BSA AIR : fonctionnement, avantages et points de vigilance pour les investisseurs en capital

Guides & Ressources pratiques
18 Mar 2026
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9
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Points clés de l'article
  1. Le BSA AIR permet de financer une startup sans fixer immédiatement sa valorisation : l'investisseur verse des fonds et reçoit des actions lors d'un événement ultérieur (levée de fonds, cession, liquidation).
  2. Ce mécanisme repose sur 3 paramètres contractuels déterminants : la décote, le cap (valorisation plafond) et le floor (valorisation plancher).
  3. Contrairement au SAFE américain, le BSA AIR est structuré comme un bon de souscription d'actions émis par l'assemblée générale extraordinaire, soumis au droit français des valeurs mobilières.
  4. Les événements déclencheurs (tour de financement qualifié, cession, liquidation) conditionnent la conversion automatique du BSA AIR en actions.
  5. Avant de signer, l'investisseur doit vérifier la clause de sunset, le traitement fiscal de la plus-value de conversion et l'impact dilutif sur la table de capitalisation.

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Sommaire

Qu'est-ce qu'un BSA AIR ? Définition et origines

Le cadre juridique du BSA AIR en droit français

Les paramètres clés d'un BSA AIR : décote, cap et floor

Les événements déclencheurs et le mécanisme de conversion en actions

BSA AIR, SAFE et obligations convertibles : quelles différences pour l'investisseur ?

Les avantages du BSA AIR pour les fonds et family offices

Points de vigilance juridiques et fiscaux avant de signer un BSA AIR

L'accompagnement juridique pour sécuriser une émission de BSA AIR

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un BSA AIR ? Définition et origines

Le BSA AIR — Bon de Souscription d'Actions dans le cadre d'un Accord d'Investissement Rapide — est un instrument financier qui permet à un investisseur de verser des fonds dans une startup sans que les parties aient à s'accorder immédiatement sur la valorisation de la société. Concrètement, l'investisseur reçoit un bon de souscription qui se convertira en actions à l'occasion d'un événement futur, généralement une levée de fonds ultérieure.

Ce mécanisme est né en France au milieu des années 2010, directement inspiré du SAFE (Simple Agreement for Future Equity) créé par l'accélérateur Y Combinator en 2013 aux États-Unis. L'objectif était identique : réduire les coûts de transaction et les délais de négociation lors des tours d'amorçage, où la valorisation d'une jeune entreprise reste par nature incertaine.

En pratique, le BSA AIR s'est imposé dans l'écosystème français parce qu'il répond à une contrainte opérationnelle précise. Lors d'un premier financement de 100 000 à 500 000 €, négocier un pacte d'actionnaires complet et figer une valorisation pre-money mobilise du temps et des frais juridiques disproportionnés par rapport au montant investi. Le BSA AIR reporte cette discussion au moment où un tour de financement plus structuré — souvent une Série A — fournira une référence de valorisation fiable.

Le cadre juridique du BSA AIR en droit français

Contrairement au SAFE américain, qui repose sur un simple contrat bilatéral, le BSA AIR s'inscrit dans le régime français des valeurs mobilières. Son émission requiert une décision de l'assemblée générale extraordinaire (AGE) de la société émettrice, conformément aux articles L. 228-91 et suivants du Code de commerce.

L'AGE doit autoriser l'émission de bons de souscription d'actions et déléguer, le cas échéant, au président ou au conseil d'administration le pouvoir de fixer les conditions définitives. Cette exigence implique la rédaction d'un rapport du président (ou du directoire) et, dans certains cas, l'intervention d'un commissaire aux comptes pour vérifier la suppression du droit préférentiel de souscription des actionnaires existants.

Le BSA AIR n'est donc pas un simple accord contractuel : c'est un titre financier émis par la société, inscrit dans un registre de mouvements de titres. Cette qualification emporte des conséquences directes sur le régime fiscal applicable et sur les droits de l'investisseur en cas de procédure collective.

Les paramètres clés d'un BSA AIR : décote, cap et floor

Trois variables contractuelles déterminent le nombre d'actions que l'investisseur recevra lors de la conversion.

ParamètreDéfinitionEffet pour l'investisseur
Décote (discount)Pourcentage de réduction appliqué au prix par action du tour de financement suivantPermet d'obtenir un prix par action inférieur à celui des nouveaux investisseurs, en contrepartie du risque pris plus tôt
Cap (valorisation plafond)Valorisation maximale retenue pour calculer le prix de conversionProtège l'investisseur si la valorisation au tour suivant dépasse le plafond convenu
Floor (valorisation plancher)Valorisation minimale retenue pour le calculProtège la startup contre une conversion à un prix trop bas qui diluerait excessivement les fondateurs

En pratique, la décote se situe généralement entre 15 % et 25 %. Le cap est négocié en fonction de la traction de la startup au moment de l'émission. Le floor reste moins fréquent mais se rencontre lorsque les fondateurs souhaitent limiter la dilution en cas de down round (tour de financement à une valorisation inférieure au précédent).

