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Qu'est-ce que le RGPD et à partir de quand s'applique-t-il en France ?
Article 3 du RGPD : les critères d'application territoriale expliqués
À qui s'applique le RGPD : entreprises, associations, administrations, sous-traitants
Les exceptions au champ d'application du RGPD : qui n'est pas concerné ?
L'application extraterritoriale du RGPD : entreprises établies hors UE
Les obligations concrètes issues de l'application du RGPD pour une entreprise
Sanctions CNIL en cas de non-application du RGPD : risques financiers et réputationnels
Comment vérifier et sécuriser l'application du RGPD dans votre organisation ?
L'application du RGPD constitue le point de départ de toute démarche de conformité en matière de protection des données. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD), adopté par le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne le 27 avril 2016, est entré en application le 25 mai 2018 dans l'ensemble des États membres. En France, il se combine avec la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978, modifiée par la loi du 20 juin 2018, qui précise certaines marges de manœuvre laissées aux législateurs nationaux.
Contrairement à une directive, un règlement européen ne nécessite pas de transposition. Le RGPD s'applique donc directement dans l'ordre juridique français depuis le 25 mai 2018, sans qu'une loi nationale soit nécessaire pour lui donner force obligatoire. La loi Informatique et Libertés modifiée joue un rôle complémentaire : elle fixe l'âge du consentement des mineurs à 15 ans en France (contre 16 ans par défaut dans le RGPD), organise les traitements de données pénales et précise les pouvoirs de la CNIL.
Le RGPD définit la donnée personnelle de manière large : toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable. Un nom, une adresse e-mail professionnelle, une adresse IP, un identifiant client, un numéro de badge ou des données de géolocalisation entrent dans cette définition. Cette acception étendue explique pourquoi la quasi-totalité des entreprises est concernée, dès lors qu'elles gèrent un fichier clients, une base RH ou un outil de tracking en ligne.
Le traitement désigne toute opération effectuée sur des données personnelles : collecte, enregistrement, stockage, modification, consultation, transmission, effacement. Un simple tableur Excel contenant les coordonnées de prospects constitue un traitement au sens du règlement. La direction juridique doit donc raisonner en termes d'opérations sur les données, et non uniquement en termes de bases de données structurées.
L'article 3 du RGPD fixe les règles qui déterminent si un traitement de données entre dans le champ du règlement. Il repose sur 2 critères alternatifs : le critère d'établissement et le critère de ciblage. Comprendre leur articulation est indispensable pour évaluer l'exposition d'un groupe, de ses filiales et de ses partenaires.
Le RGPD s'applique au traitement de données personnelles effectué dans le cadre des activités d'un établissement situé sur le territoire de l'Union européenne, que le traitement lui-même ait lieu dans l'UE ou non. La notion d'établissement ne se limite pas à une entité juridique : une succursale, un bureau de représentation ou même un agent commercial disposant d'une activité stable et effective suffit, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE, Weltimmo, C-230/14, 1er octobre 2015).
En pratique, une société française dont les serveurs sont hébergés aux États-Unis reste soumise au RGPD. Inversement, une filiale française d'un groupe américain entre dans le champ du règlement pour les traitements réalisés dans le cadre de ses activités en France.
Lorsqu'un responsable de traitement ou un sous-traitant n'est pas établi dans l'UE, le RGPD s'applique tout de même si le traitement concerne des personnes situées dans l'Union et se rapporte à :
| Critère | Condition | Exemple concret |
|---|---|---|
| Établissement (art. 3.1) | Activité stable dans l'UE | Filiale française d'un groupe japonais |
| Ciblage – offre de biens/services (art. 3.2.a) | Offre dirigée vers des personnes dans l'UE | Site e-commerce américain proposant la livraison en France et affichant les prix en euros |
| Ciblage – suivi comportemental (art. 3.2.b) | Suivi du comportement de personnes dans l'UE | Application mobile chinoise utilisant des traceurs pour profiler des utilisateurs français |
Ces critères sont alternatifs : il suffit qu'un seul soit rempli pour que le RGPD s'applique. Pour un groupe international, l'analyse doit être menée entité par entité et traitement par traitement. Une holding luxembourgeoise, une filiale commerciale en Espagne et un sous-traitant cloud en Inde peuvent chacun relever du RGPD pour des raisons distinctes.
