Création du CE (CSE) : guide complet pour les entreprises (seuils, étapes, sanctions)

Guides & Ressources pratiques
21 Jan 2026
-
9
min
Points clés de l'article
  1. Depuis le 1er janvier 2020, le CSE remplace définitivement le CE, les DP et le CHSCT dans toutes les entreprises concernées.
  2. L'obligation de mise en place du CSE se déclenche dès 11 salariés employés pendant 12 mois consécutifs.
  3. Le franchissement du seuil de 50 salariés élargit les attributions du CSE aux consultations économiques, sociales et aux activités sociales et culturelles.
  4. La procédure de création suit un calendrier précis : information du personnel, invitation des syndicats, négociation du protocole d'accord préélectoral (PAP), puis organisation du scrutin.
  5. L'absence de mise en place du CSE constitue un délit d'entrave passible de 1 an d'emprisonnement et 7 500 € d'amende.
  6. Même en l'absence de candidats, l'employeur doit établir un procès-verbal de carence et le transmettre à la DREETS.

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Sommaire

CE ou CSE : ce que la réforme de 2017 a changé pour votre entreprise

Seuils d'effectifs déclenchant l'obligation : 11, 50 et 300 salariés

Calcul des effectifs : règles ETP, contrats inclus/exclus et période de référence

Étapes chronologiques de la création : information, négociation du PAP, élections

Rôle, attributions et moyens du CSE selon la taille de l'entreprise

Carence d'élections, PV et déclarations obligatoires à la DREETS

Sanctions du défaut de mise en place : délit d'entrave et risque contentieux

FAQ

Pour aller plus loin

CE ou CSE : ce que la réforme de 2017 a changé pour votre entreprise

La création du CE telle qu'elle existait avant 2017 n'a plus cours. L'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017, dite ordonnance Macron, a fusionné trois instances représentatives du personnel — le comité d'entreprise (CE), les délégués du personnel (DP) et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) — en une instance unique : le comité social et économique (CSE).

Cette fusion est devenue effective pour toutes les entreprises au 1er janvier 2020. Depuis cette date, aucun CE, DP ou CHSCT ne peut plus être constitué ou renouvelé. Toute entreprise qui atteint le seuil d'effectif requis doit mettre en place un CSE, et non un CE.

Pour le DRH, le changement ne se limite pas à une question de terminologie. Le CSE concentre l'ensemble des prérogatives des anciennes instances, mais ses attributions varient selon l'effectif de l'entreprise. La procédure électorale, les obligations de consultation et les moyens alloués aux élus diffèrent sensiblement entre une structure de 15 salariés et une entreprise de 200 personnes. C'est cette graduation que le présent guide détaille, étape par étape.

Seuils d'effectifs déclenchant l'obligation : 11, 50 et 300 salariés

Le Code du travail distingue 3 paliers d'effectifs qui déterminent à la fois l'obligation de créer un CSE et l'étendue de ses missions.

Seuil d'effectifObligationAttributions principales
11 salariés (pendant 12 mois consécutifs)Mise en place obligatoire du CSERéclamations individuelles et collectives, santé et sécurité (attributions réduites)
50 salariés (pendant 12 mois consécutifs)Attributions élargies du CSEConsultations économiques et sociales, budget de fonctionnement (0,20 % de la masse salariale brute), activités sociales et culturelles
300 salariésCommission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) obligatoireMissions déléguées en matière de prévention des risques, enquêtes après accident du travail

Le seuil de 11 salariés constitue le déclencheur. En dessous, l'employeur n'a aucune obligation de mettre en place une représentation élue du personnel. Au-delà de 50 salariés, le CSE acquiert une personnalité civile, dispose de budgets propres et doit être consulté sur les orientations stratégiques, la situation économique et financière, ainsi que la politique sociale de l'entreprise. Le seuil de 300 salariés impose la création d'une CSSCT au sein du CSE, là où elle reste facultative en dessous.

Chaque franchissement de seuil modifie les obligations de l'employeur en matière de dialogue social et de structuration juridique des relations collectives.
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Calcul des effectifs : règles ETP, contrats inclus/exclus et période de référence

Le calcul de l'effectif obéit aux règles fixées par les articles L. 1111-2 et L. 1111-3 du Code du travail. Ce calcul s'effectue en équivalent temps plein (ETP), et non en nombre de contrats.

Contrats pris en compte :

  • Les salariés en CDI à temps plein comptent pour 1 unité chacun.
  • Les salariés en CDD et les travailleurs temporaires sont comptabilisés au prorata de leur temps de présence au cours des 12 mois précédents, sauf lorsqu'ils remplacent un salarié absent (dans ce cas, ils sont exclus du décompte).
  • Les salariés à temps partiel sont pris en compte au prorata de leur durée contractuelle rapportée à la durée légale (ou conventionnelle) du travail.
  • Les salariés mis à disposition par une entreprise extérieure, présents dans les locaux depuis au moins 1 an, sont inclus.