Un exemple : un investisseur verse 200 000 € via un BSA AIR avec un cap de 4 M€ et une décote de 20 %. Si le tour suivant valorise la société à 6 M€ pre-money, la conversion s'effectuera sur la base du cap (4 M€), soit un prix par action nettement inférieur à celui payé par les nouveaux entrants.

Structurer un BSA AIR suppose de calibrer précisément ces paramètres en fonction du profil de risque et de la stratégie de sortie envisagée.
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Les événements déclencheurs et le mécanisme de conversion en actions

La conversion du BSA AIR en actions n'est pas discrétionnaire. Elle intervient automatiquement à la survenance d'un événement déclencheur (trigger event) défini dans le contrat d'émission. Les événements les plus courants sont :

  • Tour de financement qualifié : levée de fonds d'un montant minimum prédéfini (par exemple, 500 000 € ou 1 M€). C'est le déclencheur principal.
  • Cession de la société (change of control) : acquisition de la majorité du capital par un tiers.
  • Liquidation : dissolution volontaire ou judiciaire de la société.
  • Clause sunset : date limite au-delà de laquelle, en l'absence d'événement, le BSA AIR se convertit automatiquement sur la base du cap, ou donne lieu à un remboursement.

Lors du tour qualifié, le prix de conversion est calculé en appliquant la décote au prix par action du nouveau tour, dans la limite du cap. Le nombre d'actions émises résulte de la division du montant investi par ce prix de conversion. Les actions ainsi créées sont inscrites au registre des mouvements de titres et l'investisseur devient actionnaire à part entière.

La clause sunset mérite une attention particulière. Sans elle, l'investisseur peut rester bloqué indéfiniment avec un bon non converti, sans droit de vote ni droit aux dividendes. Un délai de 18 à 24 mois constitue une pratique courante.

BSA AIR, SAFE et obligations convertibles : quelles différences pour l'investisseur ?

CritèreBSA AIRSAFE (US)Obligation convertible
Nature juridiqueValeur mobilière (bon de souscription)Contrat simpleTitre de créance
ÉmissionAGE obligatoireSignature bilatéraleAGE obligatoire
IntérêtsNonNonOui (taux contractuel)
Date d'échéanceNon (sauf sunset)Non (sauf sunset)Oui (maturité fixe)
Droit au remboursementNon (sauf clause spécifique)NonOui, à l'échéance
Juridiction d'origineFranceÉtats-Unis (Delaware)France / international

L'obligation convertible offre une sécurité supplémentaire à l'investisseur : en cas de non-conversion, le capital investi reste une créance remboursable, assortie d'intérêts. Le BSA AIR, en revanche, ne confère aucun droit au remboursement par défaut. L'investisseur assume donc un risque de perte totale si la société ne lève pas de fonds et ne prévoit pas de clause sunset avec remboursement.

Le SAFE américain ne peut pas être utilisé tel quel en France : son absence de formalisme (pas d'AGE, pas de registre de titres) le rend incompatible avec le droit français des sociétés.

Comparer ces instruments suppose d'analyser leur traitement juridique et fiscal au regard de la stratégie d'investissement du fonds ou du family office.
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Les avantages du BSA AIR pour les fonds et family offices

Pour un fonds d'investissement ou un family office intervenant en amorçage, le BSA AIR présente plusieurs atouts opérationnels concrets.

  • Rapidité d'exécution : la négociation porte sur 4 à 5 paramètres (montant, décote, cap, floor, événements déclencheurs) contre plusieurs dizaines de clauses dans un pacte d'actionnaires classique. Le délai entre le term sheet et le versement des fonds se réduit à quelques semaines.
  • Coûts juridiques réduits : les frais de structuration d'un BSA AIR se situent entre 2 000 et 5 000 € en moyenne, contre 10 000 à 30 000 € pour un tour de Série A complet.
  • Report de la discussion sur la valorisation : en phase d'amorçage, fixer une valorisation repose sur des hypothèses fragiles. Le BSA AIR permet de différer cet exercice jusqu'à un moment où la traction commerciale fournit des indicateurs plus fiables.
  • Alignement d'intérêts : la décote et le cap récompensent le risque pris par l'investisseur précoce, tout en laissant aux fondateurs la possibilité de bénéficier d'une valorisation supérieure au tour suivant.

Points de vigilance juridiques et fiscaux avant de signer un BSA AIR

Le BSA AIR n'est pas exempt de risques. Plusieurs points exigent une analyse approfondie avant la signature.

