Charges exceptionnelles : définition, comptes 67 et traitement comptable

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22 Apr 2026
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9
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Points clés de l'article
  1. Une charge exceptionnelle correspond à un événement non récurrent, étranger au cycle normal d'exploitation de l'entreprise, enregistré dans les comptes de la classe 67.
  2. La distinction entre charge courante et charge exceptionnelle repose sur 3 critères : fréquence, lien avec l'activité principale et caractère prévisible.
  3. Les comptes 671 (gestion), 675 (cessions d'actifs) et 678 (autres charges exceptionnelles) répondent chacun à des situations précises.
  4. Le règlement ANC n°2022-06, applicable depuis le 1er janvier 2025, supprime le résultat exceptionnel du compte de résultat et reclasse ces charges dans le résultat courant.
  5. Toute erreur de qualification expose l'entreprise à une réintégration fiscale lors d'un contrôle : la documentation justificative est indispensable.

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Sommaire

Définition : qu'est-ce qu'une charge exceptionnelle en comptabilité ?

Charges exceptionnelles vs charges courantes : critères de distinction

Les comptes de la classe 67 : 671, 672, 675, 678 et leurs usages

Charges exceptionnelles sur opérations de gestion (compte 671) : exemples concrets

Charges exceptionnelles sur opérations en capital (comptes 675 et 678)

Impact du règlement ANC n°2022-06 sur le résultat exceptionnel

Traitement fiscal : déductibilité, pièges et réintégrations

Sécuriser la justification comptable en cas de contrôle fiscal

FAQ

Pour aller plus loin

Définition : qu'est-ce qu'une charge exceptionnelle en comptabilité ?

Une charge exceptionnelle désigne, en comptabilité française, une dépense ou une perte qui ne relève pas de l'activité ordinaire et récurrente de l'entreprise. Elle se distingue par son caractère inhabituel, non répétitif et déconnecté du cycle normal d'exploitation.

Le Plan Comptable Général (PCG) classe ces charges dans les comptes de la classe 67. Elles regroupent des événements tels qu'une amende fiscale, une perte sur cession d'immobilisation, un sinistre non couvert par une assurance ou encore un rappel de charges sociales consécutif à un redressement URSSAF.

Concrètement, une entreprise de distribution qui enregistre chaque mois des achats de marchandises comptabilise des charges d'exploitation. Si cette même entreprise subit un incendie dans son entrepôt et doit passer en perte la valeur nette comptable des stocks détruits, cette perte constitue une charge exceptionnelle. La nature de l'événement — imprévisible, ponctuel, sans lien avec le fonctionnement courant — justifie son classement hors exploitation.

L'enjeu pour un dirigeant est direct : la qualification d'une charge en exceptionnelle ou en courante modifie la lecture du résultat d'exploitation. Un résultat d'exploitation artificiellement gonflé par le transfert de charges courantes vers l'exceptionnel fausse l'analyse de la rentabilité opérationnelle. À l'inverse, classer à tort une charge récurrente en exceptionnelle peut déclencher un redressement fiscal.

Charges exceptionnelles vs charges courantes : critères de distinction

La frontière entre charge courante et charge exceptionnelle repose sur 3 critères cumulatifs définis par la doctrine comptable française.

CritèreCharge couranteCharge exceptionnelle
FréquenceRécurrente (mensuelle, annuelle)Ponctuelle, non récurrente
Lien avec l'activitéDirectement liée au cycle d'exploitationÉtrangère à l'activité principale
PrévisibilitéAnticipable dans le budgetImprévisible ou accidentelle

Un loyer commercial constitue une charge courante : il est récurrent, lié à l'exploitation et budgété. Une pénalité contractuelle versée à la suite d'une rupture de contrat exceptionnelle relève, en revanche, de la classe 67.

Certaines situations créent des zones grises. Les provisions pour litiges illustrent cette difficulté. Une entreprise du BTP confrontée régulièrement à des contentieux clients peut difficilement qualifier chaque provision de charge exceptionnelle. Le critère de fréquence joue alors contre la qualification en exceptionnel. En revanche, un litige isolé portant sur un montant atypique — par exemple un contentieux de propriété intellectuelle pour une PME industrielle — peut légitimement être classé en charge exceptionnelle.

