Date de mise en recouvrement : définition, calcul et conséquences pour l'entreprise

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28 Feb 2026
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9
min
Points clés de l'article
  1. La date de mise en recouvrement est la date à laquelle une créance fiscale devient juridiquement recouvrable par l'administration, distincte de la date d'exigibilité et de la date limite de paiement.
  2. Elle est fixée par le comptable public et figure sur l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement (AMR), selon les règles du Livre des procédures fiscales (LPF).
  3. Cette date déclenche le délai de réclamation contentieuse (article R*196-1 du LPF) et le point de départ du calcul des intérêts de retard.
  4. Confondre ces 3 dates expose l'entreprise à des contestations hors délai, des majorations évitables et des erreurs de provisionnement comptable.
  5. En cas d'AMR contesté, l'entreprise dispose de voies de recours précises, conditionnées au respect strict des délais déclenchés par la date de mise en recouvrement.

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Sommaire

Date de mise en recouvrement : définition juridique

Cadre légal : Livre des procédures fiscales et CGI

Comment est fixée la date de mise en recouvrement

Différence entre date de mise en recouvrement, exigibilité et limite de paiement

Conséquences juridiques pour le contribuable et l'entreprise

Délais de contestation et de prescription déclenchés par la date de mise en recouvrement

Cas pratiques : impôt sur les sociétés, TVA, taxe foncière

Que faire en cas d'avis de mise en recouvrement (AMR) contesté

FAQ

Pour aller plus loin

Date de mise en recouvrement : définition juridique

La date de mise en recouvrement désigne le moment précis où une créance fiscale devient juridiquement recouvrable par l'administration. Concrètement, c'est la date à laquelle le comptable public est autorisé à engager le recouvrement de l'impôt auprès du contribuable, qu'il s'agisse d'une personne physique ou d'une entreprise.

Cette date ne se confond ni avec le fait générateur de l'impôt, ni avec le moment où le contribuable reçoit son avis. Elle résulte d'un acte administratif formel : l'homologation du rôle par l'administration fiscale ou l'émission d'un avis de mise en recouvrement (AMR). Le rôle est un document qui liste les contribuables redevables d'un impôt donné, avec les montants correspondants. L'AMR, quant à lui, concerne les impôts recouvrés par voie d'avis individuel, comme la TVA après un contrôle fiscal.

Pour un directeur juridique, cette distinction est structurante. La date de mise en recouvrement conditionne le point de départ des délais de réclamation et de prescription. Une erreur d'identification de cette date peut rendre irrecevable une contestation pourtant fondée sur le fond.

Cadre légal : Livre des procédures fiscales et CGI

Le régime juridique de la date de mise en recouvrement repose sur 2 corpus principaux : le Code général des impôts (CGI) et le Livre des procédures fiscales (LPF).

L'article 1658 du CGI pose le principe : les impôts directs sont recouvrés en vertu de rôles rendus exécutoires par le directeur départemental des finances publiques. La date de mise en recouvrement est celle portée sur le rôle, et non celle de sa notification au contribuable.

Pour les impôts recouvrés par voie d'AMR (TVA, droits d'enregistrement après contrôle, par exemple), l'article L. 256 du LPF encadre la procédure. L'AMR doit mentionner la nature de l'impôt, le montant, la période concernée et la date de mise en recouvrement. L'absence de l'une de ces mentions peut constituer un vice de forme susceptible d'entraîner l'annulation de l'AMR.

L'article R*196-1 du LPF fixe ensuite les délais de réclamation contentieuse en fonction de cette date. Le contribuable dispose, en règle générale, d'un délai expirant le 31 décembre de la 2e année suivant celle de la mise en recouvrement du rôle ou de la notification de l'AMR.

Texte de référenceObjetPoint clé
Article 1658 CGIRecouvrement par voie de rôleLa date de mise en recouvrement figure sur le rôle rendu exécutoire
Article L. 256 LPFAvis de mise en recouvrement (AMR)L'AMR doit comporter la date de mise en recouvrement et les mentions obligatoires
Article R*196-1 LPFDélai de réclamation contentieuseExpire le 31 décembre de la 2e année suivant la mise en recouvrement

Comment est fixée la date de mise en recouvrement

La fixation de la date de mise en recouvrement dépend du type d'imposition concerné.

Pour les impôts directs recouvrés par voie de rôle (impôt sur le revenu, taxe foncière, CFE), la date est celle portée sur le rôle rendu exécutoire par le directeur départemental des finances publiques. Elle figure sur l'avis d'imposition adressé au contribuable. En pratique, l'administration fixe cette date par arrêté, souvent plusieurs semaines avant l'envoi effectif de l'avis.

Pour les impôts recouvrés par voie d'AMR (TVA rappelée après contrôle, droits d'enregistrement, retenues à la source), la date de mise en recouvrement est celle inscrite sur l'AMR lui-même. Elle est fixée par le comptable public au moment de l'émission du titre exécutoire.

Un point de vigilance s'impose : la date de mise en recouvrement n'est pas la date de réception de l'avis par l'entreprise. Or, c'est bien la date figurant sur le document administratif qui fait courir les délais, indépendamment du moment où le courrier parvient au siège social. Cette asymétrie peut réduire le temps de réaction effectif de la direction juridique.

Identifier avec précision la date de mise en recouvrement est un préalable à toute stratégie de contestation fiscale.
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Différence entre date de mise en recouvrement, exigibilité et limite de paiement

Ces 3 dates correspondent à des réalités juridiques distinctes. Leur confusion est fréquente et source d'erreurs opérationnelles.

La date d'exigibilité est celle à laquelle la créance fiscale naît juridiquement. Pour la TVA, par exemple, l'exigibilité intervient lors de la livraison du bien ou de l'encaissement du prix selon le régime applicable. Elle détermine la période d'imposition, mais ne déclenche aucun délai de contestation.

La date de mise en recouvrement intervient en aval : elle formalise le droit de l'administration à recouvrer l'impôt. C'est elle qui déclenche les délais de réclamation et de prescription.

La date limite de paiement est encore différente. Elle correspond à l'échéance à laquelle le contribuable doit avoir réglé l'impôt pour éviter les majorations de retard. Elle est fixée par l'administration et figure sur l'avis d'imposition ou l'AMR.

DateDéfinitionEffet principal
Date d'exigibilitéNaissance de la créance fiscaleDétermine la période d'imposition
Date de mise en recouvrementFormalisation du droit au recouvrementDéclenche les délais de réclamation et de prescription
Date limite de paiementÉchéance de règlementDéclenche les majorations en cas de retard

En pratique, une entreprise qui provisionne une charge fiscale à la date d'exigibilité mais ignore la date de mise en recouvrement risque de laisser expirer son délai de contestation sans s'en apercevoir.

Conséquences juridiques pour le contribuable et l'entreprise

La date de mise en recouvrement produit 3 effets juridiques directs.

Premier effet : le déclenchement du délai de réclamation. L'article R*196-1 du LPF fixe ce délai au 31 décembre de la 2e année suivant la mise en recouvrement. Pour un impôt mis en recouvrement le 15 mars 2024, le délai de réclamation expire le 31 décembre 2026. Passé cette date, toute contestation est irrecevable, quel que soit le bien-fondé de la demande.

Deuxième effet : le calcul des intérêts de retard. Les intérêts de retard prévus à l'article 1727 du CGI courent à compter de la date d'exigibilité, mais la date de mise en recouvrement détermine le montant total réclamé et le point de départ des majorations de recouvrement (article 1731 du CGI : majoration de 10 % en cas de paiement tardif).

Troisième effet : le caractère exécutoire de la créance. À compter de la mise en recouvrement, l'administration dispose d'un titre exécutoire. Elle peut engager des poursuites (saisie-attribution, avis à tiers détenteur) sans passer par le juge, sous réserve de respecter les formalités préalables.

Pour une direction juridique, le suivi de cette date conditionne la capacité à contester utilement un redressement et à maîtriser l'exposition financière de l'entreprise.

Anticiper les conséquences d'une mise en recouvrement suppose un accompagnement juridique adapté aux enjeux fiscaux de l'entreprise.
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Délais de contestation et de prescription déclenchés par la date de mise en recouvrement

La date de mise en recouvrement constitue le point de départ de 2 mécanismes distincts : la réclamation contentieuse et la prescription de l'action en recouvrement.

Délai de réclamation contentieuse

Le contribuable peut contester le bien-fondé de l'imposition par voie de réclamation préalable auprès de l'administration (article L. 190 du LPF). Ce recours est obligatoire avant toute saisine du tribunal administratif. Le délai expire le 31 décembre de la 2e année suivant la mise en recouvrement (article R*196-1 du LPF).

Prescription de l'action en recouvrement

L'article L. 274 du LPF fixe un délai de prescription de 4 ans à compter de la date de mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'AMR. Passé ce délai, l'administration perd le droit de poursuivre le recouvrement forcé de la créance. Toutefois, certains actes interruptifs (commandement de payer, saisie, reconnaissance de dette) peuvent prolonger ce délai.

  • Réclamation contentieuse : 31 décembre de la 2e année suivant la mise en recouvrement
  • Prescription du recouvrement : 4 ans à compter de la mise en recouvrement
  • Saisine du tribunal administratif : 2 mois après rejet explicite ou implicite de la réclamation

Cas pratiques : impôt sur les sociétés, TVA, taxe foncière

Impôt sur les sociétés (IS)

L'IS est liquidé par l'entreprise elle-même via la déclaration de résultat. Lorsque l'administration procède à un redressement après contrôle, elle émet un AMR. La date de mise en recouvrement figurant sur cet AMR déclenche le délai de réclamation. Une entreprise redressée sur l'exercice 2022, avec un AMR daté du 10 juin 2024, dispose jusqu'au 31 décembre 2026 pour déposer sa réclamation.

