Contrefaçon de marques : risques, sanctions et recours

Guides & Ressources pratiques
21 Jun 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La contrefaçon de marques désigne toute utilisation non autorisée d'une marque enregistrée : reproduction à l'identique ou imitation créant un risque de confusion.
  2. La preuve repose sur le constat d'huissier, la saisie-contrefaçon et le droit d'information, qui permettent de documenter l'atteinte avant le procès.
  3. Les sanctions vont jusqu'à 400 000 € d'amende et 4 ans d'emprisonnement au pénal ; au civil, le contrefacteur doit indemniser l'intégralité du préjudice subi.
  4. L'action en contrefaçon se prescrit par 5 ans et se déroule devant le tribunal judiciaire, avec possibilité de mesures d'urgence (référé, interdiction provisoire).
  5. La surveillance active des registres, des marketplaces et des noms de domaine reste le meilleur levier pour détecter et stopper une contrefaçon avant qu'elle ne cause des dommages durables.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Qu'est-ce que la contrefaçon de marques ?

Actes constitutifs : reproduction et imitation

Preuve : constat, saisie-contrefaçon, droit d'information

Sanctions civiles et pénales encourues

Action en contrefaçon : déroulé et délais

Prévenir et surveiller pour protéger sa marque

FAQ

Pour aller plus loin

Lorsqu'un concurrent ou un tiers utilise un signe identique ou similaire à votre marque déposée, il capte une partie de votre clientèle, dégrade votre image et affaiblit un actif que vous avez construit sur plusieurs années. En France, l'INPI enregistre chaque année plus de 90 000 dépôts de marques, et les tribunaux judiciaires traitent environ 2 500 contentieux liés à la contrefaçon de marques. Comprendre les mécanismes juridiques qui encadrent cette atteinte permet de réagir vite et de choisir le bon recours.

Qu'est-ce que la contrefaçon de marques ?

La contrefaçon de marques est définie aux articles L. 713-2 et L. 713-3 du Code de la propriété intellectuelle (CPI). Elle consiste à porter atteinte aux droits exclusifs du titulaire d'une marque enregistrée, sans son autorisation. Concrètement, il s'agit de l'utilisation, dans la vie des affaires, d'un signe identique ou similaire à une marque protégée, pour des produits ou services identiques ou similaires à ceux visés par l'enregistrement.

Deux conditions cumulatives doivent être réunies pour qu'un acte soit qualifié de contrefaçon :

  • Une marque valablement enregistrée : le droit de marque naît de l'enregistrement auprès de l'INPI (marque française) ou de l'EUIPO (marque de l'Union européenne). Sans enregistrement, pas de protection par l'action en contrefaçon.
  • Un usage non autorisé dans la vie des affaires : l'utilisation doit avoir une finalité commerciale ou économique. Un usage purement privé ne constitue pas une contrefaçon.

Le titulaire de la marque n'a pas besoin de prouver l'intention frauduleuse du contrefacteur. La contrefaçon est une infraction objective : le simple fait d'utiliser le signe protégé sans autorisation suffit à la caractériser.

Actes constitutifs : reproduction et imitation

Le CPI distingue deux catégories d'actes constitutifs de contrefaçon, qui ne supposent pas le même niveau de preuve.

Type d'atteinteDéfinitionCritère d'appréciation
Reproduction (art. L. 713-2 CPI)Usage d'un signe identique à la marque pour des produits ou services identiquesIdentité stricte du signe et des produits/services
Imitation (art. L. 713-3 CPI)Usage d'un signe similaire créant un risque de confusion dans l'esprit du publicAppréciation globale : similitudes visuelles, phonétiques, conceptuelles et proximité des produits/services

La reproduction est la forme la plus simple à établir : il suffit de démontrer que le signe utilisé est identique à la marque pour des produits ou services identiques. En revanche, l'imitation exige de prouver un risque de confusion, apprécié du point de vue du consommateur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif. Les tribunaux examinent alors la similitude globale des signes et la proximité des activités concernées.

