Congé pour reprise : définition, conditions et délais en bail commercial

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04 Mar 2026
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8
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Points clés de l'article
  1. Le congé pour reprise permet au bailleur de récupérer un local commercial sans verser d'indemnité d'éviction, sous conditions strictes définies aux articles L. 145-17 et suivants du Code de commerce.
  2. Sa validité repose sur le respect cumulatif de conditions de fond (motif légitime) et de forme (acte extrajudiciaire, délai de préavis de 6 mois).
  3. Le preneur dispose d'un délai de 2 ans à compter du congé pour contester sa validité devant le tribunal judiciaire.
  4. Les motifs de reprise sans indemnité sont limitativement énumérés : reprise pour habiter, reconstruction ou surélévation, et motifs graves et légitimes.
  5. Un vice de forme ou un défaut de motivation du congé peut entraîner sa nullité et exposer le bailleur au paiement de l'indemnité d'éviction.

Sommaire

Congé pour reprise : définition et cadre juridique

Conditions de validité du congé pour reprise

Procédure et formalités obligatoires

Motifs légitimes de reprise sans indemnité

Contester un congé pour reprise : délais et recours

Sécuriser vos locaux avec un avocat spécialisé

FAQ

Pour aller plus loin

Congé pour reprise : définition et cadre juridique

Lorsqu'un bailleur souhaite récupérer un local commercial occupé par un locataire titulaire d'un bail soumis au statut des baux commerciaux, il dispose d'un mécanisme spécifique : le congé pour reprise. Ce dispositif, encadré par les articles L. 145-17 à L. 145-24 du Code de commerce, lui permet, dans des cas limitativement définis, de mettre fin au bail sans verser l'indemnité d'éviction normalement due au preneur.

Le statut des baux commerciaux confère au locataire un droit au renouvellement de son bail, souvent qualifié de « propriété commerciale ». Ce droit constitue un actif patrimonial pour l'entreprise exploitante. En contrepartie, le bailleur qui refuse le renouvellement doit, en principe, verser une indemnité d'éviction dont le montant peut représenter la valeur du fonds de commerce. Selon les estimations des juridictions parisiennes, cette indemnité atteint fréquemment 2 à 3 années de chiffre d'affaires pour les commerces de centre-ville.

Le congé pour reprise constitue donc une exception au droit à indemnité. Il ne peut être exercé que dans des hypothèses précises où le législateur a estimé que l'intérêt du bailleur primait sur la protection du locataire. Pour le directeur juridique d'une entreprise locataire, identifier les failles éventuelles d'un tel congé est un levier de défense déterminant.

Conditions de validité du congé pour reprise

La validité d'un congé pour reprise repose sur le respect cumulatif de conditions de fond et de forme. L'absence de l'une d'entre elles suffit à entraîner la nullité du congé.

Conditions de fond

Le bailleur doit invoquer l'un des motifs limitativement prévus par le Code de commerce. Trois catégories de motifs permettent d'échapper au paiement de l'indemnité d'éviction :

  • Reprise pour habiter (article L. 145-22) : le bailleur ou un membre de sa famille souhaite occuper le local à titre d'habitation, sous réserve que le local comporte des locaux d'habitation accessoires.
  • Reconstruction ou surélévation (article L. 145-18) : le bailleur justifie d'un projet de démolition et reconstruction de l'immeuble, ou de surélévation, rendant l'occupation impossible pendant les travaux.
  • Motifs graves et légitimes (article L. 145-17, I) : le preneur a manqué à ses obligations contractuelles ou légales (défaut de paiement de loyers, sous-location irrégulière, changement d'activité non autorisé).

Conditions de forme

ConditionExigenceTexte applicable
Forme de l'acteActe extrajudiciaire (huissier) ou lettre recommandée ARArt. L. 145-9 C. com.
Délai de préavis6 mois minimum avant l'expiration du bail ou de la période triennaleArt. L. 145-9 C. com.
MotivationLe congé doit préciser le motif invoqué et reproduire les dispositions de l'article L. 145-9Art. L. 145-9, al. 5 C. com.
Indication du droit de contestationLe congé doit mentionner le délai de contestation offert au preneurArt. L. 145-9 C. com.

