Délai de paiement et facture électronique : quelles perspectives ?

Actualités & Marché
24/10/2026
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8 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La facture électronique, que toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir depuis le 1er septembre 2026, ne modifie pas le délai de paiement applicable entre professionnels.
  2. Le plafond légal reste de 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou de 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit.
  3. Les PME, TPE et micro-entreprises devront émettre leurs factures au format électronique à compter du 1er septembre 2027.
  4. Les plateformes agréées fournissent des statuts horodatés qui datent chaque étape de traitement de la facture et limitent les contestations sur sa transmission.
  5. La réforme ne crée aucune sanction propre aux retards : pénalités, indemnité de 40 euros et amende de la DGCCRF restent les seuls leviers.

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Sommaire

Délais de paiement : les règles qui restent en vigueur

Facture électronique : le calendrier depuis septembre 2026

Statuts de facture : une date de réception enfin tracée

La facture électronique va-t-elle réduire les retards de paiement ?

Les limites de la réforme face aux mauvais payeurs

Adapter ses contrats et conditions générales de vente

Quels réflexes adopter pour sécuriser ses encaissements ?

FAQ

Pour aller plus loin

Délais de paiement : les règles qui restent en vigueur

Le délai de paiement d'une facture électronique obéit aux mêmes règles que celui d'une facture papier : l'article L441-10 du code de commerce n'a pas été modifié par la réforme. Celle-ci agit sur le support et la transmission de la facture, pas sur l'échéance que le client doit respecter.

La fiche pratique de la DGCCRF sur les délais de paiement rappelle les 3 situations possibles.

SituationDélai maximalPoint de départ
Délai convenu entre les parties60 joursDate d'émission de la facture
Délai convenu, si le contrat le prévoit45 jours fin de moisDate d'émission de la facture
Aucun délai prévu au contrat30 joursRéception des marchandises ou exécution de la prestation

Dès le lendemain de l'échéance, des pénalités de retard sont exigibles de plein droit, c'est-à-dire sans relance ni mise en demeure préalable. Leur taux est au moins égal à 3 fois le taux d'intérêt légal ; à défaut de stipulation, il correspond au taux de la BCE majoré de 10 points. S'y ajoute une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.

Facture électronique : le calendrier depuis septembre 2026

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA établies en France doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques. L'obligation d'émettre est en revanche échelonnée selon la taille de l'entreprise, comme le détaille le ministère de l'Économie.

Catégorie d'entrepriseObligation de réceptionObligation d'émission
Grandes entreprises et ETI1er septembre 20261er septembre 2026
PME, TPE et micro-entreprises1er septembre 20261er septembre 2027

Les grandes entreprises et les ETI transmettent aussi depuis cette date leurs données d'e-reporting, c'est-à-dire certaines données de transaction et de paiement communiquées à l'administration.

Pour un dirigeant de TPE ou de PME, la période 2026-2027 est donc mixte. Il reçoit déjà des factures électroniques de ses fournisseurs de grande taille, alors qu'il peut encore émettre ses propres factures selon les modalités antérieures jusqu'au 1er septembre 2027. Les factures transitent par des plateformes agréées, des prestataires autorisés par l'administration à transmettre les factures entre émetteur et destinataire. Selon le guide pratique de démarrage de la DGFiP, l'administration applique une approche de tolérance pendant cette phase de démarrage.

L'échelonnement du calendrier conduit à revoir les clauses de facturation des contrats en cours avec les clients comme avec les fournisseurs.
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Statuts de facture : une date de réception enfin tracée

Les statuts de facture horodatés permettent de dater chaque étape de traitement d'une facture électronique, de son dépôt sur la plateforme jusqu'à sa prise en charge par le client. Un statut est une information datée, transmise par la plateforme agréée, qui indique où en est la facture.

Cette traçabilité sert le créancier à 2 titres. D'une part, elle fournit une preuve objective de la transmission, alors qu'une facture envoyée par courriel peut toujours être déclarée « non reçue ». D'autre part, elle permet de repérer qu'une facture reste bloquée à une étape avant que l'échéance ne soit dépassée.

Prenons une PME de services qui émet déjà au format électronique et facture 12 000 euros à une ETI le 1er octobre 2026, avec un délai de 60 jours. Si le client conteste la date de transmission pour justifier un paiement tardif, l'horodatage établit les faits. L'échéance du 30 novembre et le point de départ des pénalités reposent alors sur une base vérifiable.

La facture électronique va-t-elle réduire les retards de paiement ?

La facture électronique peut réduire les retards qui tiennent à la circulation ou au traitement de la facture, mais pas ceux qui résultent d'un choix du client. L'administration présente la réforme comme un levier de meilleur respect des délais de paiement grâce à la traçabilité, sans l'assortir d'une sanction propre aux retards.

Les effets attendus portent sur 3 mécanismes :

  • Transmission : la facture passe par une plateforme agréée, ce qui supprime les pertes de courriers et de courriels.
  • Format structuré : les données sont lisibles directement par le logiciel du client, ce qui limite la ressaisie comptable.
  • Traçabilité : les statuts horodatés réduisent les litiges sur la date de transmission.

Toutefois, aucune donnée officielle ne mesure à ce stade l'effet de la réforme sur les délais constatés. L'obligation de réception date du 1er septembre 2026 et l'émission ne sera généralisée qu'au 1er septembre 2027.

La traçabilité des factures produit ses effets lorsque les conditions de paiement sont rédigées avec précision dans les contrats.
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Les limites de la réforme face aux mauvais payeurs

La réforme ne contraint pas un client à payer : un débiteur qui retarde volontairement son règlement peut continuer de le faire, que la facture soit électronique ou non. Les leviers du créancier restent ceux du code de commerce.

Le non-respect des délais de paiement est passible d'une amende administrative prononcée par la DGCCRF, qui peut atteindre 2 millions d'euros pour une personne morale. Ce montant est doublé en cas de réitération, et la sanction est publiée. Cependant, cette amende est versée au Trésor public : elle ne rembourse pas le fournisseur impayé.

Le recouvrement passe donc toujours par la relance, la mise en demeure, c'est-à-dire la demande formelle de payer adressée au débiteur, puis, le cas échéant, une action en justice. Les statuts horodatés deviennent alors des pièces utiles pour établir la date de transmission de la facture.

Adapter ses contrats et conditions générales de vente

Les conditions générales de vente (CGV), document qui fixe les conditions proposées aux clients professionnels, sont le support qui rend les pénalités opposables et prévisibles. La réforme est l'occasion de les relire sur 4 points :

  1. Délai et point de départ : un délai exprimé clairement, dans la limite de 60 jours ou de 45 jours fin de mois.
  2. Pénalités de retard : un taux chiffré, au moins égal à 3 fois le taux d'intérêt légal.
  3. Indemnité forfaitaire : la mention des 40 euros dus pour frais de recouvrement.
  4. Modalités de facturation : les données que le client exige sur la facture, comme un numéro de bon de commande, afin d'éviter un blocage au traitement.

Pour les contrats-cadres conclus avec de grands comptes, la relecture des clauses de facturation peut être confiée à un avocat spécialisé en contrats, par exemple via SWIM LEGAL, plateforme d'avocats d'affaires indépendants.

Des CGV à jour fixent le cadre juridique sur lequel s'appuient les relances et les pénalités de retard.
Mettre à jour ses CGV avec un avocat

Quels réflexes adopter pour sécuriser ses encaissements ?

Sécuriser ses encaissements suppose de combiner les outils de la réforme avec les droits que le code de commerce accorde déjà au créancier.

  1. Choisir sa plateforme agréée dès maintenant, puisque la réception est obligatoire depuis le 1er septembre 2026 et l'émission le sera au 1er septembre 2027.
  2. Suivre les statuts de chaque facture émise, afin de traiter un blocage avant l'échéance.
  3. Relancer à l'échéance en rappelant le montant, la date d'émission et les pénalités applicables.
  4. Appliquer les pénalités et l'indemnité de 40 euros, exigibles de plein droit.
  5. Conserver les statuts horodatés, qui serviront de preuve en cas de mise en demeure ou de procédure.

FAQ

La facture électronique change-t-elle le délai de paiement légal ?

Non, les règles de délais de paiement entre professionnels restent inchangées. Le délai convenu ne peut dépasser 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit.

Une TPE doit-elle déjà émettre des factures électroniques ?

Non, les PME, TPE et micro-entreprises devront émettre au format électronique à compter du 1er septembre 2027. En revanche, elles doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026.

À quoi servent les statuts de facture ?

Ils datent chaque étape de traitement de la facture sur la plateforme agréée. Ils permettent de suivre la facture et de prouver sa transmission en cas de litige.

Existe-t-il une sanction propre aux retards liée à la réforme ?

Non, la réforme ne prévoit aucune sanction propre aux retards de paiement. Les retards restent sanctionnés par les pénalités, l'indemnité de 40 euros et l'amende de la DGCCRF, qui peut atteindre 2 millions d'euros pour une personne morale.

Faut-il modifier ses CGV avec la facture électronique ?

Les règles de délais ne changent pas, mais la réforme est l'occasion de vérifier le délai, le taux des pénalités et l'indemnité forfaitaire. Il est aussi utile de préciser les données exigées sur la facture pour éviter un blocage au traitement.

Pour aller plus loin

Délais de paiement : les règles à connaître - DGCCRF, ministère de l'Économie

Tout savoir sur la facturation électronique pour les entreprises - ministère de l'Économie

Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026 - DGFiP

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