Rédiger l'acte de cession d'un fonds de commerce

Guides & Ressources pratiques
06 Jul 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Depuis 2019, aucune mention n'est légalement obligatoire à peine de nullité, mais plusieurs informations restent indispensables en pratique pour sécuriser la transaction.
  2. Le choix entre acte authentique et acte sous seing privé dépend du montant, de la complexité et du besoin de force exécutoire.
  3. L'acte doit détailler le prix ventilé (éléments incorporels, corporels, marchandises), les garanties du cédant et les conditions suspensives.
  4. Les données comptables, l'état des privilèges et nantissements, et les informations sur le bail commercial protègent l'acquéreur contre les vices cachés économiques.
  5. L'enregistrement fiscal doit intervenir dans le mois suivant la signature, sous peine de pénalités.

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Sommaire

Acte de cession de fonds de commerce : rôle et enjeux

Acte authentique ou sous seing privé : que choisir

Clauses essentielles à intégrer dans l'acte

Prix, ventilation et garanties du cédant

Informations comptables et bail commercial à mentionner

Formalités après signature de l'acte de cession

Erreurs fréquentes et points de vigilance

FAQ

Pour aller plus loin

Acte de cession de fonds de commerce : rôle et enjeux

L'acte de cession d'un fonds de commerce est le document qui organise le transfert de propriété entre le cédant et l'acquéreur. Il fixe le périmètre exact des éléments cédés : clientèle, enseigne, droit au bail, matériel, stocks. Il détermine le prix, les modalités de paiement et les garanties réciproques.

Un acte imprécis expose les deux parties. Le cédant risque une action en garantie des vices cachés ou une contestation sur le prix. L'acquéreur peut découvrir des passifs non déclarés, un bail non transférable ou des nantissements grevant le fonds. En pratique, la qualité de l'acte conditionne la sécurité juridique de toute la transaction.

Depuis la loi n° 2019-744 du 19 juillet 2019, l'article L141-1 du Code de commerce a été abrogé. Aucune mention n'est désormais imposée à peine de nullité. Cette suppression ne réduit pas l'exigence de rigueur : elle transfère la responsabilité de la complétude de l'acte aux parties et à leurs conseils. Un modèle d'acte de cession de fonds de commerce bien construit reste le socle d'une vente sécurisée.

Acte authentique ou sous seing privé : que choisir

Deux formes juridiques sont possibles pour formaliser la cession.

CritèreActe sous seing privéActe authentique (notarié)
RédactionParties ou avocatNotaire
Force exécutoireNon (recours judiciaire nécessaire)Oui (titre exécutoire direct)
Date certaineAprès enregistrementDès la signature
CoûtHonoraires d'avocatÉmoluments notariés (barème réglementé)
ConservationPar les partiesPar le notaire (75 ans minimum)

L'acte sous seing privé est le format le plus courant pour les cessions de fonds de commerce de taille intermédiaire. Il offre davantage de souplesse dans la négociation et la rédaction des clauses. L'acte authentique est privilégié lorsque le prix dépasse plusieurs centaines de milliers d'euros ou lorsque l'une des parties souhaite disposer d'un titre exécutoire immédiat, sans passer par un tribunal en cas d'impayé.

Dans les deux cas, l'intervention d'un avocat spécialisé en cessions et acquisitions est recommandée pour adapter les clauses au contexte de l'opération.

Structurer un acte de cession solide suppose une expertise en droit des affaires adaptée à chaque opération.
Trouver un avocat spécialisé en cessions et acquisitions

Clauses essentielles à intégrer dans l'acte

Bien que la loi n'impose plus de mentions à peine de nullité, plusieurs clauses restent indispensables pour protéger les deux parties.

Identification des parties et du fonds

L'acte doit préciser l'identité complète du cédant et de l'acquéreur (personne physique ou morale), ainsi que la description détaillée du fonds : adresse, activité exercée, éléments incorporels (clientèle, enseigne, nom commercial, droit au bail, licences) et éléments corporels (matériel, agencements).

Conditions suspensives

Les conditions suspensives les plus fréquentes sont :

  • Obtention d'un financement bancaire par l'acquéreur, avec un délai précis (souvent 45 à 60 jours)
  • Exercice ou non du droit de préemption de la commune (article L214-1 du Code de commerce, applicable dans certaines zones)
  • Accord du bailleur lorsque le bail contient une clause d'agrément

Clause de non-concurrence

Cette clause interdit au cédant d'exercer une activité concurrente dans un périmètre géographique et pour une durée déterminés. Pour être valable, elle doit être limitée dans le temps, dans l'espace et proportionnée à l'activité cédée.

Clause de garantie d'actif et de passif

Elle engage le cédant à indemniser l'acquéreur si des passifs antérieurs à la cession se révèlent après la signature. Son périmètre, son plafond et sa durée doivent être négociés avec précision.

Prix, ventilation et garanties du cédant

Fixation et ventilation du prix

Le prix de cession doit être ventilé entre 3 catégories, car chacune obéit à un régime fiscal distinct :

CatégorieExemplesImpact fiscal
Éléments incorporelsClientèle, droit au bail, enseigneDroits d'enregistrement progressifs
Éléments corporelsMatériel, mobilier, agencementsDroits d'enregistrement au taux réduit
MarchandisesStocks de produitsExonérées de droits d'enregistrement

Les droits d'enregistrement sont à la charge de l'acquéreur. Le barème progressif s'applique au-delà de 23 000 € : 3 % entre 23 000 € et 200 000 €, puis 5 % au-delà. Une ventilation imprécise peut entraîner un redressement fiscal si l'administration estime que les éléments incorporels ont été sous-évalués.

Séquestre du prix

En pratique, le prix est consigné entre les mains d'un séquestre (avocat, notaire ou Caisse des Dépôts) pendant un délai qui couvre la période d'opposition des créanciers du cédant (10 jours pour la publication au BODACC, puis délai d'opposition de 10 jours). Le cédant ne perçoit les fonds qu'après expiration de ce délai, sauf mainlevée anticipée.

La ventilation du prix et la rédaction des garanties nécessitent un accompagnement juridique adapté à chaque transaction.
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Informations comptables et bail commercial à mentionner

Données comptables recommandées

Même si elles ne sont plus légalement obligatoires depuis 2019, les informations suivantes restent fortement recommandées dans l'acte :

  • Chiffre d'affaires et résultats d'exploitation des 3 derniers exercices
  • État des privilèges et nantissements inscrits sur le fonds
  • Origine de propriété du fonds (date et nature de l'acquisition précédente)

L'absence de ces informations n'entraîne plus la nullité de l'acte, mais elle peut fonder une action en dol ou en garantie des vices cachés si l'acquéreur démontre qu'il a été induit en erreur.

Bail commercial

Le bail constitue souvent l'élément déterminant de la valeur du fonds. L'acte doit mentionner :

  • La date du bail, sa durée restante et les conditions de renouvellement
  • Le montant du loyer et les charges
  • Les clauses restrictives (destination, sous-location, cession)
  • L'éventuelle clause d'agrément du bailleur

L'acquéreur est subrogé dans les droits du cédant au titre du bail. Le bailleur ne peut pas s'opposer à la cession du bail sauf clause contraire expresse. Toutefois, certaines clauses imposent une notification préalable ou un agrément formel.

Formalités après signature de l'acte de cession

La signature de l'acte déclenche une série de formalités obligatoires, dont le non-respect peut entraîner des sanctions fiscales ou l'inopposabilité de la cession aux tiers.

  • Enregistrement fiscal : l'acte doit être enregistré auprès du service des impôts dans le mois suivant la signature. Le retard expose l'acquéreur à une majoration de 10 % des droits dus.
  • Publication légale : une annonce doit paraître dans un journal d'annonces légales du département du fonds dans les 15 jours. Une seconde publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) est obligatoire.
  • Notification au bailleur : le bailleur doit être informé de la cession par acte d'huissier ou par lettre recommandée, selon les stipulations du bail.
  • Déclaration au RCS : l'acquéreur doit procéder à l'inscription modificative au registre du commerce et des sociétés.
  • Déclarations fiscales du cédant : le cédant dispose de 45 jours pour déclarer ses bénéfices et la TVA afférente à la période d'activité.

Sécuriser les formalités post-cession évite des contentieux coûteux et des pénalités fiscales.
Être accompagné par un avocat en cessions et acquisitions

Erreurs fréquentes et points de vigilance

Plusieurs erreurs reviennent dans les actes de cession rédigés sans accompagnement juridique adapté :

  • Ventilation fictive du prix : surévaluer les marchandises pour réduire les droits d'enregistrement expose à un redressement fiscal. L'administration peut requalifier la répartition.
  • Clause de non-concurrence trop large : une interdiction sans limite géographique ou temporelle précise est jugée nulle par les tribunaux.
  • Omission de l'état des nantissements : l'acquéreur peut se retrouver face à des créanciers inscrits dont il ignorait l'existence, avec un risque de saisie sur le fonds.
  • Absence de conditions suspensives : sans clause de financement, l'acquéreur qui n'obtient pas son prêt reste tenu par l'acte et s'expose à des dommages-intérêts.
  • Non-vérification du bail : une clause de destination restrictive peut empêcher l'acquéreur d'exercer l'activité envisagée. Un bail arrivant à échéance dans les mois suivant la cession fragilise la valeur du fonds.

La rédaction d'un acte de cession de fonds de commerce exige une analyse préalable du fonds, du bail, des comptes et des risques propres à chaque opération. Un modèle générique ne couvre pas les spécificités d'une transaction donnée.

FAQ

L'acte de cession d'un fonds de commerce doit-il être rédigé par un notaire ?

Non. L'acte peut être rédigé sous seing privé, par les parties ou leur avocat. L'acte notarié est facultatif mais offre une force exécutoire immédiate et une date certaine dès la signature.

Quelles sont les mentions encore recommandées depuis la loi de 2019 ?

Depuis l'abrogation de l'article L141-1 du Code de commerce, aucune mention n'est imposée à peine de nullité. En pratique, le chiffre d'affaires des 3 derniers exercices, l'état des nantissements, l'origine de propriété et les caractéristiques du bail restent fortement recommandés pour sécuriser la transaction.

Qui paie les droits d'enregistrement lors de la cession ?

Les droits d'enregistrement sont à la charge de l'acquéreur. Le barème progressif s'applique au-delà de 23 000 € : 3 % entre 23 000 € et 200 000 €, puis 5 % au-delà. Les marchandises sont exonérées.

Quel est le délai pour enregistrer l'acte de cession ?

L'acte doit être enregistré auprès du service des impôts dans le mois suivant la signature. Un retard entraîne une majoration de 10 % des droits dus.

Peut-on utiliser un modèle type pour rédiger l'acte ?

Un modèle fournit une base de travail, mais ne couvre pas les spécificités de chaque opération : clauses du bail, état du fonds, garanties négociées, conditions suspensives. L'adaptation par un avocat spécialisé est recommandée pour éviter les lacunes qui exposent à un contentieux.

Pour aller plus loin

Rédiger et signer l'acte de cession définitif - Entreprendre.Service-Public.fr

Cession de fonds de commerce - impots.gouv.fr

Publication dans un journal d'annonces légales (JAL) - Entreprendre.Service-Public.fr

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