L'omission de la motivation ou l'absence de reproduction des mentions légales constitue un vice de forme susceptible d'entraîner la nullité du congé. La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises que le défaut de motivation prive le congé de tout effet (Cass. 3e civ., 1er février 2012, n° 10-23.992).

Le contrôle des conditions de validité d'un congé pour reprise exige une analyse croisée du bail, du congé et de la jurisprudence applicable.
Faites appel à un avocat spécialisé en baux commerciaux

Procédure et formalités obligatoires

La délivrance d'un congé pour reprise obéit à un formalisme strict dont chaque étape conditionne la régularité de l'ensemble.

Chronologie de la procédure

  1. Vérification de la date d'échéance : le bailleur identifie la date d'expiration du bail (durée initiale de 9 ans) ou de la période triennale en cours.
  2. Rédaction du congé : l'acte doit contenir le motif précis de la reprise, les mentions légales obligatoires et, le cas échéant, l'offre de relogement lorsqu'elle est requise.
  3. Signification par huissier : le congé est délivré par acte extrajudiciaire au moins 6 mois avant la date d'effet souhaitée.
  4. Réception et analyse par le preneur : le locataire dispose alors d'un délai pour contester le congé ou négocier les conditions de son départ.

Cas particulier de la reprise pour habiter

Lorsque le bailleur invoque la reprise pour habiter, l'article L. 145-22 impose des conditions supplémentaires. Le bénéficiaire de la reprise doit justifier qu'il ne dispose pas d'un logement correspondant à ses besoins. Le local repris doit comporter des locaux à usage d'habitation accessoires au local commercial. En pratique, cette condition exclut la reprise pour habiter dans les locaux exclusivement commerciaux situés en rez-de-chaussée sans partie habitable.

Cas particulier de la reconstruction

Pour la reprise en vue de reconstruire, le bailleur doit produire un permis de construire ou, à défaut, des éléments démontrant la réalité et le sérieux du projet. Le preneur évincé bénéficie alors d'un droit de priorité pour se réinstaller dans les locaux reconstruits, aux conditions fixées par l'article L. 145-19 du Code de commerce.

Motifs légitimes de reprise sans indemnité

Le motif le plus fréquemment invoqué en pratique reste celui des motifs graves et légitimes reprochés au preneur. Ce fondement mérite une attention particulière du directeur juridique, car il constitue à la fois le terrain d'attaque privilégié des bailleurs et le point de vulnérabilité des locataires.

Typologie des manquements retenus par la jurisprudence

ManquementExemple concretAppréciation jurisprudentielle
Défaut de paiementArriérés de loyers récurrents sur plusieurs trimestresRetenu si les impayés sont significatifs et non régularisés avant le congé
Sous-location irrégulièreSous-location partielle sans accord écrit du bailleurRetenu même en l'absence de préjudice démontré du bailleur
Changement d'activitéPassage d'une activité de restauration à un commerce de détail sans déspécialisationRetenu si le bail contient une clause d'activité restrictive
Défaut d'entretienDégradations non réparées affectant la structure du localRetenu si le preneur a été mis en demeure sans résultat
Non-respect d'une clause résolutoireViolation d'une obligation contractuelle après mise en demeure restée infructueuse pendant 1 moisRetenu de plein droit si la clause est stipulée au bail

Le directeur juridique doit vérifier que le manquement invoqué par le bailleur est antérieur à la délivrance du congé et qu'il n'a pas été régularisé entre-temps. La Cour de cassation juge en effet que la régularisation du manquement avant la date d'effet du congé peut priver celui-ci de son fondement (Cass. 3e civ., 10 juin 2015, n° 14-13.118).

La qualification d'un motif grave et légitime dépend des circonstances propres à chaque bail et de la jurisprudence récente applicable.
Consultez un avocat en baux commerciaux pour analyser votre situation

Contester un congé pour reprise : délais et recours

Le preneur qui reçoit un congé pour reprise dispose de voies de contestation précises, encadrées par des délais stricts.

Délai de contestation

Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, le preneur dispose d'un délai de 2 ans à compter de la date d'effet du congé pour saisir le tribunal judiciaire et contester la validité du congé ou solliciter le paiement de l'indemnité d'éviction. Ce délai est un délai de prescription : passé ce terme, toute action est irrecevable.

Fondements de la contestation

La contestation peut porter sur plusieurs terrains :

  • Vice de forme : absence de motivation, défaut de signification par huissier, non-respect du préavis de 6 mois, omission des mentions légales obligatoires.
  • Défaut de motif légitime : le motif invoqué ne correspond pas à la réalité (projet de reconstruction fictif, reprise pour habiter sans intention réelle d'occuper les lieux).
  • Fraude : le bailleur utilise le congé pour reprise comme un moyen détourné d'évincer le locataire sans payer l'indemnité, puis reloue le local à un tiers.

Sanctions

Si le tribunal juge le congé irrégulier ou non fondé, deux conséquences sont possibles :

  • Nullité du congé : le bail est réputé s'être poursuivi. Le preneur conserve son droit d'occupation.
  • Condamnation au paiement de l'indemnité d'éviction : le bailleur est tenu de verser l'indemnité qu'il cherchait à éviter, majorée le cas échéant de dommages-intérêts.

En cas de reprise frauduleuse, l'article L. 145-22 prévoit que le preneur peut obtenir la réintégration dans les lieux ou une indemnité complémentaire.

Sécuriser vos locaux avec un avocat spécialisé

La réception d'un congé pour reprise place l'entreprise locataire face à un risque opérationnel direct : la perte de son emplacement commercial. Pour le directeur juridique, la réaction doit être rapide et méthodique.

Les étapes de sécurisation

  • Analyse immédiate du congé : vérifier la conformité formelle (mentions, délai, mode de signification) et la réalité du motif invoqué.
  • Audit du bail : examiner les clauses relatives au renouvellement, aux obligations du preneur et aux conditions de reprise.
  • Constitution du dossier de contestation : rassembler les preuves de la régularité de l'exploitation (quittances de loyer, conformité de l'activité, état des lieux).
  • Saisine du tribunal : engager l'action en contestation dans le délai de 2 ans, en privilégiant une assignation rapide pour préserver les droits du preneur.

L'intervention d'un avocat spécialisé en baux commerciaux permet d'évaluer les chances de succès d'une contestation, de négocier avec le bailleur une solution amiable (maintien dans les lieux, indemnité transactionnelle) ou de préparer la défense contentieuse.

La sécurisation d'un bail commercial face à un congé pour reprise nécessite une expertise croisée en droit des baux et en stratégie contentieuse.
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FAQ

Le bailleur peut-il donner congé pour reprise à tout moment du bail ?

Non. Le congé pour reprise ne peut être délivré qu'à l'expiration du bail (au terme des 9 ans) ou à l'expiration d'une période triennale, avec un préavis de 6 mois minimum. Un congé délivré en dehors de ces échéances est nul.

Le locataire a-t-il droit à une indemnité en cas de congé pour reprise ?

Cela dépend du motif. Si le bailleur invoque un motif grave et légitime imputable au preneur, aucune indemnité n'est due. En revanche, si le congé est annulé ou si le motif n'est pas reconnu, le bailleur devra verser l'indemnité d'éviction.

Quel est le délai pour contester un congé pour reprise ?

Le preneur dispose d'un délai de 2 ans à compter de la date d'effet du congé pour saisir le tribunal judiciaire. Ce délai est un délai de prescription : au-delà, l'action est irrecevable.

Un congé pour reprise non motivé est-il valable ?

Non. L'article L. 145-9 du Code de commerce impose que le congé précise le motif invoqué. Un congé dépourvu de motivation est nul et ne produit aucun effet juridique.

Que se passe-t-il si le bailleur ne réalise pas la reprise annoncée ?

Si le bailleur n'exécute pas la reprise dans les conditions annoncées (par exemple, il ne reconstruit pas ou ne s'installe pas dans les lieux), le preneur peut demander sa réintégration ou le versement de dommages-intérêts, en plus de l'indemnité d'éviction.

Pour aller plus loin

Chapitre V : Du bail commercial (Articles L145-1 à L145-60) - Code de commerce - Légifrance

Résilier un bail commercial - Entreprendre.Service-Public.fr

Rapport sur la modernisation du régime juridique des baux commerciaux et professionnels - Ministère de la Justice

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires