Contrefaçon de droits d'auteur : risques, sanctions et protections

Guides & Ressources pratiques
23 Jun 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La contrefaçon de droits d'auteur désigne toute exploitation d'une œuvre protégée sans l'accord de son auteur, même involontaire.
  2. La protection couvre toute création originale (texte, image, logiciel, musique) sans formalité d'enregistrement.
  3. Les sanctions atteignent jusqu'à 300 000 € d'amende et 3 ans d'emprisonnement pour les personnes physiques, et 1 500 000 € pour les personnes morales.
  4. Les entreprises sont exposées au quotidien : visuels web, contenus marketing, code informatique, musique d'ambiance.
  5. Des réflexes simples — audit des droits, licences écrites, clauses de cession — permettent de sécuriser les usages.

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Sommaire

Qu'est-ce que la contrefaçon de droits d'auteur ?

Œuvres et droits protégés contre la contrefaçon

Comment la contrefaçon est-elle caractérisée juridiquement ?

Sanctions civiles et pénales encourues

Risques de contrefaçon pour l'entreprise

Prévenir et réagir face à la contrefaçon

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la contrefaçon de droits d'auteur ?

La contrefaçon de droits d'auteur désigne le fait de reproduire, diffuser ou exploiter une œuvre protégée sans l'autorisation de son auteur ou de ses ayants droit. En droit français, cette notion est définie par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle (CPI). Elle constitue à la fois un délit civil et un délit pénal.

Concrètement, une entreprise qui utilise une photographie trouvée sur Internet pour illustrer son site, sans avoir obtenu de licence, commet un acte de contrefaçon. Il en va de même pour la reprise d'un texte, d'un logo, d'un extrait musical ou d'un bout de code logiciel. L'intention n'est pas requise : la bonne foi du contrefacteur ne l'exonère pas.

Ce mécanisme protège le créateur contre toute atteinte à ses droits patrimoniaux (droit de reproduction, droit de représentation) et à son droit moral (droit à la paternité, droit au respect de l'œuvre). Le droit moral est perpétuel, inaliénable et imprescriptible en France, ce qui signifie qu'il survit même après la cession des droits d'exploitation.

Œuvres et droits protégés contre la contrefaçon

Le droit d'auteur français protège toute œuvre de l'esprit, quelle que soit sa forme, dès lors qu'elle est originale — c'est-à-dire qu'elle porte l'empreinte de la personnalité de son auteur. Aucun dépôt ni enregistrement n'est nécessaire : la protection naît du seul fait de la création.

Type d'œuvreExemples concrets en entreprise
Œuvres littérairesArticles, livres blancs, CGV rédigées par un tiers
Œuvres graphiquesPhotographies, illustrations, infographies
Œuvres audiovisuellesVidéos promotionnelles, podcasts, spots publicitaires
LogicielsCode source, interfaces, bases de données originales
Œuvres musicalesJingles, musiques d'ambiance en boutique
Œuvres architecturalesPlans, maquettes, dessins techniques

Deux catégories de droits coexistent :

  • Droits patrimoniaux : ils permettent à l'auteur de contrôler l'exploitation économique de son œuvre (reproduction, représentation, adaptation). Ils sont cessibles par contrat et durent 70 ans après la mort de l'auteur.
  • Droit moral : il garantit le respect du nom de l'auteur et de l'intégrité de l'œuvre. Il est perpétuel et ne peut pas être cédé.

Toute utilisation qui empiète sur l'un de ces droits sans autorisation constitue une contrefaçon.

Identifier les œuvres protégées utilisées dans votre entreprise est la première étape pour sécuriser vos pratiques.
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Comment la contrefaçon est-elle caractérisée juridiquement ?

Pour qu'un tribunal retienne la contrefaçon, deux conditions cumulatives doivent être réunies :

  1. L'existence d'une œuvre protégeable : le demandeur doit prouver que sa création est originale. Les juges apprécient l'originalité au cas par cas, en recherchant des choix créatifs personnels.
  2. La reproduction ou la représentation non autorisée : le demandeur doit démontrer que le défendeur a utilisé l'œuvre sans son consentement, en totalité ou en partie.

La contrefaçon peut être totale (copie intégrale) ou partielle (reprise des éléments originaux). Les tribunaux comparent les ressemblances entre les œuvres, et non les différences. Ainsi, modifier légèrement une photographie ou reformuler un texte ne suffit pas à échapper à la qualification de contrefaçon si les éléments originaux restent reconnaissables.

En matière de preuve, le titulaire des droits peut recourir à la saisie-contrefaçon, une procédure spécifique prévue à l'article L. 332-1 du CPI. Un huissier, autorisé par ordonnance du président du tribunal judiciaire, se rend dans les locaux du contrefacteur présumé pour constater et saisir les éléments de preuve. Cette procédure est redoutablement efficace et fréquemment utilisée en France.

Sanctions civiles et pénales encourues

Les sanctions en matière de contrefaçon de droits d'auteur se déploient sur deux terrains : civil et pénal.

