Attestation de dette : définition, valeur juridique et recouvrement

Guides & Ressources pratiques
11 Jul 2026
-
7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'attestation de dette est un document écrit par lequel le débiteur reconnaît devoir une somme précise au créancier.
  2. Elle se distingue de la reconnaissance de dette par sa forme et sa portée juridique, bien que les deux servent de preuve.
  3. Sa validité repose sur des mentions obligatoires : identité des parties, montant en chiffres et en lettres, date et signature manuscrite du débiteur.
  4. En cas de litige, elle constitue un élément de preuve recevable devant les tribunaux pour engager un recouvrement de créances.
  5. Plusieurs voies de recouvrement existent après obtention du document : amiable, injonction de payer ou assignation au fond.

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Sommaire

Attestation de dette : définition et cadre juridique

Attestation, reconnaissance de dette : quelles différences ?

Mentions et conditions de validité du document

Valeur probante dans le recouvrement de créances

Recouvrer sa créance après l'attestation de dette

FAQ

Pour aller plus loin

Attestation de dette : définition et cadre juridique

Lorsqu'une entreprise accorde un délai de paiement, livre une prestation ou consent un prêt à un partenaire commercial, elle prend un risque : celui de ne jamais être payée. L'attestation de dette permet de matérialiser ce risque par écrit. Concrètement, il s'agit d'un document dans lequel le débiteur déclare devoir une somme déterminée au créancier, à une date donnée.

Le Code civil encadre ce mécanisme à travers les articles 1353 et suivants relatifs à la preuve des obligations. L'article 1376 précise qu'un acte sous signature privée portant engagement unilatéral de payer doit mentionner le montant en chiffres et en lettres. En cas de divergence, c'est le montant en lettres qui prévaut. Cette règle protège le créancier contre toute altération du document.

En droit français, l'attestation de dette n'est pas un acte authentique (rédigé par un notaire). Elle relève de l'acte sous seing privé. Sa force probante dépend donc du respect de conditions formelles précises, détaillées plus bas.

À quoi sert-elle en pratique pour une entreprise ?

Pour une TPE ou une PME créancière, ce document remplit 3 fonctions :

  • Figer la créance : le montant, la date et l'identité du débiteur sont établis sans ambiguïté.
  • Prévenir la contestation : le débiteur ne peut plus nier l'existence de la dette une fois le document signé.
  • Préparer le recouvrement : en cas de défaillance, le créancier dispose d'une preuve écrite exploitable devant un tribunal.

Attestation, reconnaissance de dette : quelles différences ?

Les deux termes sont souvent confondus. Ils désignent pourtant des réalités juridiques distinctes, même si leur finalité converge : prouver qu'une somme est due.

CritèreAttestation de detteReconnaissance de dette
AuteurLe débiteur ou un tiers attestantLe débiteur uniquement
FormeLibre (courrier, e-mail, formulaire)Acte sous seing privé ou notarié
Cadre légalPreuve au sens des articles 1353 et suivants du Code civilArticles 1376 et 1377 du Code civil
Force probanteVariable selon les mentions présentesÉlevée si les mentions obligatoires sont respectées
Usage courantRelations commerciales B2B, prêts informelsPrêts entre particuliers, opérations formalisées

La reconnaissance de dette est un engagement unilatéral formalisé. Elle engage directement le signataire à payer la somme indiquée. L'attestation de dette, elle, peut prendre une forme plus souple : un simple courrier dans lequel le débiteur confirme le solde restant dû suffit, à condition qu'il soit signé et daté.

En pratique, pour une entreprise créancière, la reconnaissance de dette offre une sécurité juridique supérieure. Toutefois, obtenir une attestation de dette reste utile lorsque le débiteur refuse de s'engager formellement mais accepte de confirmer par écrit le montant impayé.

Mentions et conditions de validité du document

Un document incomplet ou mal rédigé perd sa valeur devant un juge. Voici les mentions à vérifier systématiquement.

Mentions obligatoires

  • Identité complète des parties : nom, prénom (ou dénomination sociale), adresse, numéro SIREN pour les entreprises.
  • Montant de la dette : exprimé en chiffres et en lettres (article 1376 du Code civil).
  • Objet de la dette : facture impayée, prêt, prestation non réglée.
  • Date de rédaction du document.
  • Signature manuscrite du débiteur (ou signature électronique qualifiée au sens du règlement eIDAS).