Au-delà de la reproduction et de l'imitation, d'autres actes sont sanctionnés : la détention, l'importation, l'exportation ou la vente de produits contrefaisants, ainsi que la fourniture de moyens destinés à commettre la contrefaçon.

Preuve : constat, saisie-contrefaçon, droit d'information

La solidité du dossier repose sur la qualité des preuves réunies avant l'engagement de l'action. Le droit français offre 3 outils au titulaire de la marque.

Le constat d'huissier (désormais commissaire de justice) permet de documenter l'atteinte de manière incontestable : capture d'écran horodatée, achat de produit contrefaisant, relevé en point de vente. Ce constat a une force probante élevée devant le tribunal.

La saisie-contrefaçon (art. L. 716-7 CPI) est l'outil le plus puissant. Sur requête du titulaire, le président du tribunal judiciaire autorise un commissaire de justice à se rendre dans les locaux du contrefacteur présumé pour saisir des échantillons, des documents comptables et tout élément prouvant l'étendue de la contrefaçon. Le demandeur dispose ensuite de 20 jours ouvrables (ou 31 jours civils) pour assigner, sous peine de nullité de la saisie.

Le droit d'information (art. L. 716-7-1 CPI) permet au tribunal d'ordonner au contrefacteur de communiquer l'identité de ses fournisseurs, les quantités produites, les prix pratiqués et les circuits de distribution. Ce mécanisme est utile pour évaluer le préjudice et remonter la chaîne d'approvisionnement.

Réunir des preuves solides avant d'agir conditionne l'issue de toute procédure en contrefaçon. Un avocat spécialisé en propriété intellectuelle structure cette phase probatoire.
Trouver un avocat en propriété intellectuelle

Sanctions civiles et pénales encourues

La contrefaçon de marques expose le contrefacteur à un double régime de sanctions.

Sanctions civiles

Le tribunal judiciaire peut prononcer :

  • L'interdiction de poursuivre les actes contrefaisants, sous astreinte (souvent entre 500 € et 5 000 € par jour de retard)
  • La confiscation et la destruction des produits contrefaisants
  • L'allocation de dommages-intérêts calculés selon 3 méthodes alternatives prévues à l'article L. 716-14 CPI :
Méthode de calculBase d'évaluation
Conséquences économiques négativesPerte de chiffre d'affaires, atteinte à l'image, préjudice moral
Bénéfices réalisés par le contrefacteurMarge brute tirée de l'exploitation illicite
Redevance hypothétiqueMontant qu'aurait versé le contrefacteur s'il avait obtenu une licence
  • La publication de la décision, aux frais du contrefacteur, dans des journaux ou sur des sites internet

Sanctions pénales

L'article L. 716-9 CPI punit la contrefaçon de marques de 4 ans d'emprisonnement et 400 000 € d'amende. Ces peines sont portées à 5 ans et 500 000 € lorsque les faits sont commis en bande organisée. Les personnes morales encourent une amende quintuplée, soit jusqu'à 2 000 000 €.

Action en contrefaçon : déroulé et délais

L'action en contrefaçon de marques se déroule devant le tribunal judiciaire, avec une compétence exclusive attribuée à 10 juridictions en France (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Nantes, Strasbourg, Rennes, Fort-de-France et Nancy pour les marques françaises). Pour les marques de l'Union européenne, seul le tribunal judiciaire de Paris est compétent.

Le délai de prescription est de 5 ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits (art. L. 716-5 CPI).

La procédure suit généralement ces étapes :

  1. Phase probatoire : constat, saisie-contrefaçon, collecte de preuves
  2. Mesures provisoires : le titulaire peut demander en référé une interdiction provisoire et la saisie conservatoire des produits litigieux
  3. Assignation au fond : le demandeur expose l'atteinte, chiffre son préjudice et demande réparation
  4. Jugement : le tribunal statue sur la contrefaçon, les mesures d'interdiction et l'indemnisation
  5. Exécution : mise en œuvre des mesures ordonnées (destruction, publication, versement des dommages-intérêts)

La durée moyenne d'une procédure au fond devant le tribunal judiciaire de Paris est d'environ 12 à 18 mois. Les mesures provisoires peuvent être obtenues en quelques semaines.