La jurisprudence fiscale retient une approche pragmatique : l'administration examine la réalité économique de l'opération, sa récurrence dans les comptes des exercices précédents et sa cohérence avec le secteur d'activité de l'entreprise.

Structurer correctement ses comptes dès la création de l'entreprise permet d'éviter ces erreurs de qualification dès les premiers exercices.
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Les comptes de la classe 67 : 671, 672, 675, 678 et leurs usages

La classe 67 du PCG se décompose en plusieurs sous-comptes, chacun affecté à une catégorie précise de charges exceptionnelles.

CompteIntituléNature des opérations
671Charges exceptionnelles sur opérations de gestionPénalités, amendes, créances irrécouvrables exceptionnelles, dons
672Charges sur exercices antérieursCharges omises lors d'exercices précédents (usage limité)
675Valeurs comptables des éléments d'actif cédésValeur nette comptable d'une immobilisation vendue
678Autres charges exceptionnellesMalis de fusion, pertes sur sinistres, charges diverses non classables

Le compte 672 est rarement utilisé en pratique. La plupart des corrections d'erreurs d'exercices antérieurs sont traitées directement dans les comptes de charges concernés, sauf cas de montants significatifs nécessitant une identification distincte.

Le fonctionnement de ces comptes obéit à une logique simple : le débit du compte 67x enregistre la charge, en contrepartie d'un crédit sur un compte de trésorerie (512), de tiers (4xx) ou d'immobilisation (2xx) selon la nature de l'opération.

Charges exceptionnelles sur opérations de gestion (compte 671) : exemples concrets

Le compte 671 regroupe les charges exceptionnelles liées à la gestion courante mais dont le caractère inhabituel justifie un traitement distinct.

Voici les cas les plus fréquents rencontrés par les PME et ETI françaises :

  • Amendes et pénalités : une amende de la DGCCRF pour pratique commerciale trompeuse, une pénalité URSSAF après contrôle, une amende fiscale pour dépôt tardif de déclaration. En 2023, le montant moyen des redressements URSSAF sur les PME s'élevait à environ 18 000 € selon l'ACOSS.
  • Créances irrécouvrables exceptionnelles : la défaillance soudaine d'un client représentant une part atypique du chiffre d'affaires. Si un client unique représente 30 % du CA et fait l'objet d'une liquidation judiciaire, la perte de créance peut être qualifiée d'exceptionnelle.
  • Rappels d'impôts : un rappel de TVA ou d'impôt sur les sociétés consécutif à un contrôle fiscal, portant sur des exercices antérieurs.
  • Dons et libéralités : un don exceptionnel à une fondation reconnue d'utilité publique, hors politique de mécénat récurrente.

L'écriture comptable type pour une amende fiscale de 5 000 € se présente ainsi :

  • Débit : 6712 – Pénalités, amendes fiscales et pénales → 5 000 €
  • Crédit : 512 – Banque → 5 000 €

Le point de vigilance pour le dirigeant : les amendes pénales et certaines pénalités fiscales (majorations pour mauvaise foi, par exemple) ne sont pas déductibles du résultat fiscal. Leur enregistrement en comptabilité ne préjuge pas de leur traitement fiscal.

Charges exceptionnelles sur opérations en capital (comptes 675 et 678)

Les comptes 675 et 678 concernent des opérations portant sur le patrimoine de l'entreprise, distinctes de sa gestion courante.

Compte 675 : valeur comptable des éléments d'actif cédés

Lorsqu'une entreprise vend une immobilisation (véhicule, machine, immeuble), elle enregistre au débit du compte 675 la valeur nette comptable (VNC) du bien cédé. Le prix de vente est comptabilisé au crédit du compte 775 (produits exceptionnels sur opérations en capital). La différence entre les deux détermine la plus-value ou la moins-value de cession.

Exemple : une SAS cède un véhicule utilitaire acquis 25 000 € HT, amorti à hauteur de 18 000 €. La VNC est de 7 000 €. Le véhicule est vendu 5 000 €.

  • Débit 675 : 7 000 € (VNC sortie de l'actif)
  • Crédit 775 : 5 000 € (prix de cession)
  • Résultat exceptionnel : moins-value de 2 000 €

Compte 678 : autres charges exceptionnelles

Ce compte accueille les charges qui ne trouvent leur place dans aucun autre sous-compte de la classe 67. Les cas typiques incluent :

  • Les malis de fusion résultant d'une opération de restructuration
  • Les pertes sur sinistres non couverts par l'assurance
  • Les abandons de créances à caractère exceptionnel consentis à une filiale en difficulté
Lors d'une restructuration ou d'une création de filiale, anticiper le traitement comptable de ces opérations évite des requalifications ultérieures.
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Impact du règlement ANC n°2022-06 sur le résultat exceptionnel

Le règlement ANC n°2022-06, publié par l'Autorité des Normes Comptables, modifie en profondeur la présentation du compte de résultat. Applicable aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, il supprime la distinction entre résultat courant et résultat exceptionnel dans les comptes annuels.

Concrètement, les charges jusqu'ici classées en exceptionnel sont reclassées :

  • Les charges sur opérations de gestion (compte 671) migrent vers les charges d'exploitation
  • Les charges sur opérations en capital (comptes 675, 678) sont intégrées dans une nouvelle rubrique du résultat courant

Cette réforme aligne la présentation française sur les normes IFRS, qui ne reconnaissent pas de résultat exceptionnel distinct. Pour les PME, l'impact est double :

  1. Lecture du résultat : le résultat d'exploitation intègre désormais des éléments non récurrents. Les dirigeants et les analystes financiers doivent adapter leurs grilles de lecture pour isoler la performance opérationnelle récurrente.
  2. Communication financière : les annexes aux comptes annuels deviennent le lieu privilégié pour identifier et expliquer les éléments non récurrents. La qualité de l'annexe gagne en importance.

Les comptes 671, 675 et 678 ne disparaissent pas du plan comptable. Ils continuent d'exister dans la comptabilité auxiliaire. Seule la présentation synthétique dans le compte de résultat change.

Traitement fiscal : déductibilité, pièges et réintégrations

Le traitement fiscal des charges exceptionnelles ne suit pas automatiquement leur traitement comptable. Plusieurs catégories de charges enregistrées en classe 67 doivent faire l'objet d'une réintégration extra-comptable sur le formulaire 2058-A (liasse fiscale).

Les principales charges non déductibles du résultat fiscal :

  • Amendes et pénalités pénales : article 39-2 du Code Général des Impôts (CGI). Les amendes pour infraction au code de la route, les sanctions pénales et les pénalités pour manquement délibéré sont exclues de la déduction.
  • Dons non éligibles : seuls les dons à des organismes d'intérêt général ouvrent droit à une réduction d'impôt (article 238 bis du CGI), dans la limite de 20 000 € ou 0,5 % du chiffre d'affaires HT.
  • Abandons de créances à caractère financier : un abandon de créance consenti à une filiale sans contrepartie commerciale directe est traité comme un acte anormal de gestion, sauf preuve d'un intérêt économique pour la société mère.
Type de chargeCompteDéductible fiscalement ?
Amende DGCCRF6711Non
Pénalité de retard contractuelle6711Oui
Rappel TVA (principal)6712Oui
Majoration pour mauvaise foi6712Non
Moins-value sur cession d'actif675Oui (sous conditions)
Don à fondation RUP6713Réduction d'impôt (pas déduction)

Le piège classique : enregistrer une amende pénale en charge déductible sans réintégration. Lors d'un contrôle fiscal, l'administration procède systématiquement à la vérification du détail des comptes 67x. L'absence de réintégration entraîne un rappel d'impôt, assorti d'intérêts de retard (0,20 % par mois) et potentiellement d'une majoration de 40 % pour manquement délibéré.

Sécuriser la justification comptable en cas de contrôle fiscal

La sécurisation des charges exceptionnelles repose sur 3 piliers : la documentation, la cohérence et la traçabilité.

Documentation systématique

Chaque écriture passée en classe 67 doit être appuyée par une pièce justificative identifiable :

  • Amendes : notification officielle de l'administration, avis de mise en recouvrement
  • Cessions d'actifs : acte de cession, tableau d'amortissement, facture de vente
  • Sinistres : déclaration de sinistre, rapport d'expertise, courrier de l'assureur
  • Abandons de créances : convention d'abandon, procès-verbal d'assemblée, analyse économique justifiant l'intérêt de l'opération

Cohérence inter-exercices

L'administration fiscale compare les comptes 67x sur plusieurs exercices. Une entreprise qui enregistre chaque année des montants significatifs en charges exceptionnelles s'expose à une requalification en charges courantes. Le caractère non récurrent doit être démontrable.

Traçabilité dans l'annexe

L'annexe aux comptes annuels doit détailler la nature et le montant des charges exceptionnelles significatives. Cette obligation, renforcée par le règlement ANC n°2022-06, constitue la première ligne de défense en cas de contrôle. Un vérificateur fiscal consulte systématiquement l'annexe avant d'examiner le détail des comptes.

En pratique, il est recommandé de constituer un dossier permanent par exercice regroupant l'ensemble des justificatifs des écritures exceptionnelles, classés par compte et par date. Ce dossier doit être accessible immédiatement en cas de demande de l'administration.

Une structuration juridique rigoureuse dès la création de l'entreprise facilite la mise en place de ces bonnes pratiques comptables et fiscales.
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FAQ

Quelle est la différence entre une charge exceptionnelle et une charge d'exploitation ?

Une charge d'exploitation est directement liée au cycle normal d'activité de l'entreprise : achats, salaires, loyers. Une charge exceptionnelle résulte d'un événement inhabituel, non récurrent et étranger à l'activité courante, comme une amende ou une perte sur sinistre. Le critère déterminant est la fréquence et le lien avec l'objet social.

Les amendes fiscales sont-elles déductibles du résultat imposable ?

Le principal d'un rappel d'impôt (TVA, IS) est déductible. En revanche, les majorations pour mauvaise foi, les amendes pénales et les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas déductibles en vertu de l'article 39-2 du CGI. Elles doivent être réintégrées sur la liasse fiscale (formulaire 2058-A).

Le résultat exceptionnel existe-t-il encore après le règlement ANC n°2022-06 ?

Non, pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, le compte de résultat ne distingue plus de résultat exceptionnel. Les charges anciennement classées en exceptionnel sont intégrées au résultat courant. Les comptes 67x subsistent dans la comptabilité auxiliaire, mais la présentation synthétique change.

Comment justifier une charge exceptionnelle en cas de contrôle fiscal ?

Chaque écriture en classe 67 doit être appuyée par une pièce justificative : notification d'amende, acte de cession, rapport d'expertise sinistre, convention d'abandon de créance. L'annexe aux comptes doit détailler les montants significatifs. Un dossier permanent regroupant ces justificatifs par exercice constitue la meilleure protection.

Un abandon de créance envers une filiale est-il toujours déductible ?

Non. Un abandon de créance à caractère financier (sans contrepartie commerciale directe) peut être requalifié en acte anormal de gestion par l'administration fiscale. Pour être déductible, l'entreprise doit démontrer un intérêt économique propre : sauvegarde d'un débouché commercial, préservation de sa réputation ou maintien d'une relation d'affaires stratégique.

Pour aller plus loin

Charges exceptionnelles - Aspects comptable et fiscal (BOI-BIC-CHG-60-10) - BOFIP Impôts

Plan de comptes PCG 2025 (règlement ANC 2014-03) - Autorité des normes comptables

Arrêté du 8 septembre 2014 portant homologation du règlement ANC n° 2014-03 (PCG) - Légifrance

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