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Cadre juridique et situations concernées par l'article L. 1237-11
Conditions et prérequis avant d'engager une rupture conventionnelle
Procédure : étapes chronologiques de la rupture conventionnelle
Délai de rétractation et homologation par la DREETS
Calcul de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle
Erreurs fréquentes et risques de contentieux à éviter
Checklist et livrables pour sécuriser la rupture conventionnelle
L'article L. 1237-11 du Code du travail a été introduit par la loi du 25 juin 2008 portant modernisation du marché du travail. Ce texte crée un mode autonome de rupture du contrat de travail à durée indéterminée, fondé sur le consentement mutuel de l'employeur et du salarié. Il ne s'applique ni au CDD, ni à la rupture pendant la période d'essai.
En 2023, la DREETS a enregistré environ 500 000 demandes d'homologation de ruptures conventionnelles en France, selon les données publiées par la DARES. Ce volume, en progression régulière depuis 2009, confirme que ce dispositif est devenu un outil courant de gestion des départs.
La rupture conventionnelle se distingue du licenciement sur un point structurant : elle n'exige aucun motif. L'employeur n'a pas à justifier d'une cause réelle et sérieuse. Elle se distingue également de la démission, car le salarié conserve le droit aux allocations chômage sous réserve de remplir les conditions d'affiliation à France Travail (ex-Pôle emploi).
L'article L. 1237-11 ne s'applique pas dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) ni d'un accord collectif de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). La Cour de cassation a confirmé cette exclusion dans un arrêt du 9 mars 2011 (n° 10-11.581), en précisant que la rupture conventionnelle ne peut servir à contourner les règles du licenciement économique collectif.
Avant d'initier la procédure, le directeur juridique doit vérifier 3 prérequis cumulatifs.
Premier prérequis : un CDI en cours. La rupture conventionnelle est réservée aux contrats à durée indéterminée. Un CDD, un contrat d'apprentissage ou un contrat de mission en sont exclus.
Deuxième prérequis : un consentement libre. La convention doit être signée sans pression, menace ni contrainte. La Cour de cassation annule la rupture conventionnelle lorsqu'elle est conclue dans un contexte de harcèlement moral avéré (Cass. soc., 30 janvier 2013, n° 11-22.332). Le directeur juridique doit donc s'assurer qu'aucune situation conflictuelle ne vicie le consentement du salarié.
Troisième prérequis : l'absence de suspension protégée abusive. La rupture conventionnelle est possible pendant un arrêt maladie ou un congé maternité, mais le consentement du salarié fait l'objet d'un contrôle renforcé par la DREETS. En pratique, une rupture signée pendant un arrêt pour dépression liée au travail sera examinée avec une attention accrue.
Sécuriser le consentement et vérifier les prérequis juridiques en amont réduit le risque d'annulation de la convention.
Consulter un avocat en droit du travail
La procédure se déroule en 4 phases séquentielles. Le non-respect de l'une d'entre elles expose la convention à une invalidation.
L'article L. 1237-12 impose au moins 1 entretien entre les parties. En pratique, 2 entretiens espacés de quelques jours permettent de démontrer l'absence de précipitation. Le salarié peut se faire assister par un salarié de l'entreprise ou, en l'absence de représentant du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale. L'employeur peut également se faire assister, mais uniquement si le salarié exerce lui-même ce droit.
La convention est rédigée sur le formulaire Cerfa n° 1459801 (salarié non protégé) ou n° 1459901 (salarié protégé). Elle mentionne obligatoirement :
Chaque partie conserve un exemplaire signé. L'absence de remise d'un exemplaire au salarié entraîne la nullité de la convention (Cass. soc., 6 février 2013, n° 11-27.000).
Un délai de 15 jours calendaires court à compter du lendemain de la signature. Pendant ce délai, chaque partie peut se rétracter par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge.
À l'expiration du délai de rétractation, la demande d'homologation est adressée à la DREETS via le portail TéléRC. La DREETS dispose alors de 15 jours ouvrables pour instruire le dossier.
| Étape | Délai | Document |
|---|---|---|
| Entretien(s) | Aucun délai légal minimum entre la proposition et l'entretien | Convocation écrite recommandée |
| Signature de la convention | Jour J | Cerfa 1459801 ou 1459901 |
| Délai de rétractation | 15 jours calendaires à compter de J+1 | Lettre RAR ou remise en main propre |
| Demande d'homologation | Dès J+16 | Envoi via TéléRC |
| Instruction DREETS | 15 jours ouvrables | Notification ou silence valant homologation |
Le délai de 15 jours calendaires démarre le lendemain de la date de signature de la convention. Si le dernier jour tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, il est reporté au premier jour ouvrable suivant (article R. 1231-1 du Code du travail). Par exemple, pour une convention signée le lundi 3 mars, le délai expire le mardi 18 mars à minuit.
La DREETS vérifie 3 éléments : le respect du délai de rétractation, la liberté du consentement et la conformité de l'indemnité au minimum légal. En 2022, le taux de refus d'homologation s'élevait à environ 6 % des demandes, selon la DARES. Les motifs de refus les plus fréquents sont l'insuffisance de l'indemnité et l'absence de mention de la date d'entretien.
