Délit d'initié : définition, sanctions et manquement d'initié

Guides & Ressources pratiques
26 Jun 2026
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7 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le délit d'initié consiste à utiliser une information privilégiée pour réaliser ou faire réaliser des opérations sur un instrument financier coté.
  2. Toute personne détenant une information privilégiée peut être poursuivie : dirigeant, cadre, salarié, prestataire ou tiers.
  3. Le manquement d'initié est sanctionné par l'AMF sur le plan administratif, tandis que le délit d'initié relève du juge pénal : les deux procédures peuvent coexister.
  4. Les sanctions atteignent 5 ans d'emprisonnement et 100 millions d'euros d'amende pénale ; l'AMF peut infliger jusqu'à 100 millions d'euros ou 10 fois le profit réalisé.
  5. La prévention repose sur des listes d'initiés, des fenêtres négatives, une politique de conformité interne et la formation des collaborateurs exposés.

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Sommaire

Délit d'initié : définition et information privilégiée

Qui peut commettre un délit d'initié

Délit d'initié et manquement d'initié : quelle différence ?

Sanctions pénales et administratives encourues

Prévenir le risque de délit d'initié en entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Délit d'initié : définition et information privilégiée

Le délit d'initié désigne le fait d'utiliser une information privilégiée pour acheter ou vendre des instruments financiers cotés, ou pour recommander à un tiers de le faire. En droit français, l'infraction est prévue par l'article L. 465-1 du Code monétaire et financier, complété par le règlement européen n° 596/2014 sur les abus de marché (Market Abuse Regulation, dit « MAR »).

Pour qu'il y ait délit, l'information doit remplir 4 critères cumulatifs définis par l'article 7 du règlement MAR :

CritèreSignification concrète
PréciseElle porte sur un fait identifiable (projet de fusion, résultats financiers, contrat stratégique)
Non publiqueElle n'a pas été diffusée au marché par un canal officiel
Relative à un émetteur ou un instrumentElle concerne directement ou indirectement un titre coté
Susceptible d'influencer le coursUn investisseur raisonnable l'utiliserait pour fonder sa décision d'investissement

Un exemple fréquent : un directeur financier qui connaît des résultats trimestriels non publiés et achète des actions de sa société avant leur annonce. L'écart de cours constaté après publication constitue alors un indice de l'avantage tiré de l'information.

Qui peut commettre un délit d'initié

Contrairement à une idée répandue, le délit d'initié ne vise pas uniquement les dirigeants. Le règlement MAR distingue deux catégories d'initiés.

Initiés primaires

Ce sont les personnes qui accèdent à l'information en raison de leur fonction : membres du conseil d'administration, directeurs généraux, directeurs financiers, directeurs juridiques, commissaires aux comptes. Leur qualité crée une présomption de connaissance du caractère privilégié de l'information.

Initiés secondaires

Toute personne qui obtient l'information par un autre canal peut être poursuivie dès lors qu'elle savait ou aurait dû savoir que cette information était privilégiée. Cela inclut les salariés, les consultants, les banquiers conseils, les avocats, les journalistes financiers ou encore un proche informé lors d'un dîner.

En pratique, l'AMF surveille les transactions suspectes via son système de détection automatisé. En 2023, la Commission des sanctions de l'AMF a rendu 15 décisions en matière d'abus de marché, dont plusieurs concernaient des initiés secondaires.

Un cadre ou un dirigeant exposé à des informations sensibles doit pouvoir identifier précisément les situations à risque pénal.
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Délit d'initié et manquement d'initié : quelle différence ?

La distinction repose sur la nature de la procédure et l'autorité compétente. Depuis la décision du Conseil constitutionnel du 18 mars 2015 (n° 2014-453/454 QPC), le cumul des poursuites pénales et administratives pour les mêmes faits est encadré, sans être totalement interdit.

Délit d'initiéManquement d'initié
AutoritéTribunal correctionnelAMF (Commission des sanctions)
NaturePénaleAdministrative
TexteArt. L. 465-1 CMFArt. 14 et 8 du règlement MAR
Élément intentionnelRequis (intention de tirer profit)Non requis (fait objectif d'avoir utilisé l'information)
Charge de la preuveMinistère publicAMF (présomption d'utilisation)

En pratique, l'AMF transmet au Parquet national financier (PNF) les dossiers qu'elle estime relever du pénal. Le PNF peut aussi s'autosaisir. Lorsque les deux autorités sont saisies, un mécanisme d'aiguillage prévu par la loi du 21 juin 2016 organise la répartition.

Pour un directeur juridique, cette dualité signifie qu'un même fait peut générer deux procédures distinctes, avec des standards de preuve différents. Le manquement d'initié est plus facile à caractériser car l'AMF n'a pas à démontrer l'intention.

