
Jullian Hoareau

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L'associé est-il partie au contrat conclu par la société ?
Responsabilité contractuelle ou délictuelle : quel fondement invoquer ?
Préjudice personnel et distinct : la condition de recevabilité
Action sociale ou action individuelle : comment choisir ?
Prescription et preuve : les pièges de procédure
Comment sécuriser une action contre un cocontractant de la société ?
Non : l'associé reste un tiers au contrat conclu par sa société. La société dispose d'une personnalité morale, c'est-à-dire d'une existence juridique distincte de celle de ses associés. C'est donc elle qui peut agir contre le cocontractant de la société en cas d'inexécution.
Ce principe découle de l'effet relatif des contrats. Selon l'article 1199 du Code civil, le contrat ne crée d'obligations qu'entre les parties, et les tiers ne peuvent pas en demander l'exécution.
La règle vaut même pour les associés tenus des dettes sociales. Dans un arrêt du 2 juin 2015 (n° 13-25.337), la Cour de cassation juge que cette obligation aux dettes ne modifie pas la qualité de tiers des associés d'une SCI.
Lorsqu'une inexécution touche les associés, le rôle de chacun doit être clarifié avant d'agir.
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L'associé doit agir sur le fondement de la responsabilité délictuelle, non de la responsabilité contractuelle. Prévue à l'article 1240 du Code civil, elle oblige l'auteur d'une faute à réparer le dommage causé à autrui, hors de tout contrat.
L'arrêt du 2 juin 2015 admet toutefois que l'associé invoque le manquement du cocontractant comme faute délictuelle. Le 15 juin 2022 (n° 19-25.750), la Cour de cassation a confirmé qu'un tiers peut invoquer un manquement contractuel qui lui a causé un dommage.
| Critère | Responsabilité contractuelle | Responsabilité délictuelle |
|---|---|---|
| Qui peut agir ? | Les parties, donc la société | Tout tiers victime, dont l'associé |
| Texte de référence | Contrat et article 1199 du Code civil | Article 1240 du Code civil |
| Faute invoquée | Inexécution d'une obligation du contrat | Manquement contractuel analysé comme faute envers le tiers |
| Accès pour l'associé | Fermé | Ouvert, sous condition de préjudice |
L'action de l'associé n'est recevable que s'il allègue un préjudice personnel et distinct de celui de la société. La Cour de cassation l'a posé le 8 février 2011 (n° 09-17.034). La recevabilité désigne le droit d'être entendu par le juge, avant tout examen du fond.
Le 4 novembre 2021 (n° 19-12.342), la chambre commerciale a précisé le critère : le préjudice distinct est celui que la réparation du préjudice social ne peut pas effacer.
| Situation alléguée par l'associé | Préjudice distinct ? | Explication |
|---|---|---|
| Baisse de valeur des parts après des pertes sociales | Non | L'indemnisation de la société répare ce dommage |
| Action fondée sur le seul contrat de la société | Non établi | Le fondement contractuel ne prouve pas le caractère personnel |
| Dommage que l'indemnisation sociale ne compense pas | Oui | Critère posé par l'arrêt du 4 novembre 2021 |
Qualifier ce préjudice suppose d'analyser les flux entre la société et ses associés.
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Le choix dépend de la personne qui a subi le dommage. L'action individuelle répare le préjudice propre à l'associé, qui perçoit les dommages-intérêts. L'action sociale répare le préjudice de la société, à qui les dommages-intérêts sont versés.
L'article 1843-5 du Code civil organise ces 2 voies, mais vise l'action sociale des associés contre les gérants. Face au cocontractant, la réparation du dommage social revient donc à la société, par ses dirigeants.
Le délai pour agir est en principe de 5 ans à compter du jour où l'associé a connu ou aurait dû connaître les faits (article 2224 du Code civil).
Dans l'affaire jugée le 2 juin 2015, l'action avait été engagée plus de 10 ans après la manifestation du dommage : elle était prescrite. Un associé qui attend l'issue du litige de la société peut donc perdre son propre droit d'agir.
La preuve repose sur 3 éléments cumulatifs :
Suivre la prescription dès l'apparition du litige préserve l'action individuelle.
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La sécurisation passe par une analyse du dommage avant toute assignation. Si l'indemnisation de la société suffit à réparer la perte de l'associé, l'action individuelle sera irrecevable.
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Non. L'article 1199 du Code civil interdit aux tiers de demander l'exécution d'un contrat. Seule la société, par ses dirigeants, peut l'exiger.
Non. Selon l'arrêt du 2 juin 2015, l'obligation aux dettes ne modifie pas sa qualité de tiers. Il ne peut agir que sur le terrain délictuel.
Non. Cette perte disparaît si la société est indemnisée : elle ne constitue pas un préjudice personnel et distinct.
Le délai est en principe de 5 ans (article 2224 du Code civil). Il court à partir du jour où l'associé a connu ou aurait dû connaître les faits.
Son action risque d'être rejetée, car il n'est pas partie au contrat. Ce fondement ne prouve pas non plus, à lui seul, un préjudice personnel.
Cass. com., 2 juin 2015, n° 13-25.337 : l'associé tiers au contrat de la société - Cour de cassation
Code civil, article 1199 : effet relatif des contrats - Légifrance
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