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Objectif recherché : sécuriser le portefeuille de PI et les démarches INPI/EPO/EUIPO
Mécanisme juridique mobilisé : périmètre légal du CPI et différence avec l'avocat spécialisé
Application concrète : cas d'usage pour le dépôt de marques, brevets, dessins et modèles
Une ETI industrielle française dépose 15 brevets par an, gère un portefeuille de 80 marques actives dans 12 pays et doit renouveler chaque trimestre des titres arrivant à échéance. Le directeur juridique pilote ces flux avec une équipe réduite. Il a besoin d'un interlocuteur capable de rédiger les revendications techniques d'un brevet, de suivre les procédures d'examen devant l'INPI ou l'Office européen des brevets (EPO), et de surveiller les dépôts concurrents.
C'est précisément le rôle du conseil en propriété industrielle. Ce professionnel réglementé, inscrit sur la liste tenue par l'INPI (environ 1 200 CPI en exercice en France selon le CNCPI), intervient au quotidien sur la constitution, la gestion et la défense administrative des droits de propriété industrielle. Son intervention couvre le dépôt de marques, de brevets, de dessins et modèles, ainsi que les procédures d'opposition devant les offices.
La situation devient plus complexe lorsqu'un concurrent conteste un brevet devant le tribunal judiciaire de Paris, seul compétent en matière de brevets en France. Le CPI ne peut pas représenter l'entreprise devant cette juridiction. Le directeur juridique doit alors mobiliser un avocat spécialisé en propriété intellectuelle, ce qui pose la question de l'articulation entre les deux professionnels.
Ce cas de figure n'est pas marginal. Selon l'Observatoire de la PI de l'INPI, plus de 4 500 procédures d'opposition sur des marques ont été enregistrées en 2023, et une partie d'entre elles débouche sur un contentieux judiciaire. Le directeur juridique doit donc anticiper, dès la phase de dépôt, le scénario contentieux éventuel.
L'objectif premier du directeur juridique est de protéger les actifs immatériels de l'entreprise — brevets, marques, dessins et modèles — de manière fiable, dans les délais imposés par les offices et à un coût maîtrisé.
Sécuriser un portefeuille de PI implique 3 opérations distinctes :
Chacune de ces opérations mobilise des compétences différentes. La rédaction d'un brevet exige une double compétence technique et juridique. La défense en contrefaçon devant un tribunal nécessite la qualité d'avocat. Le renouvellement d'une marque relève d'une gestion administrative rigoureuse.
Le conseil en propriété industrielle couvre les 2 premières catégories de manière autonome. Pour la 3e, son périmètre dépend de la nature de la procédure : administrative (opposition devant l'INPI ou l'EUIPO) ou judiciaire (tribunal).
| Opération | CPI compétent ? | Avocat nécessaire ? |
|---|---|---|
| Dépôt de brevet INPI/EPO | Oui | Non (sauf choix stratégique) |
| Dépôt de marque INPI/EUIPO | Oui | Non |
| Opposition administrative INPI/EUIPO | Oui | Facultatif |
| Contentieux en contrefaçon (TJ Paris) | Non (assistance uniquement) | Oui (représentation obligatoire) |
| Négociation de licence | Oui (conseil) | Recommandé si enjeu élevé |
| Due diligence PI (M&A) | Oui (audit technique) | Oui (aspects contractuels et garanties) |
Le statut du CPI est défini par le Code de la propriété intellectuelle (articles L. 422-1 à L. 422-13). Seules les personnes inscrites sur la liste officielle de l'INPI peuvent porter ce titre. L'accès à la profession suppose un diplôme d'ingénieur ou un master scientifique, complété par le certificat d'aptitude à la profession de CPI (CEIPI ou équivalent) et un stage professionnel de 3 ans.
Le CPI bénéficie d'un monopole partagé avec les avocats pour la représentation devant l'INPI, l'EPO et l'EUIPO. En pratique, cela signifie que le CPI peut :
En revanche, le CPI ne peut pas représenter un client devant les juridictions judiciaires françaises. Cette prérogative est réservée aux avocats inscrits au barreau (loi du 31 décembre 1971, article 4). Devant le tribunal judiciaire de Paris — seul compétent pour les litiges de brevets — ou devant les tribunaux compétents en matière de marques, la présence d'un avocat est obligatoire.
La distinction est nette sur le papier. Elle l'est moins dans la pratique. Depuis la loi du 11 février 2004, les CPI peuvent assister un avocat devant les tribunaux, notamment pour les aspects techniques d'un litige brevet. Certains CPI détiennent également le titre d'avocat (double qualification), ce qui leur permet d'intervenir sur l'ensemble du spectre.
Identifier le bon professionnel pour chaque étape de la protection PI permet d'éviter des erreurs de périmètre coûteuses.
Trouver un avocat spécialisé en propriété intellectuelle
Une PME lance une nouvelle gamme de soins et souhaite protéger son nom de marque dans l'ensemble de l'Union européenne. Le CPI effectue une recherche d'antériorité sur la base TMView (plus de 70 millions de marques référencées), rédige la demande et la dépose auprès de l'EUIPO. Le coût de la taxe de dépôt est de 850 € pour une classe, auquel s'ajoutent les honoraires du CPI (généralement entre 800 € et 2 000 € selon la complexité de la recherche d'antériorité).