Le champ d'application du RGPD ne se limite pas aux grandes entreprises du numérique. Le règlement vise toute entité, quelle que soit sa taille, sa forme juridique ou son secteur d'activité, dès lors qu'elle traite des données personnelles dans les conditions définies par l'article 3.
Le responsable de traitement est la personne morale (ou physique) qui détermine les finalités et les moyens du traitement. Une PME industrielle qui gère un fichier de paie, une association sportive qui tient un registre d'adhérents ou une collectivité territoriale qui exploite un système de vidéosurveillance sont toutes responsables de traitement au sens du RGPD.
Le sous-traitant traite des données personnelles pour le compte du responsable de traitement. Un prestataire de paie externalisée, un hébergeur cloud, un éditeur de logiciel SaaS ou un centre d'appels délocalisé sont des sous-traitants au sens du RGPD. Depuis 2018, le sous-traitant supporte des obligations propres : tenue d'un registre des traitements, mise en œuvre de mesures de sécurité, notification des violations de données au responsable de traitement. La CNIL a sanctionné directement des sous-traitants, comme l'illustre l'amende de 1,5 million d'euros infligée à la société Dedalus Biologie en avril 2022 pour défaut de sécurité.
| Type d'entité | Exemples | Rôle RGPD habituel |
|---|---|---|
| Grandes entreprises | CAC 40, ETI industrielles | Responsable de traitement et/ou sous-traitant |
| PME / TPE | Commerce en ligne, cabinet comptable | Responsable de traitement |
| Associations | ONG, fédérations sportives | Responsable de traitement |
| Administrations | Mairies, hôpitaux publics, ministères | Responsable de traitement |
| Sous-traitants IT | Hébergeurs, éditeurs SaaS, ESN | Sous-traitant |
| Sous-traitants métier | Paie externalisée, centres d'appels | Sous-traitant |
La conformité RGPD engage à la fois le responsable de traitement et ses sous-traitants. Structurer cette chaîne de responsabilité nécessite un accompagnement juridique adapté.
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Le RGPD prévoit plusieurs exclusions explicites. Les identifier permet d'éviter une analyse de conformité inutile pour certains traitements, tout en restant vigilant sur les zones grises.
L'article 2.2 du RGPD exclut de son champ :
Un auto-entrepreneur, un artisan ou un professionnel libéral qui traite des données personnelles dans le cadre de son activité professionnelle est soumis au RGPD. L'exclusion domestique ne couvre que les activités strictement privées, sans lien avec une activité commerciale ou professionnelle.
Les données véritablement anonymisées, c'est-à-dire rendues irréversiblement non identifiantes, ne constituent plus des données personnelles et sortent du champ du RGPD. La CNIL rappelle cependant que la pseudonymisation (remplacement d'un identifiant direct par un code) ne constitue pas une anonymisation : les données pseudonymisées restent des données personnelles soumises au règlement.
L'un des apports structurants du RGPD réside dans sa portée extraterritoriale. Avant 2018, la directive 95/46/CE ne visait que les responsables de traitement établis dans l'UE. L'article 3.2 a élargi le périmètre aux entités situées hors de l'Union qui ciblent des personnes européennes.
Une entreprise établie hors de l'UE et soumise au RGPD doit désigner un représentant dans l'Union européenne (article 27). Ce représentant, établi dans l'un des États membres où se trouvent les personnes concernées, sert de point de contact pour les autorités de contrôle et les personnes concernées. Il ne se substitue pas au responsable de traitement mais facilite l'exercice des droits et la coopération avec les autorités.
