Clause de ratchet : définition, mécanismes et points de vigilance en capital investissement

Guides & Ressources pratiques
03 Mar 2026
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8
min
Points clés de l'article
  1. La clause de ratchet protège la valorisation d'entrée d'un investisseur en cas de tour de financement ultérieur à un prix inférieur (down round).
  2. Deux mécanismes coexistent : le full ratchet, qui réaligne intégralement le prix par action, et le weighted average ratchet, qui pondère l'ajustement selon le volume du nouveau tour.
  3. En droit français, le ratchet s'exécute le plus souvent par émission de BSA ratchet (bons de souscription d'actions), encadrés par les articles L. 228-91 et suivants du Code de commerce.
  4. L'activation d'un ratchet dilue mécaniquement les fondateurs et les salariés détenteurs de BSPCE ou stock-options, ce qui impose d'anticiper cet effet dans le management package.
  5. La négociation du ratchet suppose d'arbitrer entre protection de l'investisseur, préservation de l'équilibre de la cap table et traitement fiscal de l'opération.

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Sommaire

Clause de ratchet : définition juridique et finalité économique

Pourquoi les investisseurs exigent une clause de ratchet

Full ratchet vs weighted average : les deux grandes familles

Mise en œuvre via BSA ratchet : cadre du Code de commerce

Rédaction dans le pacte d'actionnaires : clauses clés

Effets sur la table de capitalisation et le management package

Limites juridiques, comptables et fiscales

Négociation : points de vigilance pour fondateurs et investisseurs

FAQ

Pour aller plus loin

Clause de ratchet : définition juridique et finalité économique

La clause de ratchet est un mécanisme contractuel de protection anti-dilution inséré dans un pacte d'actionnaires ou dans les termes d'une opération de capital investissement. Son principe : garantir à un investisseur que sa participation ne sera pas dévalorisée si la société procède ultérieurement à une levée de fonds à un prix par action inférieur à celui qu'il a payé.

Concrètement, le ratchet permet à l'investisseur protégé d'obtenir des actions supplémentaires — ou d'exercer des bons de souscription — pour ramener son coût moyen d'acquisition au niveau du nouveau prix d'émission. Ce mécanisme intervient exclusivement en cas de down round, c'est-à-dire un tour de financement valorisant la société en dessous du tour précédent.

La finalité est économique avant d'être juridique. L'investisseur qui entre au capital à une valorisation pre-money de 20 millions d'euros accepte un risque de survalorisation. Le ratchet fonctionne comme une assurance contractuelle : si la valorisation s'avère excessive, l'ajustement rétablit l'équilibre entre le prix payé et la valeur réelle constatée lors du tour suivant.

Pourquoi les investisseurs exigent une clause de ratchet

En capital-risque, la valorisation d'une société repose souvent sur des projections de croissance non encore matérialisées. Selon une étude PitchBook de 2023, environ 18 % des tours de financement en Europe ont été réalisés à une valorisation inférieure au tour précédent. Ce risque de down round justifie, du point de vue de l'investisseur, l'insertion d'un mécanisme correcteur.

Le ratchet répond à 3 situations identifiables :

  • Survalorisation initiale : le prix d'entrée reflétait des hypothèses de développement qui ne se sont pas réalisées.
  • Dégradation du marché : un retournement sectoriel fait chuter les multiples de valorisation appliqués à l'ensemble du secteur.
  • Besoin de financement urgent : la société doit lever des fonds dans des conditions défavorables, ce qui impose un prix d'émission bas.

Pour un fonds de private equity ou de venture capital, négocier un ratchet revient à limiter le risque de perte en capital tout en maintenant son engagement dans la société.

Full ratchet vs weighted average : les deux grandes familles

Le choix du type de ratchet détermine l'ampleur de la dilution supportée par les actionnaires existants.

CritèreFull ratchetWeighted average ratchet
PrincipeRéalignement total du prix d'entrée sur le nouveau prix d'émissionAjustement pondéré tenant compte du volume et du prix du nouveau tour
Dilution pour les fondateursÉlevéeModérée
Fréquence d'utilisationMinoritaire, réservé aux tours à fort risqueMajoritaire en pratique
FormulePrix ajusté = prix du down roundPrix ajusté = moyenne pondérée entre ancien et nouveau prix, selon les actions émises

Exemple chiffré. Un investisseur souscrit 100 000 actions à 10 € (soit 1 M€). Un down round survient à 5 € par action.