Contrats exclus du calcul :

  • Les apprentis
  • Les titulaires de contrats de professionnalisation
  • Les stagiaires
  • Les intérimaires et CDD remplaçant un salarié absent

La période de référence est celle des 12 mois consécutifs précédant la date à laquelle l'effectif est apprécié. L'obligation naît lorsque le seuil de 11 ETP est atteint pendant 12 mois consécutifs, ce qui signifie concrètement que l'effectif doit rester au-dessus du seuil sans interruption sur cette période.

Pour le DRH, ce calcul exige un suivi mensuel rigoureux des effectifs, notamment dans les entreprises recourant à l'intérim ou aux CDD saisonniers.

Étapes chronologiques de la création : information, négociation du PAP, élections

La mise en place du CSE suit une procédure encadrée par le Code du travail. Le non-respect de l'une de ces étapes peut entraîner l'annulation des élections.

Étape 1 : information du personnel

L'employeur informe les salariés, par tout moyen permettant de conférer une date certaine, de l'organisation des élections. Ce document précise la date envisagée pour le 1er tour, qui doit se tenir dans un délai de 90 jours suivant l'information.

Étape 2 : invitation des organisations syndicales

Dans le même temps, l'employeur invite les organisations syndicales représentatives à négocier le protocole d'accord préélectoral (PAP). Cette invitation doit être adressée au moins 15 jours avant la 1re réunion de négociation. Sont invitées :

  • Les organisations syndicales représentatives dans l'entreprise ou au niveau national interprofessionnel
  • Les organisations syndicales ayant constitué une section syndicale dans l'entreprise
  • Les syndicats affiliés à une organisation reconnue représentative au niveau national et interprofessionnel

Étape 3 : négociation et signature du PAP

Le PAP fixe les modalités pratiques du scrutin : nombre et composition des collèges électoraux, répartition des sièges, date et horaires du vote, recours éventuel au vote électronique. Sa validité requiert la double majorité : signature par la majorité des organisations syndicales ayant participé à la négociation, dont les organisations représentatives ayant recueilli la majorité des suffrages aux dernières élections.

Étape 4 : organisation du scrutin

Le vote se déroule au scrutin de liste à 2 tours, avec représentation proportionnelle à la plus forte moyenne. Le 1er tour est réservé aux candidats présentés par les organisations syndicales. Si le quorum n'est pas atteint (moins de 50 % des électeurs inscrits ont voté), ou si tous les sièges ne sont pas pourvus, un 2nd tour est organisé dans les 15 jours. Au 2nd tour, les candidatures sont libres.

PhaseDélai indicatifAction clé
Information du personnelJAffichage ou diffusion de la note d'information
Invitation des syndicatsJ + 2 joursEnvoi des courriers aux organisations syndicales
1re réunion PAPJ + 17 jours minimumNégociation des modalités électorales
1er tour du scrutinJ + 90 jours maximumVote réservé aux listes syndicales
2nd tour (si nécessaire)1er tour + 15 joursCandidatures libres
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Rôle, attributions et moyens du CSE selon la taille de l'entreprise

Les missions du CSE ne sont pas uniformes. Elles dépendent directement du seuil d'effectif franchi par l'entreprise.

Entreprises de 11 à 49 salariés

Le CSE exerce les anciennes attributions des délégués du personnel. Ses membres présentent à l'employeur les réclamations individuelles et collectives relatives aux salaires, à l'application du Code du travail et des conventions collectives. Ils disposent d'un droit d'alerte en cas d'atteinte aux droits des personnes ou aux libertés individuelles.

Chaque membre titulaire bénéficie de 10 heures de délégation mensuelles. Le CSE ne dispose pas de budget propre à ce seuil.

Entreprises de 50 salariés et plus

Le CSE acquiert la personnalité civile et des prérogatives étendues :

  • Consultations récurrentes obligatoires : orientations stratégiques, situation économique et financière, politique sociale et conditions de travail.
  • Consultations ponctuelles : restructurations, licenciements économiques collectifs, modifications de l'organisation du travail.
  • Budget de fonctionnement : 0,20 % de la masse salariale brute (0,22 % dans les entreprises de 2 000 salariés et plus).
  • Budget des activités sociales et culturelles (ASC) : fixé par accord d'entreprise ou, à défaut, par usage.
  • Recours à un expert-comptable : financé par l'employeur pour la consultation sur la situation économique et financière.

Les membres titulaires disposent de 24 heures de délégation mensuelles dans les entreprises de 50 à 74 salariés, ce volume augmentant avec l'effectif.

Carence d'élections, PV et déclarations obligatoires à la DREETS

Lorsqu'aucun candidat ne se présente aux 2 tours du scrutin, l'employeur établit un procès-verbal de carence. Ce document constate l'absence de représentation élue du personnel.