Sanctions civiles

Le titulaire des droits peut obtenir devant le tribunal judiciaire :

  • La cessation de l'exploitation contrefaisante (retrait des supports, blocage du site)
  • Des dommages et intérêts calculés selon 3 critères fixés par l'article L. 331-1-3 du CPI : les conséquences économiques négatives subies, le manque à gagner, et les bénéfices réalisés par le contrefacteur
  • La publication du jugement aux frais du condamné

Sanctions pénales

InfractionPersonne physiquePersonne morale
Contrefaçon simple (art. L. 335-2 CPI)3 ans d'emprisonnement + 300 000 € d'amende1 500 000 € d'amende
Contrefaçon en bande organisée (art. L. 335-4-2 CPI)7 ans d'emprisonnement + 750 000 € d'amende3 750 000 € d'amende

Des peines complémentaires peuvent s'ajouter : confiscation du matériel, fermeture d'établissement, interdiction d'exercer. En pratique, les juridictions prononcent régulièrement des condamnations cumulant indemnisation civile et amende pénale.

Face à un litige de contrefaçon, un accompagnement juridique spécialisé permet de calibrer la réponse adaptée.
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Risques de contrefaçon pour l'entreprise

Les situations à risque sont plus fréquentes qu'on ne le pense dans la gestion quotidienne d'une entreprise :

  • Site web et réseaux sociaux : utilisation de visuels sans licence, reprise de contenus tiers, intégration de polices de caractères protégées
  • Supports marketing : brochures, présentations commerciales contenant des illustrations non libres de droits
  • Logiciels : utilisation de bibliothèques open source sans respecter les conditions de licence, ou de logiciels piratés
  • Musique d'ambiance : diffusion de musique en boutique ou lors d'événements sans contrat avec la SACEM
  • Sous-traitance créative : absence de clause de cession de droits dans les contrats avec les graphistes, développeurs ou rédacteurs freelances

Le risque ne se limite pas aux poursuites judiciaires. Une mise en demeure pour contrefaçon peut entraîner le retrait immédiat de supports de communication en pleine campagne, un coût de remplacement élevé et une atteinte à la réputation de l'entreprise.

Un point souvent méconnu : lorsqu'un salarié crée une œuvre dans le cadre de son contrat de travail, les droits d'auteur ne sont pas automatiquement transférés à l'employeur (sauf pour les logiciels, par exception légale prévue à l'article L. 113-9 du CPI). Une cession écrite reste nécessaire pour les autres types de créations.

Prévenir et réagir face à la contrefaçon

Prévenir

  • Auditer les contenus existants : recenser les œuvres utilisées (images, textes, musiques, logiciels) et vérifier l'existence d'une autorisation écrite pour chacune
  • Contractualiser les cessions de droits : tout contrat avec un prestataire créatif doit contenir une clause de cession précisant l'étendue des droits cédés, les supports, la durée et le territoire (article L. 131-3 du CPI)
  • Former les équipes : sensibiliser les collaborateurs marketing, communication et IT aux règles de base du droit d'auteur
  • Utiliser des banques d'images sous licence : privilégier les contenus dont les droits sont clairement définis et documentés
  • Dater les créations internes : recourir à l'enveloppe Soleau (INPI, 15 €) ou au dépôt auprès d'un huissier pour constituer une preuve d'antériorité

Réagir

Si votre entreprise est mise en cause pour contrefaçon :

  1. Ne pas ignorer la mise en demeure — le silence aggrave la situation
  2. Retirer immédiatement le contenu litigieux pour limiter le préjudice
  3. Rassembler les éléments de preuve (contrats, licences, échanges)
  4. Consulter un avocat spécialisé pour évaluer le fondement de la réclamation et négocier

Si votre entreprise est victime de contrefaçon :

  1. Constater l'atteinte (captures d'écran horodatées, constat d'huissier)
  2. Envisager une saisie-contrefaçon pour sécuriser les preuves
  3. Adresser une mise en demeure au contrefacteur
  4. Engager une action en contrefaçon devant le tribunal judiciaire si nécessaire

Qu'il s'agisse de prévenir un risque ou de défendre vos créations, un avocat spécialisé structure votre démarche.
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FAQ

Un dirigeant peut-il être personnellement poursuivi pour contrefaçon commise par son entreprise ?

Oui. Le dirigeant peut être poursuivi pénalement s'il a personnellement participé aux actes de contrefaçon ou s'il a laissé faire en connaissance de cause. La responsabilité pénale de la personne morale n'exclut pas celle du dirigeant.

L'utilisation d'une image trouvée sur Google est-elle une contrefaçon ?

Dans la plupart des cas, oui. Une image accessible en ligne reste protégée par le droit d'auteur. Son utilisation sans licence ou autorisation écrite de l'auteur constitue une reproduction non autorisée, donc une contrefaçon.

Faut-il déposer une œuvre pour qu'elle soit protégée par le droit d'auteur ?

Non. En France, la protection naît automatiquement dès la création de l'œuvre, sans formalité. Toutefois, un dépôt (enveloppe Soleau, constat d'huissier) permet de prouver la date de création en cas de litige.

Quelle est la différence entre contrefaçon et plagiat ?

Le plagiat est une notion morale qui désigne l'appropriation d'une idée ou d'un style. La contrefaçon est une qualification juridique qui sanctionne la reproduction non autorisée d'éléments originaux protégés. Seule la contrefaçon donne lieu à des poursuites judiciaires.

Un contrat de cession de droits d'auteur peut-il être oral ?

Non. L'article L. 131-3 du CPI exige que la cession des droits d'auteur soit constatée par écrit et mentionne précisément chaque droit cédé, l'étendue, la destination, le territoire et la durée. Un accord oral est inopposable.

Pour aller plus loin

Article L335-2 - Code de la propriété intellectuelle - Légifrance

Qu'est-ce qu'une contrefaçon ? - INPI

Agir contre les contrefacteurs - INPI

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.

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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL