
Signer électroniquement semble évident.
Mais en contentieux, la question n’est jamais “est-ce signé ?”.
C’est : “l’entreprise peut-elle le prouver, des années plus tard, avec un dossier solide ?”.
Cet entretien revient sur les niveaux de signature, les risques réels et les bons réflexes contractuels.
La signature électronique est devenue un réflexe dans la plupart des entreprises. Elle accélère les cycles contractuels, fluidifie les relations commerciales, simplifie les processus internes.
Mais derrière cette apparente évidence, une réalité juridique s’impose de plus en plus souvent devant les tribunaux : un contrat signé électroniquement n’est pas automatiquement un contrat incontestable.
En contentieux, la question n’est jamais seulement “est-ce que ça a été signé ?”.
La vraie question devient rapidement : est-ce que l’entreprise est capable de le prouver, plusieurs années plus tard, avec un dossier solide, compréhensible et juridiquement défendable ?

Beaucoup d’entreprises abordent la signature électronique comme un simple outil de productivité.
On dématérialise, on automatise, on gagne du temps.
Mais juridiquement, la signature électronique est d’abord un sujet de preuve. C’est là que le décalage commence.
Dans un parcours commercial, tout paraît évident : une personne clique, reçoit un code, valide, signe. L’entreprise a l’impression que le consentement est acquis.
Mais au contentieux, le juge ne voit pas le parcours. Il ne voit pas l’interface. Il ne voit pas le clic.
Il voit un dossier plusieurs années plus tard, au moment où une partie conteste.
Et se posent alors des questions :
C’est pour cela que la signature électronique n’est pas seulement un outil opérationnel.
C’est un mécanisme juridique de preuve, qui doit être pensé dès l’origine comme un dossier défendable.
La bonne grille de lecture n’est pas “interne” ou “externe”.
La vraie question, c’est le rapport de risque.
Signer un compte rendu de réunion n’a évidemment pas la même portée que signer :
Plus l’enjeu est important — financièrement, juridiquement, mais aussi en termes d’image — plus le procédé doit être robuste.
Ce n’est donc pas la nature du document qui compte, mais la gravité des conséquences en cas de contestation, et la capacité de l’entreprise à soutenir la preuve de la signature devant un juge.
La signature électronique est un domaine encadré par un texte central : le règlement européen eIDAS (règlement UE n°910/2014), qui s’applique en sus de l’article 1367 du Code civil, qui la définit en droit français.
Ce règlement définit une infrastructure de confiance reposant sur des prestataires spécialisés, appelés prestataires de services de confiance.
Il distingue trois niveaux.
C’est le niveau le plus bas.
Elle atteste d’un accord, elle est facilement contestable, car les garanties d’identification ou de fiabilité technique sont faibles.
Elle doit répondre à des critères fonctionnels précis, proches de ceux définis par le Code civil : identifier le signataire de façon fiable, garantir l’intégrité de l’acte pour empêcher toute modification ultérieure, assurer un lien entre le signataire et l’acte.
C’est le niveau maximal.
Elle bénéficie en droit français d’une présomption de fiabilité.
Si quelqu’un la conteste, ce n’est plus à l’entreprise de démontrer qu’elle est valable.
C’est à celui qui conteste d’apporter la preuve contraire.
Mais cette présomption suppose que les composants techniques qualifiés soient réellement utilisés, ce qui est souvent mal compris tant par les juges que par les conseils.
Il existe bien une liste européenne : la Trust List de la Commission.
Mais elle est d’une interprétation malaisée pour le profane.
Ce ne sont pas des “marques” qui sont qualifiées.
Ce sont des composants précis : certificats de signature, dispositifs de création de signature.
Ce qui est vendu actuellement sur le marché, dans la majorité des cas, ce ne sont pas les solutions qualifiées.
Pourquoi ?
Parce que les solutions qualifiées sont :
Ce qui est commercialisé au quotidien, ce sont souvent les niveaux en dessous.
Cela crée une ambiguïté dangereuse : certains prestataires mettent en avant leur présence sur la liste européenne en tant que prestataire qualifié, alors que les produits réellement déployés dans les entreprises ne relèvent pas du niveau qualifié.
