Charges du bail commercial : inventaire limitatif et charges non récupérables

Guides & Ressources pratiques
13 Sep 2026
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6 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Depuis la loi Pinel, les charges du bail commercial doivent figurer dans un inventaire précis et limitatif annexé au contrat.
  2. Précis signifie une catégorie nommée par poste ; limitatif signifie qu'aucune dépense hors liste ne peut être refacturée.
  3. Certaines dépenses restent au bailleur quelle que soit la rédaction du bail, notamment les grosses réparations.
  4. Une catégorie absente de l'annexe devient non récupérable, même si le preneur l'a payée plusieurs années.
  5. La régularisation annuelle est le moment où le preneur demande les justificatifs et conteste poste par poste.

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Sommaire

1. L'inventaire des charges imposé par la loi Pinel

2. Ce que veut dire un inventaire précis et limitatif

3. Répartition des charges entre bailleur et preneur

4. Charges non récupérables faute d'inventaire

5. Travaux, taxes et honoraires : cas particuliers

6. Régularisation annuelle et contestation du preneur

FAQ

Pour aller plus loin

1. L'inventaire des charges imposé par la loi Pinel

Les charges du bail commercial ne se répartissent plus librement depuis la loi Pinel du 18 juin 2014. Tout bail conclu ou renouvelé après son entrée en vigueur doit comporter un inventaire des catégories de charges, impôts, taxes et redevances liés au local et à l'immeuble, avec l'indication de leur répartition entre bailleur et preneur.

Avant 2014, une clause balai du type « le preneur supporte toutes les charges de l'immeuble » suffisait. Ces formules générales ne produisent plus d'effet. Le texte ajoute deux obligations d'information à la charge du bailleur : un état prévisionnel des travaux envisagés sur les 3 années suivantes avec leur budget, et un état récapitulatif des travaux réalisés sur les 3 années écoulées avec leur coût.

L'annexe conditionne donc tout le reste. Ce qui n'y figure pas ne se refacture pas, quelle que soit la réalité de la dépense.

La rédaction de l'annexe détermine ce que le bailleur pourra appeler pendant toute la durée du contrat.
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2. Ce que veut dire un inventaire précis et limitatif

Deux adjectifs, deux exigences distinctes.

Précis signifie que chaque poste porte une catégorie nommée : nettoyage des parties communes, espaces verts, eau, gardiennage, ascenseurs, assurance de l'immeuble. Une rubrique globale comme « frais d'exploitation » ne remplit pas cette condition, car elle ne permet pas au preneur de savoir ce qu'il paiera avant de signer.

Limitatif signifie que la liste est fermée. Une catégorie absente ne peut pas être ajoutée en cours de bail, même si la dépense profite réellement au local. La mention « et plus généralement toute charge afférente à l'immeuble » n'ouvre aucune porte.

Trois questions permettent de tester une annexe :

  1. Chaque poste porte-t-il un intitulé identifiable ?
  2. La liste se termine-t-elle sans clause d'extension ?
  3. La clé de répartition est-elle chiffrée, en tantièmes ou en surface ?

3. Répartition des charges entre bailleur et preneur

La loi ne fixe pas une répartition poste par poste. En revanche, elle interdit d'imputer certaines dépenses au preneur, quelle que soit la rédaction du contrat. Ces exclusions sont d'ordre public : une clause contraire est réputée non écrite.

PosteImputable au preneurReste au bailleur
Entretien courant, nettoyage, eau, énergieOui, si l'annexe le prévoitNon
Taxes liées à l'usage du localOui, si l'annexe le prévoitNon
Grosses réparations définies par le code civilNonOui
Travaux de mise en conformité liés à la vétustéNonOui
Honoraires de gestion des loyersNonOui
Charges des locaux vacants de l'immeubleNonOui

Dans un ensemble immobilier à plusieurs locataires, le bail indique la quote-part du preneur et sa méthode de calcul, le plus souvent proportionnelle à la surface exploitée.

Une annexe de charges mal calibrée se découvre au premier décompte, plusieurs exercices après la signature.
Sécuriser la rédaction de vos baux commerciaux

4. Charges non récupérables faute d'inventaire

L'absence d'une catégorie dans l'annexe produit un effet simple : la dépense reste au bailleur. Le preneur qui l'a réglée par erreur peut en demander la restitution, dans la limite de la prescription de 5 ans.

Le cas le plus fréquent concerne les baux renouvelés après 2014 sans mise à jour de l'annexe. Le bailleur continue d'appeler des postes hérités du contrat antérieur, par exemple les honoraires du property manager ou la quote-part des locaux vides. Le décompte annuel fait apparaître ces lignes 3 ou 4 ans plus tard, quand les montants cumulés deviennent significatifs.

Deux réflexes limitent le risque, côté preneur comme côté bailleur :

  • comparer ligne à ligne l'appel de charges et l'annexe signée, sans se fier aux intitulés comptables du gestionnaire ;
  • conserver l'annexe d'origine, seule pièce opposable en cas de discussion.

5. Travaux, taxes et honoraires : cas particuliers

Trois familles de dépenses concentrent les litiges, car leur qualification détermine leur sort.

DépenseQuestion à trancherConséquence
Rénovation d'un équipement communEntretien ou remplacement ?Le remplacement relève du bailleur
Mise aux normes d'un localVétusté ou exploitation du preneur ?La vétusté reste au bailleur
Taxe foncièreMentionnée nommément à l'annexe ?Sans mention, aucune refacturation
Honoraires de gestionGestion locative ou gestion technique ?La gestion des loyers reste au bailleur

Les honoraires liés à des travaux suivent le sort des travaux qu'ils accompagnent. Les frais de contentieux engagés par le bailleur contre un autre occupant n'entrent dans aucune catégorie refacturable.

La qualification d'un poste de travaux décide, à elle seule, de qui en supporte le coût.
Arbitrer un différend sur les charges locatives

6. Régularisation annuelle et contestation du preneur

La régularisation compare les provisions appelées et les dépenses réelles de l'exercice. Le bailleur communique un décompte par catégorie, calé sur les rubriques de l'annexe. Le preneur peut exiger les justificatifs : factures, contrats de prestation, clé de répartition appliquée.

La contestation suit trois étapes :

  1. demande écrite des pièces justificatives, avec un délai de réponse ;
  2. contestation motivée poste par poste, en désignant la ligne absente de l'annexe ou la clé mal appliquée ;
  3. saisine du tribunal judiciaire si le désaccord persiste.

Le paiement d'un appel de charges n'interdit pas d'en demander ensuite la restitution. Côté bailleur, la prévention tient dans la rédaction initiale et dans la mise à jour de l'annexe à chaque renouvellement. Côté preneur, elle tient dans la lecture de cette annexe avant signature, plutôt qu'au moment du décompte.

FAQ

L'inventaire des charges est-il obligatoire dans tous les baux commerciaux ?

Il s'impose aux baux conclus ou renouvelés depuis l'entrée en vigueur de la loi Pinel. Les baux antérieurs restent soumis à leurs stipulations, jusqu'à leur renouvellement, qui déclenche l'obligation.

Que se passe-t-il si une charge ne figure pas dans l'annexe ?

Elle n'est pas récupérable. Le bailleur la supporte, même si la dépense est réelle et documentée. Le preneur qui l'a payée peut en réclamer le remboursement.

La taxe foncière peut-elle être refacturée au preneur ?

Oui, à condition qu'elle soit nommée dans l'inventaire annexé au bail. Une rubrique générale visant « les impôts et taxes » ne suffit pas à fonder cette refacturation.

Dans quel délai contester une régularisation de charges ?

La prescription de droit commun de 5 ans s'applique. Le point de départ court à compter du paiement contesté, ce qui permet de remonter sur plusieurs exercices d'un coup.

Faut-il payer avant de contester ?

Le paiement ne vaut pas acceptation du décompte. Régler l'appel évite les pénalités de retard, tout en laissant la possibilité de demander ensuite la restitution des sommes indues.

Pour aller plus loin

Article L145-40-2 du Code de commerce - Légifrance

Article R145-35 du Code de commerce - Légifrance

Décret n° 2014-1317 du 3 novembre 2014 relatif au bail commercial - Légifrance

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