
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce que la contrefaçon de marques ?
Actes constitutifs : reproduction et imitation
Preuve : constat, saisie-contrefaçon, droit d'information
Sanctions civiles et pénales encourues
Action en contrefaçon : déroulé et délais
Prévenir et surveiller pour protéger sa marque
Lorsqu'un concurrent ou un tiers utilise un signe identique ou similaire à votre marque déposée, il capte une partie de votre clientèle, dégrade votre image et affaiblit un actif que vous avez construit sur plusieurs années. En France, l'INPI enregistre chaque année plus de 90 000 dépôts de marques, et les tribunaux judiciaires traitent environ 2 500 contentieux liés à la contrefaçon de marques. Comprendre les mécanismes juridiques qui encadrent cette atteinte permet de réagir vite et de choisir le bon recours.
La contrefaçon de marques est définie aux articles L. 713-2 et L. 713-3 du Code de la propriété intellectuelle (CPI). Elle consiste à porter atteinte aux droits exclusifs du titulaire d'une marque enregistrée, sans son autorisation. Concrètement, il s'agit de l'utilisation, dans la vie des affaires, d'un signe identique ou similaire à une marque protégée, pour des produits ou services identiques ou similaires à ceux visés par l'enregistrement.
Deux conditions cumulatives doivent être réunies pour qu'un acte soit qualifié de contrefaçon :
Le titulaire de la marque n'a pas besoin de prouver l'intention frauduleuse du contrefacteur. La contrefaçon est une infraction objective : le simple fait d'utiliser le signe protégé sans autorisation suffit à la caractériser.
Le CPI distingue deux catégories d'actes constitutifs de contrefaçon, qui ne supposent pas le même niveau de preuve.
| Type d'atteinte | Définition | Critère d'appréciation |
|---|---|---|
| Reproduction (art. L. 713-2 CPI) | Usage d'un signe identique à la marque pour des produits ou services identiques | Identité stricte du signe et des produits/services |
| Imitation (art. L. 713-3 CPI) | Usage d'un signe similaire créant un risque de confusion dans l'esprit du public | Appréciation globale : similitudes visuelles, phonétiques, conceptuelles et proximité des produits/services |
La reproduction est la forme la plus simple à établir : il suffit de démontrer que le signe utilisé est identique à la marque pour des produits ou services identiques. En revanche, l'imitation exige de prouver un risque de confusion, apprécié du point de vue du consommateur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif. Les tribunaux examinent alors la similitude globale des signes et la proximité des activités concernées.
Au-delà de la reproduction et de l'imitation, d'autres actes sont sanctionnés : la détention, l'importation, l'exportation ou la vente de produits contrefaisants, ainsi que la fourniture de moyens destinés à commettre la contrefaçon.
La solidité du dossier repose sur la qualité des preuves réunies avant l'engagement de l'action. Le droit français offre 3 outils au titulaire de la marque.
Le constat d'huissier (désormais commissaire de justice) permet de documenter l'atteinte de manière incontestable : capture d'écran horodatée, achat de produit contrefaisant, relevé en point de vente. Ce constat a une force probante élevée devant le tribunal.
La saisie-contrefaçon (art. L. 716-7 CPI) est l'outil le plus puissant. Sur requête du titulaire, le président du tribunal judiciaire autorise un commissaire de justice à se rendre dans les locaux du contrefacteur présumé pour saisir des échantillons, des documents comptables et tout élément prouvant l'étendue de la contrefaçon. Le demandeur dispose ensuite de 20 jours ouvrables (ou 31 jours civils) pour assigner, sous peine de nullité de la saisie.
Le droit d'information (art. L. 716-7-1 CPI) permet au tribunal d'ordonner au contrefacteur de communiquer l'identité de ses fournisseurs, les quantités produites, les prix pratiqués et les circuits de distribution. Ce mécanisme est utile pour évaluer le préjudice et remonter la chaîne d'approvisionnement.
Réunir des preuves solides avant d'agir conditionne l'issue de toute procédure en contrefaçon. Un avocat spécialisé en propriété intellectuelle structure cette phase probatoire.
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La contrefaçon de marques expose le contrefacteur à un double régime de sanctions.
Le tribunal judiciaire peut prononcer :
| Méthode de calcul | Base d'évaluation |
|---|---|
| Conséquences économiques négatives | Perte de chiffre d'affaires, atteinte à l'image, préjudice moral |
| Bénéfices réalisés par le contrefacteur | Marge brute tirée de l'exploitation illicite |
| Redevance hypothétique | Montant qu'aurait versé le contrefacteur s'il avait obtenu une licence |
L'article L. 716-9 CPI punit la contrefaçon de marques de 4 ans d'emprisonnement et 400 000 € d'amende. Ces peines sont portées à 5 ans et 500 000 € lorsque les faits sont commis en bande organisée. Les personnes morales encourent une amende quintuplée, soit jusqu'à 2 000 000 €.
L'action en contrefaçon de marques se déroule devant le tribunal judiciaire, avec une compétence exclusive attribuée à 10 juridictions en France (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Nantes, Strasbourg, Rennes, Fort-de-France et Nancy pour les marques françaises). Pour les marques de l'Union européenne, seul le tribunal judiciaire de Paris est compétent.
Le délai de prescription est de 5 ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits (art. L. 716-5 CPI).
La procédure suit généralement ces étapes :
La durée moyenne d'une procédure au fond devant le tribunal judiciaire de Paris est d'environ 12 à 18 mois. Les mesures provisoires peuvent être obtenues en quelques semaines.
Choisir entre la voie civile et la voie pénale, ou les combiner, dépend de la gravité de l'atteinte et de la stratégie de protection de votre marque.
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Agir après la contrefaçon coûte plus cher que la prévenir. Plusieurs dispositifs permettent de détecter les atteintes en amont :
Un portefeuille de marques bien structuré, avec des classes de produits et services correctement définies et des renouvellements à jour, constitue la première ligne de défense. L'enregistrement dans les pays où vous commercialisez ou fabriquez vos produits ferme les portes aux contrefacteurs locaux.
La protection d'une marque se construit en amont, par un enregistrement solide et une surveillance continue.
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La contrefaçon sanctionne l'atteinte à un droit de propriété intellectuelle enregistré (marque, brevet, dessin). La concurrence déloyale sanctionne un comportement fautif (imitation parasitaire, confusion) même en l'absence de droit enregistré. Les deux actions peuvent être cumulées si les faits distincts le justifient.
Oui. L'action en contrefaçon de marques est réservée au titulaire d'une marque enregistrée auprès de l'INPI ou de l'EUIPO. Sans enregistrement, seule l'action en concurrence déloyale (fondée sur l'article 1240 du Code civil) reste possible.
Le coût varie selon la complexité du dossier. Une saisie-contrefaçon coûte entre 2 000 € et 5 000 € (frais de commissaire de justice et d'avocat). Une procédure au fond devant le tribunal judiciaire représente généralement entre 10 000 € et 30 000 € d'honoraires d'avocat. Le tribunal peut condamner le contrefacteur à rembourser une partie des frais de justice (article 700 du CPC).
Oui, dès lors que le site est accessible en France et cible le public français. Le tribunal judiciaire français est compétent si les produits ou services contrefaisants sont proposés à des consommateurs situés en France. Les programmes de signalement des marketplaces permettent aussi d'agir directement auprès des plateformes, quel que soit le pays du vendeur.
Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date à laquelle le titulaire a eu connaissance des faits contrefaisants. Passé ce délai, l'action est irrecevable. En cas de contrefaçon continue, le point de départ du délai est renouvelé à chaque nouvel acte contrefaisant.
Agir contre les contrefacteurs - INPI
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