  • En full ratchet, l'investisseur reçoit 100 000 actions supplémentaires pour atteindre un coût moyen de 5 € par action. Sa participation double.
  • En weighted average, l'ajustement dépend du nombre d'actions émises lors du down round. Si le nouveau tour représente 10 % du capital, le prix ajusté se situe autour de 9,50 €, et l'investisseur ne reçoit qu'un complément limité.

Le weighted average se décline en 2 variantes : broad-based (qui intègre l'ensemble des titres dilutifs dans le calcul) et narrow-based (qui ne retient que les actions en circulation). La version broad-based est plus favorable aux fondateurs car elle réduit l'effet d'ajustement.

Mise en œuvre via BSA ratchet : cadre du Code de commerce

En droit français, le ratchet ne s'exécute pas par une modification rétroactive du prix de souscription. Il passe par l'émission de BSA ratchet — des bons de souscription d'actions attribués gratuitement ou à prix symbolique à l'investisseur protégé, exerçables uniquement en cas de down round.

Ce mécanisme repose sur les articles L. 228-91 à L. 228-97 du Code de commerce, qui encadrent l'émission de valeurs mobilières donnant accès au capital. L'émission des BSA ratchet nécessite :

  1. Une décision de l'assemblée générale extraordinaire (AGE) autorisant l'émission.
  2. La suppression du droit préférentiel de souscription des actionnaires existants au profit de l'investisseur bénéficiaire.
  3. La fixation des conditions d'exercice (prix d'exercice, nombre d'actions souscriptibles, événement déclencheur).

Le prix d'exercice du BSA est généralement fixé à la valeur nominale de l'action, ce qui permet à l'investisseur d'obtenir des actions supplémentaires à un coût quasi nul lors de l'activation du ratchet. La formule de calcul du nombre de BSA exerçables est intégrée dans le pacte d'actionnaires et reproduite dans la décision d'émission.

Le montage d'un BSA ratchet suppose une coordination étroite entre rédaction du pacte, décisions d'AGE et documentation d'émission.
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Rédaction dans le pacte d'actionnaires : clauses clés

La clause de ratchet dans le pacte d'actionnaires doit couvrir plusieurs points pour éviter toute ambiguïté lors de son activation.

  • Événement déclencheur : définir précisément ce qui constitue un down round. Certains pactes excluent les émissions liées à l'exercice de BSPCE, de stock-options ou de plans d'attribution gratuite.
  • Formule de calcul : reproduire intégralement la formule (full ratchet ou weighted average) et préciser les variables retenues (nombre d'actions fully diluted, périmètre des titres dilutifs inclus).
  • Plafond de dilution : fixer un seuil maximal de dilution pour les fondateurs, au-delà duquel le ratchet ne s'applique plus. Ce cap protège l'équilibre de gouvernance.
  • Durée de validité : limiter le ratchet dans le temps (par exemple, aux 24 ou 36 mois suivant l'investissement initial).
  • Clause d'extinction (pay-to-play) : conditionner le bénéfice du ratchet à la participation de l'investisseur au nouveau tour de financement.

Ces clauses s'articulent avec les autres stipulations du pacte : clause de liquidation préférentielle, clause de drag-along, clause de non-dilution. Leur cohérence d'ensemble conditionne la sécurité juridique de l'opération.

Effets sur la table de capitalisation et le management package

L'activation d'un ratchet modifie la répartition du capital entre les actionnaires. L'investisseur protégé voit sa participation augmenter ; les fondateurs et les autres actionnaires sont dilués proportionnellement.

SituationAvant down roundAprès activation full ratchet
Investisseur (Série A)25 % du capital40 % du capital
Fondateurs60 % du capital45 % du capital
Pool salarié (BSPCE)15 % du capital15 % du capital non diluted, mais réduit en valeur relative

Cette dilution affecte directement le management package. Les détenteurs de BSPCE ou de stock-options voient la valeur économique de leurs titres diminuer, sans que le nombre de titres change. En pratique, cet effet peut réduire l'attractivité du package et compliquer la rétention des talents.

Pour limiter cet impact, certains pactes prévoient un mécanisme de relution du pool salarié après activation du ratchet, ou une augmentation du plafond d'émission de BSPCE autorisé par l'AGE.

L'anticipation des effets du ratchet sur la cap table et les packages salariés nécessite une modélisation précise dès la structuration du tour.
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Limites juridiques, comptables et fiscales

Le ratchet n'est pas un mécanisme neutre. Plusieurs contraintes encadrent son utilisation.