Le silence de la DREETS à l'issue des 15 jours ouvrables vaut acceptation. La date de rupture du contrat ne peut être fixée avant le lendemain de l'homologation.
L'homologation par la DREETS constitue une condition de validité de la rupture conventionnelle. Un dossier incomplet retarde la procédure et expose l'entreprise à un refus.
Faire vérifier votre dossier par un avocat en droit du travail
Pour un salarié protégé (délégué syndical, membre du CSE), l'homologation est remplacée par une autorisation de l'inspecteur du travail. Le délai d'instruction est alors de 2 mois, et le silence vaut refus.
L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement prévue à l'article L. 1234-9 du Code du travail. Si la convention collective applicable prévoit une indemnité conventionnelle de licenciement plus favorable, c'est ce montant qui sert de plancher.
Depuis le décret du 25 septembre 2017, l'indemnité légale de licenciement se calcule ainsi :
| Ancienneté | Montant par année |
|---|---|
| Jusqu'à 10 ans | 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté |
| Au-delà de 10 ans | 1/3 de mois de salaire brut par année d'ancienneté |
Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois (incluant les primes proratisées).
Un salarié ayant 8 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 4 000 € brut perçoit au minimum : 4 000 × 1/4 × 8 = 8 000 € brut. En pratique, les parties négocient fréquemment un montant supérieur au plancher légal, dit « supra-légal ».
Depuis le 1er septembre 2023, l'indemnité de rupture conventionnelle est soumise à une contribution patronale spécifique de 30 % (contre 20 % auparavant pour le forfait social). Cette contribution s'applique sur la fraction exonérée de cotisations sociales. Pour le salarié, l'indemnité reste exonérée d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 92 736 € en 2024).
Le contentieux de la rupture conventionnelle se concentre sur 4 motifs récurrents devant le conseil de prud'hommes.
1. Vice du consentement. Le salarié invoque une pression, un harcèlement ou une information insuffisante. La charge de la preuve pèse sur celui qui allègue le vice. En pratique, un entretien unique, expédié en 10 minutes, fragilise la position de l'employeur.
2. Non-remise d'un exemplaire au salarié. L'oubli de remettre un exemplaire signé de la convention au salarié entraîne sa nullité. La Cour de cassation applique cette règle sans exception.
3. Indemnité inférieure au minimum légal. Une erreur de calcul sur l'ancienneté ou le salaire de référence conduit la DREETS à refuser l'homologation, ou le juge à requalifier la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
4. Date de rupture antérieure à l'homologation. Fixer la fin du contrat avant la notification de l'homologation (ou avant le lendemain du jour d'homologation) invalide la convention.
En cas de requalification, l'employeur s'expose au versement de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, en plus de l'indemnité de préavis et des congés payés afférents.
Cette checklist synthétise les points de contrôle à valider par le directeur juridique avant chaque étape.
| Document | Objectif | Conservation |
|---|---|---|
| Convocation écrite à l'entretien | Preuve du respect de la procédure | 5 ans minimum |
| Convention Cerfa signée (2 exemplaires) | Support de la demande d'homologation | Durée du contrat + 5 ans |
| Preuve de remise au salarié | Protection contre la nullité | 5 ans minimum |
| Accusé de réception TéléRC | Preuve du dépôt | 5 ans minimum |
| Notification DREETS (ou silence valant homologation) | Preuve de la validité de la rupture | Durée du contrat + 5 ans |
La constitution d'un dossier complet et tracé protège l'entreprise en cas de contestation ultérieure devant le conseil de prud'hommes.
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Oui. La Cour de cassation admet la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie, y compris d'origine professionnelle (Cass. soc., 30 septembre 2014, n° 13-16.297). Toutefois, la DREETS examine le consentement du salarié avec une vigilance renforcée. Le directeur juridique doit documenter l'absence de lien entre la pathologie et une éventuelle pression de l'employeur.
En pratique, il faut compter au minimum 30 à 40 jours : quelques jours pour organiser l'entretien, 15 jours calendaires de rétractation après la signature, puis 15 jours ouvrables d'instruction par la DREETS. La date de rupture ne peut intervenir avant le lendemain de l'homologation.
Oui. Le salarié dispose d'un délai de 12 mois à compter de la date d'homologation pour saisir le conseil de prud'hommes (article L. 1237-14 du Code du travail). Les motifs invoqués portent le plus souvent sur un vice du consentement ou une erreur dans le calcul de l'indemnité.
La convention de rupture ne modifie pas les clauses du contrat de travail. Si une clause de non-concurrence figure dans le contrat initial, elle reste applicable sauf renonciation expresse de l'employeur dans les conditions prévues par le contrat ou la convention collective. L'employeur doit alors verser la contrepartie financière prévue.
Le refus d'homologation empêche la rupture du contrat. Le contrat de travail se poursuit normalement. Les parties peuvent soumettre une nouvelle demande après avoir corrigé les motifs de refus. Le refus n'ouvre droit à aucune indemnité ni sanction pour l'une ou l'autre des parties.
Article L. 1237-11 du Code du travail - Légifrance
Article L1237-11 - Code du travail numérique (Ministère du Travail)
Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Code du travail numérique
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