Cette confusion se retrouve ensuite dans les contentieux, y compris chez des acteurs du droit.
Il n’existe pas de règle officielle du type : “au-dessus de 2 millions, signature qualifiée obligatoire.”
Ce choix repose sur une cartographie interne du risque.
Certaines industries sont plus avancées, notamment les banques et les assurances, car elles signent des contrats à forts enjeux avec les consommateurs.
Elles définissent des politiques internes : tel contrat impose une signature avancée, tel autre une signature qualifiée.
Mais ce raisonnement se heurte immédiatement à deux difficultés majeures :
- Le prix : Les signatures qualifiées coûtent plus cher.
- La mise en œuvre : Elles imposent une identification forte qui tant que l’identité numérique n’est pas largement répandue passe par des procédés lourds (typiquement, comparaison biométrique en temps réel d’un selfie et d’une pièce d’identité).
Dans un parcours client, cela peut devenir un repoussoir. On peut perdre un prospect simplement parce qu’il doit s’identifier devant une caméra pendant dix minutes.
Le sujet est donc toujours un compromis entre exigence juridique et faisabilité opérationnelle.
En théorie, la signature qualifiée est présumée fiable.
Mais en pratique, la jurisprudence récente montre que ni les juges, ni beaucoup d’avocats, ne maîtrisent complètement la mécanique technique.
La qualification dépend de composants complexes : quelles certifications sont utilisées ? sont-elles au bon niveau ? fonctionnent-elles ensemble ?
Faute d’analyse, certains tribunaux qualifient à tort de qualifiées des signatures qui ne le sont pas.
Et inversement, une vraie signature qualifiée peut être traitée comme une signature ordinaire.
Cela impose aux entreprises une vigilance accrue : elles doivent être capables d’expliquer précisément ce qu’elles utilisent, preuves techniques à l’appui.
La majorité des contentieux actuels concernent le crédit à la consommation, avec quelques cas de crédits immobiliers, de contrats de travail ou encore de cautions.
Le scénario est classique : l’emprunteur ne rembourse pas, la banque assigne en paiement sur la base du contrat signé électroniquement.
Souvent, il n’y a même pas de débat contradictoire : l’emprunteur est absent. Le dossier se joue entre la banque et le juge.
En B2B, les contestations commencent à apparaître sur les contrats de leasing et la contestation porte presque toujours sur l’identité du signataire :
“Ce n’est pas moi.”
“C’est mon DAF.”
“Je n’ai jamais donné mandat.”
En B to B le cœur du litige est souvent la fraude ou la contestation d’identité.
La première erreur, c’est le piège de l’immédiateté.
L’entreprise raisonne dans l’instant : “il a cliqué, donc c’est lui.”
Mais le juge raisonne trois ans plus tard : quelles preuves écrites avez-vous conservées ?
Le clic disparaît. Il ne reste rien si l’entreprise n’a pas documenté le parcours.
La deuxième erreur est de ne pas constituer le dossier contentieux dès le départ.
En cas de litige, il faut toujours pouvoir produire les mêmes éléments :
Un point revient souvent : l’identification repose encore majoritairement sur une adresse mail et un code OTP envoyé par SMS.
Or les juges demandent : qui prouve que ce mail et ce numéro étaient bien ceux du signataire ?
Autre difficulté fréquente : une incohérence entre l’adresse mail figurant dans le dossier initial et celle apparaissant dans le fichier de preuve.
Ce sont des questions de fait, mais elles fragilisent immédiatement la preuve.
Tout cela suppose un travail d’équipe entre directions juridiques et opérationnelles, pour organiser le stockage, la traçabilité et l’accès aux pièces.
Il y a deux types d’interventions.
Avant d’implémenter un parcours de signature électronique :
Le sujet est toujours le même : éviter que la signature électronique devienne un angle mort du risque contractuel.
Quand le contentieux arrive, il faut expliquer au juge un procédé technique complexe.
C’est là qu’intervient la production de legal opinions, très pédagogiques, qui articulent :
Ces documents deviennent des pièces centrales du dossier.
La signature électronique n’est pas un gadget.
C’est un mécanisme de preuve.
Trois réflexes essentiels :
On dort mieux quand on peut démontrer, preuves à l’appui, que tout a été pensé en amont.
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