Sur le plan juridique, la Cour de cassation (Com., 12 mars 2013, n° 12-11.970) a validé la licéité des promesses unilatérales d'achat à prix plancher entre actionnaires, mais le ratchet doit respecter l'interdiction des clauses léonines (article 1844-1 du Code civil). Un ratchet qui priverait totalement un associé de sa part dans les bénéfices pourrait être contesté.

Sur le plan comptable, l'émission de BSA ratchet génère un passif éventuel dans les comptes de la société. En normes IFRS, ces instruments sont qualifiés de dérivés et doivent être valorisés à leur juste valeur à chaque clôture.

Sur le plan fiscal, l'exercice des BSA ratchet peut entraîner :

  • Pour l'investisseur : une plus-value de cession à terme, calculée sur la base du prix d'exercice (souvent la valeur nominale).
  • Pour les fondateurs : aucun impact fiscal direct, mais une dilution qui réduit la base de calcul de leur plus-value future.
  • Pour la société : un risque de requalification si l'administration fiscale considère que les BSA ont été attribués à un prix insuffisant.

Négociation : points de vigilance pour fondateurs et investisseurs

La négociation d'une clause de ratchet oppose deux logiques : la protection de la valorisation d'entrée pour l'investisseur, et la préservation du contrôle et de la motivation pour les fondateurs.

Pour les fondateurs, les leviers de négociation sont :

  • Privilégier le weighted average broad-based plutôt que le full ratchet.
  • Insérer un plafond de dilution (cap) et une durée de validité limitée.
  • Exiger une clause pay-to-play : l'investisseur qui ne participe pas au down round perd le bénéfice du ratchet.
  • Prévoir un mécanisme de relution du pool salarié.

Pour les investisseurs, les points de fermeté portent sur :

  • La formule de calcul, qui doit être suffisamment protectrice pour couvrir un down round significatif.
  • Le périmètre des exclusions : limiter les cas où le ratchet ne s'applique pas.
  • La coordination avec la clause de liquidation préférentielle, qui constitue un second filet de protection.

L'équilibre final dépend du rapport de force entre les parties, du stade de développement de la société et des conditions de marché au moment de la négociation.

FAQ

Quelle est la différence entre un ratchet et une clause anti-dilution classique ?

La clause anti-dilution classique protège contre la dilution mécanique liée à toute nouvelle émission d'actions. Le ratchet, en revanche, ne se déclenche qu'en cas de down round — c'est-à-dire lorsque le prix d'émission du nouveau tour est inférieur au prix payé par l'investisseur protégé. Le ratchet est donc un mécanisme anti-dilution spécifique, ciblé sur la baisse de valorisation.

Le ratchet est-il légal en droit français ?

Oui. Le ratchet est licite en droit français, sous réserve de ne pas constituer une clause léonine au sens de l'article 1844-1 du Code civil. La jurisprudence admet les mécanismes d'ajustement de prix entre actionnaires, à condition qu'ils ne privent pas un associé de toute participation aux bénéfices ou aux pertes.

Peut-on limiter les effets d'un ratchet dans le temps ?

Oui. La plupart des pactes d'actionnaires prévoient une durée de validité du ratchet, généralement comprise entre 24 et 36 mois après l'investissement initial. Au-delà de cette période, les BSA ratchet deviennent caducs et l'investisseur perd le bénéfice du mécanisme.

Le ratchet affecte-t-il les détenteurs de BSPCE ?

Indirectement, oui. L'activation du ratchet augmente le nombre d'actions en circulation, ce qui dilue la participation relative des détenteurs de BSPCE. La valeur économique de leurs titres diminue, même si le nombre de BSPCE attribués reste inchangé. C'est pourquoi certains pactes prévoient un mécanisme de relution du pool salarié.

Qu'est-ce qu'une clause pay-to-play en lien avec le ratchet ?

La clause pay-to-play conditionne le bénéfice du ratchet à la participation de l'investisseur au nouveau tour de financement. Si l'investisseur refuse de réinvestir lors du down round, il perd le droit d'exercer ses BSA ratchet. Ce mécanisme incite l'investisseur à soutenir la société dans les phases difficiles et limite la dilution subie par les fondateurs.

Pour aller plus loin

Article L228-91 Code de commerce - Légifrance

Valeurs mobilières donnant accès au capital (L228-98 à L228-106) - Légifrance

Article L228-12 Code de commerce - Légifrance

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