Choisir entre la voie civile et la voie pénale, ou les combiner, dépend de la gravité de l'atteinte et de la stratégie de protection de votre marque.
Consulter un avocat spécialisé en propriété intellectuelle

Prévenir et surveiller pour protéger sa marque

Agir après la contrefaçon coûte plus cher que la prévenir. Plusieurs dispositifs permettent de détecter les atteintes en amont :

  • Surveillance des registres de marques : l'INPI et l'EUIPO proposent des services d'alerte qui signalent tout dépôt de marque similaire à la vôtre. Certains prestataires privés offrent une veille automatisée couvrant plus de 180 juridictions.
  • Surveillance des marketplaces : Amazon, Alibaba, eBay disposent de programmes de protection des marques (Brand Registry, IP Protection Platform) qui permettent de signaler et retirer les annonces contrefaisantes en 24 à 72 heures.
  • Surveillance des noms de domaine : des outils de monitoring détectent l'enregistrement de noms de domaine reprenant votre marque. La procédure UDRP (devant l'OMPI) permet d'obtenir le transfert ou l'annulation d'un nom de domaine contrefaisant en 2 à 3 mois, pour un coût d'environ 1 500 $.
  • Enregistrement douanier : la demande d'intervention auprès des douanes (règlement UE 608/2013) permet aux agents de retenir les marchandises suspectes aux frontières. En 2023, les douanes françaises ont saisi 9,1 millions d'articles contrefaisants.

Un portefeuille de marques bien structuré, avec des classes de produits et services correctement définies et des renouvellements à jour, constitue la première ligne de défense. L'enregistrement dans les pays où vous commercialisez ou fabriquez vos produits ferme les portes aux contrefacteurs locaux.

La protection d'une marque se construit en amont, par un enregistrement solide et une surveillance continue.
Être accompagné par un avocat en propriété intellectuelle

FAQ

Quelle est la différence entre contrefaçon et concurrence déloyale ?

La contrefaçon sanctionne l'atteinte à un droit de propriété intellectuelle enregistré (marque, brevet, dessin). La concurrence déloyale sanctionne un comportement fautif (imitation parasitaire, confusion) même en l'absence de droit enregistré. Les deux actions peuvent être cumulées si les faits distincts le justifient.

Faut-il avoir déposé sa marque pour agir en contrefaçon ?

Oui. L'action en contrefaçon de marques est réservée au titulaire d'une marque enregistrée auprès de l'INPI ou de l'EUIPO. Sans enregistrement, seule l'action en concurrence déloyale (fondée sur l'article 1240 du Code civil) reste possible.

Combien coûte une action en contrefaçon de marques ?

Le coût varie selon la complexité du dossier. Une saisie-contrefaçon coûte entre 2 000 € et 5 000 € (frais de commissaire de justice et d'avocat). Une procédure au fond devant le tribunal judiciaire représente généralement entre 10 000 € et 30 000 € d'honoraires d'avocat. Le tribunal peut condamner le contrefacteur à rembourser une partie des frais de justice (article 700 du CPC).

Peut-on agir contre une contrefaçon sur internet depuis l'étranger ?

Oui, dès lors que le site est accessible en France et cible le public français. Le tribunal judiciaire français est compétent si les produits ou services contrefaisants sont proposés à des consommateurs situés en France. Les programmes de signalement des marketplaces permettent aussi d'agir directement auprès des plateformes, quel que soit le pays du vendeur.

Quel est le délai pour agir en contrefaçon de marques ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date à laquelle le titulaire a eu connaissance des faits contrefaisants. Passé ce délai, l'action est irrecevable. En cas de contrefaçon continue, le point de départ du délai est renouvelé à chaque nouvel acte contrefaisant.

Pour aller plus loin

Agir contre les contrefacteurs - INPI

Contentieux de la contrefaçon, articles L716-4 à L716-4-11 - Code de la propriété intellectuelle, Légifrance

Développer et protéger les innovations de son entreprise - Service-Public.fr

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.

Télécharger la ressource

Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL