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Clause de ratchet : définition juridique et finalité économique
Pourquoi les investisseurs exigent une clause de ratchet
Full ratchet vs weighted average : les deux grandes familles
Mise en œuvre via BSA ratchet : cadre du Code de commerce
Rédaction dans le pacte d'actionnaires : clauses clés
Effets sur la table de capitalisation et le management package
Limites juridiques, comptables et fiscales
Négociation : points de vigilance pour fondateurs et investisseurs
La clause de ratchet est un mécanisme contractuel de protection anti-dilution inséré dans un pacte d'actionnaires ou dans les termes d'une opération de capital investissement. Son principe : garantir à un investisseur que sa participation ne sera pas dévalorisée si la société procède ultérieurement à une levée de fonds à un prix par action inférieur à celui qu'il a payé.
Concrètement, le ratchet permet à l'investisseur protégé d'obtenir des actions supplémentaires — ou d'exercer des bons de souscription — pour ramener son coût moyen d'acquisition au niveau du nouveau prix d'émission. Ce mécanisme intervient exclusivement en cas de down round, c'est-à-dire un tour de financement valorisant la société en dessous du tour précédent.
La finalité est économique avant d'être juridique. L'investisseur qui entre au capital à une valorisation pre-money de 20 millions d'euros accepte un risque de survalorisation. Le ratchet fonctionne comme une assurance contractuelle : si la valorisation s'avère excessive, l'ajustement rétablit l'équilibre entre le prix payé et la valeur réelle constatée lors du tour suivant.
En capital-risque, la valorisation d'une société repose souvent sur des projections de croissance non encore matérialisées. Selon une étude PitchBook de 2023, environ 18 % des tours de financement en Europe ont été réalisés à une valorisation inférieure au tour précédent. Ce risque de down round justifie, du point de vue de l'investisseur, l'insertion d'un mécanisme correcteur.
Le ratchet répond à 3 situations identifiables :
Pour un fonds de private equity ou de venture capital, négocier un ratchet revient à limiter le risque de perte en capital tout en maintenant son engagement dans la société.
Le choix du type de ratchet détermine l'ampleur de la dilution supportée par les actionnaires existants.
| Critère | Full ratchet | Weighted average ratchet |
|---|---|---|
| Principe | Réalignement total du prix d'entrée sur le nouveau prix d'émission | Ajustement pondéré tenant compte du volume et du prix du nouveau tour |
| Dilution pour les fondateurs | Élevée | Modérée |
| Fréquence d'utilisation | Minoritaire, réservé aux tours à fort risque | Majoritaire en pratique |
| Formule | Prix ajusté = prix du down round | Prix ajusté = moyenne pondérée entre ancien et nouveau prix, selon les actions émises |
Exemple chiffré. Un investisseur souscrit 100 000 actions à 10 € (soit 1 M€). Un down round survient à 5 € par action.
Le weighted average se décline en 2 variantes : broad-based (qui intègre l'ensemble des titres dilutifs dans le calcul) et narrow-based (qui ne retient que les actions en circulation). La version broad-based est plus favorable aux fondateurs car elle réduit l'effet d'ajustement.
En droit français, le ratchet ne s'exécute pas par une modification rétroactive du prix de souscription. Il passe par l'émission de BSA ratchet — des bons de souscription d'actions attribués gratuitement ou à prix symbolique à l'investisseur protégé, exerçables uniquement en cas de down round.
Ce mécanisme repose sur les articles L. 228-91 à L. 228-97 du Code de commerce, qui encadrent l'émission de valeurs mobilières donnant accès au capital. L'émission des BSA ratchet nécessite :
Le prix d'exercice du BSA est généralement fixé à la valeur nominale de l'action, ce qui permet à l'investisseur d'obtenir des actions supplémentaires à un coût quasi nul lors de l'activation du ratchet. La formule de calcul du nombre de BSA exerçables est intégrée dans le pacte d'actionnaires et reproduite dans la décision d'émission.
Le montage d'un BSA ratchet suppose une coordination étroite entre rédaction du pacte, décisions d'AGE et documentation d'émission.
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La clause de ratchet dans le pacte d'actionnaires doit couvrir plusieurs points pour éviter toute ambiguïté lors de son activation.
Ces clauses s'articulent avec les autres stipulations du pacte : clause de liquidation préférentielle, clause de drag-along, clause de non-dilution. Leur cohérence d'ensemble conditionne la sécurité juridique de l'opération.