Le PV de carence doit être :

  1. Transmis à la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) dans les 15 jours suivant le 2nd tour, via la plateforme en ligne dédiée.
  2. Porté à la connaissance des salariés par voie d'affichage.

La carence ne dispense pas l'employeur de ses obligations. Il devra relancer le processus électoral à l'expiration du mandat de 4 ans, ou à la demande d'un salarié ou d'une organisation syndicale, dans un délai de 6 mois suivant cette demande.

En l'absence de PV de carence, l'employeur ne peut pas se prévaloir de l'absence de CSE pour justifier le non-respect d'une obligation de consultation. Concrètement, un licenciement économique collectif ou une modification du règlement intérieur réalisés sans consultation du CSE — et sans PV de carence — s'exposent à une contestation judiciaire.

L'établissement du PV de carence et les déclarations à la DREETS obéissent à un formalisme précis dont le non-respect fragilise la sécurité juridique de l'entreprise.
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Sanctions du défaut de mise en place : délit d'entrave et risque contentieux

Le défaut de mise en place du CSE lorsque l'obligation existe constitue un délit d'entrave, prévu par l'article L. 2317-1 du Code du travail.

Les sanctions encourues par l'employeur sont les suivantes :

  • 1 an d'emprisonnement
  • 7 500 € d'amende

Ces peines visent le dirigeant personne physique. La personne morale peut également être poursuivie, avec une amende quintuplée (37 500 €).

Au-delà du volet pénal, l'absence de CSE génère un risque contentieux civil :

  • Tout licenciement économique collectif prononcé sans consultation préalable du CSE peut être annulé ou donner lieu à des dommages et intérêts.
  • L'absence de consultation sur un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) entraîne la nullité de la procédure.
  • Un salarié peut saisir le tribunal judiciaire pour contraindre l'employeur à organiser les élections.
  • Les organisations syndicales disposent d'une action en référé pour obtenir l'organisation du scrutin sous astreinte.

Le délit d'entrave peut être caractérisé non seulement par l'absence totale d'élections, mais aussi par l'organisation d'élections irrégulières (non-respect du PAP, omission de l'invitation des syndicats, manipulation des listes électorales). La jurisprudence de la Cour de cassation retient une appréciation stricte : l'intention de l'employeur n'a pas à être démontrée, le seul constat du manquement suffit à caractériser l'infraction (Cass. crim., 25 septembre 2007, n° 06-84.599).

Pour le DRH, la mise en place du CSE dans les délais et selon la procédure légale n'est pas une option. C'est une obligation dont le non-respect expose l'entreprise à des sanctions pénales, à la fragilisation de l'ensemble de ses décisions sociales et à un risque réputationnel auprès des salariés et des partenaires sociaux.

FAQ

À partir de quel effectif la création du CSE est-elle obligatoire ?

Le CSE doit être mis en place dès que l'entreprise emploie 11 salariés pendant 12 mois consécutifs. Ce seuil est calculé en équivalent temps plein selon les règles des articles L. 1111-2 et L. 1111-3 du Code du travail.

Quelle est la différence entre un CSE dans une entreprise de 11 salariés et de 50 salariés ?

En dessous de 50 salariés, le CSE se limite aux réclamations individuelles et collectives. À partir de 50 salariés, il acquiert la personnalité civile, dispose de budgets propres (fonctionnement et activités sociales) et doit être consulté sur les orientations stratégiques, la situation économique et la politique sociale.

Que faire si aucun candidat ne se présente aux élections du CSE ?

L'employeur doit établir un procès-verbal de carence et le transmettre à la DREETS dans les 15 jours suivant le 2nd tour. Ce PV doit également être affiché dans l'entreprise. Le processus électoral devra être relancé à l'issue du cycle de 4 ans ou à la demande d'un salarié ou d'un syndicat.

Quelles sanctions risque une entreprise qui ne met pas en place le CSE ?

Le défaut de mise en place du CSE constitue un délit d'entrave passible de 1 an d'emprisonnement et 7 500 € d'amende pour le dirigeant. La personne morale encourt une amende de 37 500 €. Sur le plan civil, les décisions prises sans consultation du CSE (licenciements économiques, PSE) peuvent être annulées.

Le vote électronique est-il autorisé pour les élections du CSE ?

Oui, le recours au vote électronique est possible, à condition qu'il soit prévu par un accord d'entreprise ou, à défaut, par une décision unilatérale de l'employeur après consultation du CSE existant. Les modalités doivent figurer dans le protocole d'accord préélectoral et respecter le cahier des charges réglementaire (décret n° 2017-1819 du 29 décembre 2017).

Pour aller plus loin

Code du travail - Comité social et économique (Articles L2311-1 à L2317-2) - Légifrance

Comité social et économique (CSE) - Service-Public Entreprendre

Le CSE dans les entreprises de 11 à 49 salariés - Ministère du Travail

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