TVA

La TVA collectée et déclarée mensuellement ou trimestriellement ne fait pas l'objet d'un rôle. En revanche, un rappel de TVA après vérification de comptabilité donne lieu à un AMR. La date de mise en recouvrement de cet AMR conditionne les délais de contestation. En pratique, les rappels de TVA représentent une part significative des contentieux fiscaux des entreprises.

Taxe foncière et CFE

Ces impôts locaux sont recouvrés par voie de rôle. La date de mise en recouvrement figure sur l'avis d'imposition. Pour la taxe foncière 2024, si le rôle est mis en recouvrement le 31 août 2024, le délai de réclamation court jusqu'au 31 décembre 2026. Les entreprises multi-sites doivent surveiller chaque avis séparément, car les dates de mise en recouvrement peuvent varier d'un établissement à l'autre.

Chaque impôt obéit à un calendrier de mise en recouvrement propre. Un suivi rigoureux évite les forclusions.
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Que faire en cas d'avis de mise en recouvrement (AMR) contesté

Lorsqu'une entreprise reçoit un AMR qu'elle estime infondé ou irrégulier, la procédure de contestation suit un parcours précis.

Étape 1 : vérifier les mentions obligatoires de l'AMR. L'article L. 256 du LPF impose que l'AMR comporte la nature de l'impôt, le montant des droits et pénalités, la période concernée et la date de mise en recouvrement. L'absence d'une mention obligatoire peut justifier une demande d'annulation pour vice de forme.

Étape 2 : déposer une réclamation contentieuse. La réclamation doit être adressée au service des impôts compétent, par écrit, dans le délai légal. Elle doit exposer les motifs de contestation et être accompagnée d'une copie de l'AMR. L'entreprise peut demander un sursis de paiement (article L. 277 du LPF), qui suspend l'obligation de payer pendant l'instruction, sous réserve de constituer des garanties suffisantes.

Étape 3 : en cas de rejet, saisir le tribunal compétent. Si l'administration rejette la réclamation (explicitement ou par silence de 6 mois), l'entreprise dispose de 2 mois pour saisir le tribunal administratif (impôts directs, TVA) ou le tribunal judiciaire (droits d'enregistrement). Le choix de la juridiction dépend de la nature de l'impôt contesté.

  • Vérifier la régularité formelle de l'AMR
  • Respecter le délai de réclamation déclenché par la date de mise en recouvrement
  • Demander le sursis de paiement si la trésorerie de l'entreprise est en jeu
  • Préparer le dossier contentieux dès la phase de réclamation préalable

La maîtrise de ce calendrier procédural est déterminante. Un AMR contesté hors délai prive l'entreprise de tout recours, même si l'imposition est juridiquement contestable.

FAQ

Où trouver la date de mise en recouvrement sur un avis d'imposition ?

La date de mise en recouvrement figure sur l'avis d'imposition lui-même, généralement en haut du document, à côté de la mention « date de mise en recouvrement du rôle ». Sur un AMR, elle est indiquée dans le corps du document. Elle ne correspond pas à la date d'envoi ni à la date de réception du courrier.

La date de mise en recouvrement peut-elle être modifiée par l'administration ?

Non, une fois le rôle rendu exécutoire ou l'AMR émis, la date de mise en recouvrement est définitive. En revanche, si l'administration émet un rôle supplémentaire ou un AMR rectificatif, une nouvelle date de mise en recouvrement s'applique au complément d'imposition, avec de nouveaux délais de contestation.

Que se passe-t-il si l'entreprise conteste après l'expiration du délai de réclamation ?

La réclamation est déclarée irrecevable pour forclusion. L'administration n'examine pas le fond de la contestation. Le tribunal administratif, saisi en appel, confirme l'irrecevabilité. L'entreprise reste redevable de l'intégralité des sommes mises en recouvrement, majorations comprises.

Le sursis de paiement suspend-il les intérêts de retard ?

Non. Le sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du LPF suspend uniquement l'exigibilité du paiement pendant l'instruction de la réclamation. Les intérêts de retard continuent de courir. Si la contestation échoue, l'entreprise devra régler l'impôt majoré des intérêts accumulés depuis la date d'exigibilité.

Un AMR sans date de mise en recouvrement est-il valable ?

L'absence de date de mise en recouvrement sur un AMR constitue un vice de forme. Le contribuable peut invoquer cette irrégularité pour obtenir l'annulation de l'AMR devant le tribunal compétent. La jurisprudence du Conseil d'État confirme que les mentions obligatoires de l'article L. 256 du LPF conditionnent la validité de l'acte.

Pour aller plus loin

Article L256 du Livre des procédures fiscales - Légifrance

Avis de mise en recouvrement (AMR) - Conditions d’utilisation - BOFIP

Avis de mise en recouvrement - Modalités d’établissement, notification et effets - BOFIP

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