L'extraterritorialité du RGPD a été testée à plusieurs reprises. En janvier 2022, la CNIL a sanctionné Google LLC (société de droit américain) et Facebook Ireland à hauteur de 150 millions d'euros et 60 millions d'euros respectivement pour des manquements liés aux cookies. En mai 2023, la Data Protection Commission irlandaise a infligé 1,2 milliard d'euros à Meta Platforms Ireland pour transfert illicite de données vers les États-Unis. Ces décisions illustrent la capacité des autorités européennes à sanctionner des acteurs globaux.
Le RGPD organise un mécanisme de guichet unique (one-stop-shop) : lorsqu'un responsable de traitement est établi dans plusieurs États membres, l'autorité de contrôle de son établissement principal est compétente en tant qu'autorité chef de file. Les autres autorités concernées participent à la procédure via le mécanisme de coopération et de cohérence prévu aux articles 60 à 67. Ce système, malgré des critiques sur sa lenteur, a permis l'adoption de décisions coordonnées à l'échelle européenne.
L'extraterritorialité du RGPD impose aux groupes internationaux une cartographie précise de leurs flux de données. Un avocat spécialisé peut accompagner cette analyse.
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L'application du RGPD se traduit par un ensemble d'obligations opérationnelles que la direction juridique doit piloter ou co-piloter avec les fonctions métiers. Ces obligations ne sont pas théoriques : elles conditionnent la licéité de chaque traitement et constituent le socle de la conformité.
Le RGPD impose 6 principes applicables à tout traitement de données personnelles (article 5) :
Le RGPD confère aux personnes un ensemble de droits que l'entreprise doit être en mesure de satisfaire dans des délais contraints (1 mois en principe) :
| Droit | Contenu | Article RGPD |
|---|---|---|
| Accès | Obtenir confirmation du traitement et copie des données | Art. 15 |
| Rectification | Corriger des données inexactes | Art. 16 |
| Effacement (« droit à l'oubli ») | Obtenir la suppression des données sous conditions | Art. 17 |
| Limitation | Restreindre le traitement dans certains cas | Art. 18 |
| Portabilité | Recevoir ses données dans un format structuré | Art. 20 |
| Opposition | S'opposer au traitement fondé sur l'intérêt légitime ou la prospection | Art. 21 |
Le non-respect du RGPD expose les entreprises à des sanctions administratives, civiles et réputationnelles dont l'ampleur a considérablement augmenté depuis 2018.
Le RGPD prévoit 2 paliers de sanctions (article 83) :
Le montant retenu est le plus élevé entre le forfait et le pourcentage du chiffre d'affaires.
La CNIL a intensifié son activité répressive depuis 2018. En 2023, elle a prononcé 42 sanctions pour un montant cumulé de plus de 89 millions d'euros. Parmi les décisions notables :
Au-delà du montant financier, la publication des décisions de sanction sur le site de la CNIL et leur reprise médiatique génèrent un risque d'image. La CNIL publie systématiquement les sanctions supérieures à un certain seuil. Pour une entreprise cotée, une ETI en phase de levée de fonds ou un acteur B2B dont la confiance est un actif commercial, l'impact réputationnel peut excéder le coût direct de l'amende.
Depuis la loi du 18 novembre 2016, les associations de protection des données peuvent exercer des actions de groupe devant les juridictions civiles pour obtenir la cessation d'un manquement. Le RGPD (article 80) a renforcé ce mécanisme. En parallèle, les personnes concernées peuvent saisir directement la CNIL ou les tribunaux pour obtenir réparation du préjudice subi.
Les sanctions CNIL ne se limitent pas aux géants du numérique. Toute entreprise traitant des données personnelles est exposée. Anticiper les risques passe par un audit juridique structuré.
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La conformité au RGPD n'est pas un état figé. Elle suppose une démarche continue, documentée et pilotée. La direction juridique joue un rôle central dans l'impulsion et la supervision de cette démarche.
Le point de départ consiste à recenser l'ensemble des traitements de données personnelles opérés par l'entreprise, ses filiales et ses sous-traitants. Cette cartographie alimente le registre des traitements (article 30) et permet d'identifier les zones de risque : données sensibles, transferts hors UE, traitements à grande échelle, recours à des sous-traitants multiples.
Pour chaque traitement, il convient de déterminer si l'entité agit en tant que responsable de traitement, responsable conjoint ou sous-traitant. Cette qualification conditionne la répartition des obligations et la rédaction des contrats de sous-traitance (article 28).
Chaque traitement doit reposer sur l'une des 6 bases légales prévues par l'article 6 du RGPD. La direction juridique doit vérifier que la base retenue est adaptée et documentée. Les durées de conservation doivent être définies et appliquées : la CNIL a publié des référentiels sectoriels (gestion commerciale, gestion RH, gestion des impayés) qui servent de repères.
L'article 28 impose un contrat écrit entre le responsable de traitement et chaque sous-traitant. Ce contrat doit préciser l'objet et la durée du traitement, la nature et la finalité, le type de données et les catégories de personnes concernées, ainsi que les obligations du sous-traitant en matière de sécurité, de sous-traitance ultérieure et de restitution ou suppression des données.
L'entreprise doit disposer de procédures opérationnelles pour répondre aux demandes d'exercice des droits dans le délai d'1 mois et pour détecter, documenter et notifier les violations de données dans le délai de 72 heures.
Le principe d'accountability (article 5.2) impose au responsable de traitement de démontrer sa conformité. Cette documentation inclut le registre des traitements, les analyses d'impact, les politiques de confidentialité, les contrats de sous-traitance, les procédures internes et les preuves de formation des collaborateurs.
Sécuriser l'application du RGPD dans une organisation multi-entités exige une coordination juridique rigoureuse. Un avocat spécialisé peut structurer cette démarche.
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Oui. Le RGPD s'applique à toute entité qui traite des données personnelles, quelle que soit sa taille. Une TPE qui gère un fichier clients ou une base de prospects est soumise aux mêmes principes qu'une grande entreprise. Certaines obligations, comme la tenue du registre des traitements, sont allégées pour les entreprises de moins de 250 salariés lorsque les traitements sont occasionnels et ne portent pas sur des données sensibles.
Oui, si cette entreprise cible des personnes situées en France (offre de biens ou services, suivi comportemental). L'article 3.2 du RGPD fonde la compétence des autorités européennes. La CNIL a déjà sanctionné des sociétés de droit américain, comme Google LLC (150 millions d'euros en 2022) et Clearview AI (20 millions d'euros en 2022).
Le responsable de traitement détermine les finalités et les moyens du traitement. Le sous-traitant traite les données pour le compte du responsable, selon ses instructions. Un éditeur SaaS qui héberge les données RH d'une entreprise est sous-traitant ; l'entreprise qui décide de recourir à cet outil et définit les finalités du traitement est responsable de traitement.
Oui. Les données collectées dans le cadre de la gestion RH (paie, évaluation, badgeage, vidéosurveillance) sont des données personnelles soumises au RGPD. L'entreprise doit informer les salariés des traitements, respecter le principe de minimisation et définir des durées de conservation conformes aux référentiels de la CNIL.
La désignation d'un délégué à la protection des données est obligatoire dans 3 cas : organismes publics, entreprises dont l'activité de base implique un suivi régulier et systématique à grande échelle, et entreprises traitant des données sensibles à grande échelle. En dehors de ces cas, la désignation reste recommandée par la CNIL, notamment pour les structures traitant des volumes significatifs de données.
CNIL - Règlement européen : à qui s'applique-t-il ? : https://www.cnil.fr/fr/cnil-direct/question/reglement-europeen-qui-sapplique-t-il
CNIL - Chapitre 1 Dispositions générales (Article 3 RGPD) : https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-protection-donnees/chapitre1
Service-Public Entreprendre - Obligations en matière de protection des données personnelles (RGPD) : https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F24270
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