2 actions obéissent à des régimes distincts.
Non, le préjudice s'infère nécessairement d'un acte de concurrence déloyale. Des pièces comptables permettent toutefois d'obtenir une indemnisation plus proche de la perte réelle.
Le juge peut ordonner le retrait du message, la cessation des propos et le versement de dommages et intérêts. Au fond, il peut aussi ordonner la publication de la décision.
Article 1240 du Code civil - Légifrance
Cour de cassation, chambre commerciale, 15 janvier 2020, 17-27.778 - Légifrance
Cour de cassation, chambre commerciale, 17 mai 2023, 22-16.031 - Légifrance
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