Sanctions pénales et administratives encourues

Sanctions pénales

L'article L. 465-1 du Code monétaire et financier prévoit :

  • 5 ans d'emprisonnement
  • 100 millions d'euros d'amende, pouvant être portée au décuple du profit réalisé

Les peines complémentaires incluent l'interdiction de gérer, l'interdiction d'exercer certaines fonctions et la confiscation des profits.

Sanctions administratives (AMF)

La Commission des sanctions de l'AMF peut prononcer :

  • Pour une personne physique : jusqu'à 15 millions d'euros ou 10 fois le profit réalisé
  • Pour une personne morale : jusqu'à 100 millions d'euros ou 10 fois le profit réalisé
  • Des sanctions disciplinaires (blâme, interdiction temporaire d'activité)

Conséquences pour l'entreprise

L'entreprise elle-même peut être mise en cause si elle a manqué à ses obligations de tenue de listes d'initiés ou de déclaration des transactions des dirigeants (art. 18 et 19 du règlement MAR). En 2022, l'AMF a sanctionné plusieurs émetteurs pour des défaillances dans la gestion de leurs listes d'initiés, avec des amendes allant de 50 000 à 500 000 euros.

La frontière entre opération légitime et infraction financière exige une analyse juridique précise adaptée à chaque situation.
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Prévenir le risque de délit d'initié en entreprise

La prévention du délit d'initié repose sur un dispositif de conformité structuré autour de 4 piliers.

Listes d'initiés

L'article 18 du règlement MAR impose aux émetteurs de tenir des listes d'initiés actualisées, mentionnant l'identité de chaque personne, la date d'accès à l'information et la nature de celle-ci. Ces listes doivent être conservées 5 ans et transmises à l'AMF sur demande.

Fenêtres négatives

L'article 19 du règlement MAR interdit aux dirigeants et aux personnes étroitement liées de réaliser des transactions sur les titres de l'émetteur pendant les 30 jours calendaires précédant la publication des résultats annuels ou semestriels. Certaines entreprises étendent cette période à 45 ou 60 jours.

Politique de conformité interne

Un dispositif efficace comprend :

  • Une charte de déontologie boursière diffusée à tous les collaborateurs concernés
  • Un processus de pre-clearance (autorisation préalable) pour les transactions des dirigeants
  • Un référent conformité identifié, souvent rattaché à la direction juridique
  • Des procédures de remontée d'information (whistleblowing)

Formation des collaborateurs exposés

Les directions juridiques doivent organiser des sessions de sensibilisation régulières. L'objectif est de permettre à chaque collaborateur ayant accès à des informations sensibles de reconnaître une information privilégiée et de connaître les interdictions qui en découlent.

FAQ

Qu'est-ce qu'une information privilégiée au sens du règlement MAR ?

C'est une information précise, non publique, qui concerne un émetteur ou un instrument financier coté, et dont la divulgation serait susceptible d'influencer de façon sensible le cours du titre. Les 4 critères sont cumulatifs : si l'un manque, l'information n'est pas qualifiée de privilégiée.

Un salarié non-dirigeant peut-il être poursuivi pour délit d'initié ?

Oui. Toute personne qui détient une information privilégiée et l'utilise pour réaliser une opération boursière peut être poursuivie, qu'elle soit dirigeante, salariée, prestataire ou simple tiers. La qualité d'initié secondaire suffit dès lors que la personne savait ou aurait dû savoir que l'information était privilégiée.

Peut-on être sanctionné à la fois par l'AMF et par le juge pénal ?

Le Conseil constitutionnel a encadré le cumul des poursuites en 2015. En pratique, un mécanisme d'aiguillage entre l'AMF et le PNF organise la répartition des dossiers. Le cumul reste possible dans certains cas, mais le montant global des sanctions ne peut excéder le maximum le plus élevé des deux procédures.

Que risque l'entreprise si elle ne tient pas de liste d'initiés ?

L'AMF peut sanctionner l'émetteur pour manquement à l'article 18 du règlement MAR. Les amendes prononcées varient de 50 000 à 500 000 euros selon la gravité du manquement. Au-delà de l'amende, l'absence de liste fragilise la défense de l'entreprise en cas de poursuites pour abus de marché.

Comment fonctionne la fenêtre négative pour les dirigeants ?

L'article 19 du règlement MAR interdit aux dirigeants de réaliser des transactions sur les titres de leur société pendant les 30 jours précédant la publication des résultats financiers périodiques. Cette interdiction s'étend aux personnes étroitement liées (conjoint, enfants à charge, entités contrôlées). Des dérogations existent dans des circonstances exceptionnelles, sur autorisation de l'émetteur.

Pour aller plus loin

Article L465-1 du Code monétaire et financier - Légifrance

Des marchés surveillés par l'AMF - economie.gouv.fr

Réforme du système de répression des abus de marché - Vie-publique.fr

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