Si un tiers forme opposition dans le délai de 3 mois suivant la publication, le CPI représente la PME devant la division d'opposition de l'EUIPO. Aucun avocat n'est requis à ce stade.
Une startup développe un procédé de fabrication additive et souhaite déposer un brevet auprès de l'INPI. Le CPI, ingénieur de formation, rédige les revendications techniques en collaboration avec l'équipe R&D. Il gère la procédure d'examen, répond aux objections de l'examinateur et obtient la délivrance du brevet. Le délai moyen de délivrance d'un brevet français est de 27 mois selon l'INPI (données 2023).
Un fabricant dépose 25 dessins et modèles par an auprès de l'EUIPO pour protéger ses nouvelles collections. Le CPI gère les dépôts multiples (taxe réduite à partir du 2e dessin dans un même dépôt), surveille les publications concurrentes et alerte le directeur juridique en cas de risque de copie.
| Cas d'usage | Professionnel mobilisé | Coût indicatif (honoraires + taxes) |
|---|---|---|
| Marque EUIPO (1 classe) | CPI | 1 650 € – 2 850 € |
| Brevet français (dépôt + examen) | CPI | 5 000 € – 15 000 € |
| Dessins et modèles EUIPO (5 dessins) | CPI | 1 500 € – 3 500 € |
| Opposition marque EUIPO | CPI | 2 000 € – 6 000 € |
Le premier risque pour un directeur juridique est de confier à un CPI une mission qui dépasse son périmètre légal. Si une procédure d'opposition devant l'EUIPO débouche sur un recours devant le Tribunal de l'Union européenne, le CPI ne peut plus représenter l'entreprise seul. Il faut alors mandater un avocat habilité devant les juridictions européennes, ce qui implique un transfert de dossier, un temps de prise en main et un surcoût.
Le deuxième risque concerne l'arbitrage coût/expertise. Les honoraires d'un CPI pour la gestion courante d'un portefeuille sont généralement inférieurs de 20 % à 40 % à ceux d'un avocat spécialisé pour des prestations comparables (dépôts, renouvellements, recherches d'antériorité). En revanche, si le dossier présente un risque contentieux identifié dès le départ, mobiliser un avocat dès la phase de dépôt permet d'assurer la continuité du suivi et d'éviter la perte d'information lors d'un transfert.
Le troisième risque est organisationnel. Lorsque CPI et avocat interviennent sur un même portefeuille, la coordination doit être formalisée : partage des accès aux bases de données des offices, définition claire des rôles, reporting unifié vers le directeur juridique. L'absence de protocole de coordination génère des doublons, des oublis de délais et des incohérences stratégiques.
Structurer la répartition entre CPI et avocat en amont évite les ruptures de suivi et les surcoûts liés aux transferts de dossier.
Consulter un avocat en propriété intellectuelle
Plusieurs situations imposent l'intervention exclusive d'un avocat spécialisé en propriété intellectuelle, sans possibilité de substitution par un CPI :
En 2023, le tribunal judiciaire de Paris a rendu plus de 300 décisions en matière de brevets et environ 600 en matière de marques (source : rapport annuel du TJ Paris). Ces chiffres confirment que le contentieux PI reste un flux régulier pour les entreprises innovantes, et que la capacité à basculer rapidement d'une gestion administrative vers une défense judiciaire constitue un enjeu opérationnel concret pour le directeur juridique.
Lorsqu'un portefeuille PI atteint une taille critique ou que l'entreprise opère sur des marchés exposés à la contrefaçon, anticiper le volet contentieux dès la stratégie de dépôt est une décision structurante.
Échanger avec un avocat spécialisé en propriété intellectuelle
Non. Le conseil en propriété industrielle ne dispose pas du droit de représentation devant les juridictions judiciaires françaises. Seul un avocat inscrit au barreau peut plaider devant le tribunal judiciaire. Le CPI peut toutefois assister l'avocat lors de l'audience, notamment pour les aspects techniques d'un litige brevet.
Le CPI peut gérer la totalité des opérations administratives : dépôts, renouvellements, oppositions devant les offices, conseil stratégique et rédaction de contrats de licence. En revanche, dès qu'un contentieux judiciaire se profile, l'intervention d'un avocat devient obligatoire. La stratégie PI complète suppose donc une articulation entre les deux professions.
Pour un dépôt de brevet français, les honoraires d'un CPI se situent généralement entre 5 000 € et 12 000 € (rédaction + suivi de procédure). Un avocat spécialisé facture en moyenne 10 % à 30 % de plus pour une prestation équivalente, en raison de sa capacité à couvrir également le volet contentieux. L'écart se réduit lorsque le dossier présente un risque de litige dès l'origine.
La coordination repose sur un protocole formalisé : désignation d'un interlocuteur unique côté entreprise (généralement le directeur juridique), partage des accès aux bases de données des offices (INPI, EPO, EUIPO), réunions de suivi trimestrielles et répartition écrite des responsabilités. L'objectif est d'éviter les doublons et les oublis de délais.
Oui, pour la partie audit technique du portefeuille PI : vérification de la validité des titres, analyse de la couverture géographique, évaluation de la liberté d'exploitation. Les aspects contractuels (garanties de passif PI, clauses de representations and warranties, structuration de la cession des droits) relèvent en revanche de l'avocat.
Annuaire des conseils en propriété industrielle - INPI
Déposer un brevet : mode d'emploi - Ministère de l'Économie
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