L'activation d'un ratchet modifie la répartition du capital entre les actionnaires. L'investisseur protégé voit sa participation augmenter ; les fondateurs et les autres actionnaires sont dilués proportionnellement.
| Situation | Avant down round | Après activation full ratchet |
|---|---|---|
| Investisseur (Série A) | 25 % du capital | 40 % du capital |
| Fondateurs | 60 % du capital | 45 % du capital |
| Pool salarié (BSPCE) | 15 % du capital | 15 % du capital non diluted, mais réduit en valeur relative |
Cette dilution affecte directement le management package. Les détenteurs de BSPCE ou de stock-options voient la valeur économique de leurs titres diminuer, sans que le nombre de titres change. En pratique, cet effet peut réduire l'attractivité du package et compliquer la rétention des talents.
Pour limiter cet impact, certains pactes prévoient un mécanisme de relution du pool salarié après activation du ratchet, ou une augmentation du plafond d'émission de BSPCE autorisé par l'AGE.
L'anticipation des effets du ratchet sur la cap table et les packages salariés nécessite une modélisation précise dès la structuration du tour.
Être accompagné par un avocat en capital investissement
Le ratchet n'est pas un mécanisme neutre. Plusieurs contraintes encadrent son utilisation.
Sur le plan juridique, la Cour de cassation (Com., 12 mars 2013, n° 12-11.970) a validé la licéité des promesses unilatérales d'achat à prix plancher entre actionnaires, mais le ratchet doit respecter l'interdiction des clauses léonines (article 1844-1 du Code civil). Un ratchet qui priverait totalement un associé de sa part dans les bénéfices pourrait être contesté.
Sur le plan comptable, l'émission de BSA ratchet génère un passif éventuel dans les comptes de la société. En normes IFRS, ces instruments sont qualifiés de dérivés et doivent être valorisés à leur juste valeur à chaque clôture.
Sur le plan fiscal, l'exercice des BSA ratchet peut entraîner :
La négociation d'une clause de ratchet oppose deux logiques : la protection de la valorisation d'entrée pour l'investisseur, et la préservation du contrôle et de la motivation pour les fondateurs.
Pour les fondateurs, les leviers de négociation sont :
Pour les investisseurs, les points de fermeté portent sur :
L'équilibre final dépend du rapport de force entre les parties, du stade de développement de la société et des conditions de marché au moment de la négociation.
La clause anti-dilution classique protège contre la dilution mécanique liée à toute nouvelle émission d'actions. Le ratchet, en revanche, ne se déclenche qu'en cas de down round — c'est-à-dire lorsque le prix d'émission du nouveau tour est inférieur au prix payé par l'investisseur protégé. Le ratchet est donc un mécanisme anti-dilution spécifique, ciblé sur la baisse de valorisation.
Oui. Le ratchet est licite en droit français, sous réserve de ne pas constituer une clause léonine au sens de l'article 1844-1 du Code civil. La jurisprudence admet les mécanismes d'ajustement de prix entre actionnaires, à condition qu'ils ne privent pas un associé de toute participation aux bénéfices ou aux pertes.
Oui. La plupart des pactes d'actionnaires prévoient une durée de validité du ratchet, généralement comprise entre 24 et 36 mois après l'investissement initial. Au-delà de cette période, les BSA ratchet deviennent caducs et l'investisseur perd le bénéfice du mécanisme.
Indirectement, oui. L'activation du ratchet augmente le nombre d'actions en circulation, ce qui dilue la participation relative des détenteurs de BSPCE. La valeur économique de leurs titres diminue, même si le nombre de BSPCE attribués reste inchangé. C'est pourquoi certains pactes prévoient un mécanisme de relution du pool salarié.
La clause pay-to-play conditionne le bénéfice du ratchet à la participation de l'investisseur au nouveau tour de financement. Si l'investisseur refuse de réinvestir lors du down round, il perd le droit d'exercer ses BSA ratchet. Ce mécanisme incite l'investisseur à soutenir la société dans les phases difficiles et limite la dilution subie par les fondateurs.
Article L228-91 Code de commerce - Légifrance
Valeurs mobilières donnant accès au capital (L228-98 à L228-106) - Légifrance
Article L228-12 Code de commerce - Légifrance
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