Risque de dilution non maîtrisée

Si le contrat ne prévoit pas de floor, une valorisation très basse au tour suivant peut entraîner l'émission d'un nombre élevé d'actions au profit du porteur de BSA AIR, diluant massivement les fondateurs. À l'inverse, un cap trop bas peut décourager de nouveaux investisseurs qui constateraient une dilution excessive liée aux BSA AIR existants.

Traitement fiscal

En France, la plus-value réalisée lors de la cession des actions obtenues par conversion d'un BSA AIR relève du régime des plus-values mobilières. Pour les personnes physiques, le flat tax de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux) s'applique par défaut. Les fonds structurés en société bénéficient du régime des plus-values à long terme sous conditions de durée de détention.

La question du prix d'acquisition des actions — qui détermine la base de calcul de la plus-value — doit être documentée avec précision dans le contrat d'émission.

Absence de droits d'actionnaire avant conversion

Tant que le BSA AIR n'est pas converti, l'investisseur ne dispose ni de droit de vote, ni de droit aux dividendes, ni de droit d'information renforcé. Cette situation peut durer plusieurs années si aucun événement déclencheur ne survient.

Clauses à vérifier systématiquement

  • Clause sunset : délai et modalités de conversion ou remboursement à défaut d'événement déclencheur
  • Clause de most favored nation : garantie d'obtenir des conditions au moins aussi favorables que celles accordées à un investisseur ultérieur via un autre BSA AIR
  • Définition précise du tour qualifié : montant minimum, nature des titres émis, exclusions éventuelles
La rédaction de ces clauses conditionne directement la protection de l'investisseur et la fluidité du tour de financement suivant.
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L'accompagnement juridique pour sécuriser une émission de BSA AIR

La structuration d'un BSA AIR mobilise des compétences croisées en droit des sociétés, droit des valeurs mobilières et fiscalité des investissements. Trois étapes requièrent un accompagnement juridique spécifique.

La première concerne la rédaction du contrat d'émission. Chaque paramètre (décote, cap, floor, événements déclencheurs, clause sunset) doit être défini avec une précision suffisante pour éviter toute ambiguïté lors de la conversion. Une formulation imprécise du tour qualifié — par exemple, l'absence de montant minimum — peut déclencher une conversion prématurée dans des conditions défavorables.

La deuxième porte sur la conformité corporate. L'émission suppose une résolution d'AGE conforme aux articles L. 228-91 et suivants du Code de commerce, la suppression du droit préférentiel de souscription et, le cas échéant, un rapport du commissaire aux comptes.

La troisième concerne l'intégration dans la table de capitalisation. Avant chaque nouveau tour, les BSA AIR en circulation doivent être modélisés dans le cap table pour anticiper la dilution et présenter une image fidèle aux futurs investisseurs.

FAQ

Le BSA AIR donne-t-il droit à des dividendes avant la conversion ?
Non. Tant que le bon n'est pas converti en actions, le porteur ne dispose d'aucun droit d'actionnaire : ni droit de vote, ni droit aux dividendes, ni droit d'information renforcé prévu par le Code de commerce.

Que se passe-t-il si la startup ne lève jamais de fonds après l'émission du BSA AIR ?
En l'absence de clause sunset, le BSA AIR peut rester non converti indéfiniment. Si une clause sunset est prévue, le bon se convertit automatiquement sur la base du cap à l'expiration du délai, ou donne lieu à un remboursement selon les termes négociés.

Un BSA AIR peut-il être cédé à un tiers ?
Cela dépend du contrat d'émission. Certains BSA AIR prévoient une clause d'incessibilité ou un droit d'agrément de la société. En l'absence de restriction, le bon est cessible comme toute valeur mobilière.

Quel est le régime fiscal applicable à la conversion d'un BSA AIR ?
La conversion elle-même ne constitue pas un fait générateur d'imposition. La plus-value est constatée et imposée lors de la cession ultérieure des actions obtenues, au régime des plus-values mobilières (30 % de flat tax par défaut pour les personnes physiques).

Le BSA AIR est-il adapté à un investissement supérieur à 1 M€ ?
Au-delà de ce seuil, les investisseurs privilégient généralement un tour de financement structuré avec pacte d'actionnaires, car le montant justifie les coûts de négociation et la fixation d'une valorisation. Le BSA AIR reste principalement utilisé pour des tickets compris entre 50 000 et 500 000 €.

Pour aller plus loin

Article L228-91 - Code de commerce (valeurs mobilières donnant accès au capital) - Légifrance

BIC - Plus-values et moins-values - Dispositions particulières aux droits de souscription (BSA) - BOFIP Impôts

Augmenter le capital social de la société - Service-Public.fr

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