Mentions recommandées

  • Échéance de remboursement : date ou calendrier de paiement.
  • Taux d'intérêt applicable : taux légal ou taux conventionnel (plafonné par les règles sur l'usure).
  • Clause de déchéance du terme : permet d'exiger le paiement intégral en cas de défaut sur une échéance.
MentionObligatoireRecommandée
Identité des parties
Montant en chiffres et en lettres
Objet de la dette
Date et signature
Échéancier de remboursement
Taux d'intérêt
Clause de déchéance du terme

Un document dépourvu de la mention du montant en lettres reste recevable comme commencement de preuve par écrit (article 1362 du Code civil). Il devra cependant être corroboré par d'autres éléments : échanges d'e-mails, factures, relevés bancaires.

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Valeur probante dans le recouvrement de créances

Ce que le juge examine

En cas de litige, le tribunal vérifie 3 éléments pour apprécier la valeur probante de l'attestation de dette :

  1. L'authenticité de la signature : le débiteur a-t-il réellement signé le document ? Une expertise graphologique peut être ordonnée en cas de contestation.
  2. La précision du contenu : le montant, l'objet et les parties sont-ils identifiés sans équivoque ?
  3. L'absence de vice du consentement : le débiteur n'a-t-il pas signé sous la contrainte, l'erreur ou le dol (tromperie) ?

Limites à connaître

L'attestation de dette ne constitue pas un titre exécutoire. Elle ne permet pas de saisir directement les biens du débiteur. Pour obtenir un titre exécutoire, le créancier doit passer par une procédure judiciaire : injonction de payer ou assignation.

Par ailleurs, la prescription de droit commun s'applique. En matière commerciale (B2B), le délai de prescription est de 5 ans à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir (article L. 110-4 du Code de commerce). La signature d'une attestation de dette par le débiteur interrompt ce délai et fait courir un nouveau délai de 5 ans.

Recouvrer sa créance après l'attestation de dette

Une fois l'attestation obtenue, le créancier dispose de plusieurs voies pour récupérer les sommes dues.

Phase amiable

La mise en demeure constitue la première étape. Envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, elle rappelle la dette, joint l'attestation et fixe un délai de paiement (généralement 8 à 15 jours). En pratique, selon la Banque de France, environ 30 % des créances impayées entre entreprises se règlent à ce stade.

Phase judiciaire

Si la mise en demeure reste sans effet, 2 procédures s'offrent au créancier :

  • Injonction de payer (articles 1405 et suivants du Code de procédure civile) : procédure rapide, non contradictoire. Le juge rend une ordonnance sur la base des pièces fournies, dont l'attestation de dette. Coût : environ 35 € de greffe devant le tribunal de commerce.
  • Assignation au fond : procédure contradictoire, adaptée aux litiges complexes ou aux montants élevés. Le débiteur est convoqué et peut contester. Les délais varient de 6 à 18 mois selon les juridictions.

L'ordonnance d'injonction de payer, une fois signifiée et non contestée dans le délai d'1 mois, devient un titre exécutoire. Le créancier peut alors mandater un commissaire de justice (anciennement huissier) pour procéder à des saisies.

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FAQ

L'attestation de dette a-t-elle la même valeur qu'une reconnaissance de dette ?

Non. La reconnaissance de dette est un engagement unilatéral formalisé qui obéit à des conditions strictes (article 1376 du Code civil). L'attestation de dette, plus souple dans sa forme, constitue un élément de preuve recevable mais dont la force probante dépend des mentions qu'elle contient.

Une attestation de dette par e-mail est-elle valable ?

Oui, à condition que l'auteur soit identifiable et que le contenu soit suffisamment précis (montant, objet, date). L'article 1366 du Code civil reconnaît l'écrit électronique comme preuve, sous réserve que l'intégrité du document soit garantie.

Quel est le délai de prescription pour agir sur la base d'une attestation de dette entre entreprises ?

Le délai est de 5 ans en matière commerciale (article L. 110-4 du Code de commerce). La signature de l'attestation par le débiteur interrompt la prescription et fait courir un nouveau délai de 5 ans.

Peut-on obtenir une saisie directement avec une attestation de dette ?

Non. L'attestation de dette n'est pas un titre exécutoire. Pour saisir les biens du débiteur, le créancier doit d'abord obtenir une décision de justice (ordonnance d'injonction de payer ou jugement au fond) qui vaut titre exécutoire.

Faut-il faire intervenir un notaire pour rédiger une attestation de dette ?

Ce n'est pas obligatoire. L'attestation de dette sous seing privé est juridiquement valable. En revanche, un acte notarié confère au document une force exécutoire directe, ce qui évite de passer par une procédure judiciaire en cas de non-paiement.

Pour aller plus loin

Article 1376 du Code civil (preuve d'un engagement de payer) - Légifrance

Recouvrement judiciaire : l'injonction de payer - Service-Public.fr

Reconnaissance de dette : règles et formalités - Service-Public.fr

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