
Jullian Hoareau

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.
Donation déguisée en SCI : de quoi parle-t-on ?
Les montages à risque : cession à vil prix, prix non payé
Comment l'administration prouve la requalification
Abus de droit : procédure et majoration de 80 %
Conséquences civiles : rapport à succession et réserve héréditaire
Sécuriser une transmission de parts de SCI
Checklist avant de céder des parts à un proche
La SCI sert souvent à organiser la transmission d'un bien immobilier au sein d'une famille. Le risque SCI donation déguisée apparaît lorsque des parts sont cédées à un proche pour un prix minoré ou jamais payé : l'administration peut alors requalifier la vente en donation, réclamer les droits correspondants et, en cas d'abus de droit, appliquer une majoration de 80 %.
Une donation déguisée est un acte qui a l'apparence d'une vente mais qui transfère en réalité un bien sans contrepartie réelle. Dans une SCI (société civile immobilière), le cas type est celui d'un parent qui cède ses parts à un enfant contre un prix jamais versé ou très inférieur à leur valeur.
La qualification repose sur deux éléments. D'une part, un appauvrissement du cédant sans contrepartie équivalente. D'autre part, une intention libérale, c'est-à-dire la volonté de gratifier le bénéficiaire.
Une cession de parts supporte des droits d'enregistrement calculés sur le prix, alors qu'une donation est taxée au barème des droits de mutation à titre gratuit, qui varie selon le lien de parenté. La requalification applique donc ce barème à la valeur réelle des parts, et non au prix affiché.
| Montage | Description | Indice relevé par l'administration |
|---|---|---|
| Cession à vil prix | Parts vendues très en dessous de leur valeur | Écart entre le prix et l'actif net de la SCI |
| Prix non payé | Prix stipulé dans l'acte mais jamais versé | Absence de flux bancaire |
| Fonds restitués | Le prix est versé puis rendu au cessionnaire | Virements croisés à dates rapprochées |
| Remise de dette | Le cédant renonce ensuite au prix | Abandon de créance sans contrepartie |
La référence reste la valeur vénale des parts, c'est-à-dire le prix qu'un acquéreur indépendant accepterait de payer. Elle se calcule à partir de l'actif net de la SCI : valeur des immeubles, moins les dettes, dont l'emprunt restant dû. Une décote pour manque de liquidité des parts est admise si elle est justifiée.
Toutefois, un prix trop bas ne suffit pas à caractériser une donation. Sans intention libérale démontrée, l'administration rehausse seulement les droits de cession sur la valeur vénale.
Le choix du prix et des modalités de paiement conditionne la qualification de la cession entre proches.
Consulter un avocat en protection du patrimoine
La charge de la preuve pèse d'abord sur l'administration : elle doit établir l'absence de contrepartie réelle et l'intention libérale. Elle procède par faisceau d'indices, un ensemble d'éléments concordants dont aucun ne suffit isolément :
L'administration obtient les relevés bancaires des parties grâce à son droit de communication.
La chambre commerciale de la Cour de cassation contrôle l'appréciation de ces indices par les juges du fond (voir Cass. com., 23 juin 2015, n° 14-11.185 et Cass. com., 7 juillet 2021, n° 19-16.446).
L'abus de droit fiscal permet à l'administration d'écarter un acte fictif ou un acte conclu dans un but exclusivement fiscal. Une vente de parts dont le prix n'a jamais été payé relève de la fictivité : l'acte apparent ne correspond pas à la réalité.
La procédure suit plusieurs étapes :
Quel que soit l'avis rendu par le Comité, l'administration supporte en principe la charge de la preuve (article L. 192 du LPF), sauf exceptions, notamment en cas de graves irrégularités de comptabilité. Le Comité publie ses avis, comme ceux de sa séance du 26 septembre 2024.
La sanction cumule les droits éludés, les intérêts de retard et une majoration de 80 %. Les parties à l'acte sont solidairement tenues des intérêts et de la majoration : le parent cédant peut être poursuivi au même titre que l'enfant bénéficiaire.
Une procédure d'abus de droit se prépare dès la proposition de rectification, avec un dossier de preuves de paiement et de valorisation.
Être accompagné sur la protection de son patrimoine
La requalification produit aussi des effets entre héritiers. La donation déguisée n'est pas nulle en soi : elle reste valable si l'acte de vente respecte ses propres conditions de forme.
En revanche, une donation consentie à un héritier est présumée faite en avance de part successorale. Son bénéficiaire doit la rapporter à la succession, c'est-à-dire en tenir compte dans le partage, sauf dispense expresse.
La réserve héréditaire protège la part minimale revenant aux enfants. Si la donation dépasse la quotité disponible, part dont le parent pouvait librement disposer, les autres héritiers peuvent exercer une action en réduction. Enfin, l'héritier qui dissimule sciemment une donation pour fausser le partage s'expose au recel successoral : il perd tout droit sur les biens dissimulés.
La sécurité repose sur un choix clair entre vente réelle et donation déclarée.
| Option | Effet | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Vente au prix de marché | Droits de cession sur le prix | Évaluation écrite et paiement traçable |
| Donation en pleine propriété | Droits de donation selon le lien de parenté | Acte notarié |
| Donation de la nue-propriété | Droits calculés sur la seule nue-propriété | Statuts adaptés au démembrement |
| Donation-partage | Valeurs figées au jour de l'acte pour le partage | Participation de tous les enfants |
Le démembrement consiste à séparer l'usufruit, droit d'user du bien et d'en percevoir les revenus, de la nue-propriété. Le parent qui donne la nue-propriété conserve l'usufruit et les loyers de la SCI.
En cas de doute, le rescrit permet d'interroger l'administration avant l'opération. Sa réponse l'engage pour la situation décrite.
La rédaction des statuts et le choix entre vente et donation déterminent le coût fiscal et l'équilibre entre héritiers.
Structurer la transmission de parts de SCI
L'acte est juridiquement possible, mais il expose à une requalification. L'administration taxe la cession sur la valeur vénale des parts. Si l'intention de gratifier est établie, elle applique le barème des donations.
Oui, si elle est justifiée par le manque de liquidité des parts ou par des clauses statutaires limitant leur cession. Une décote non motivée constitue au contraire un indice de prix minoré.
Les parties à l'acte en sont solidairement tenues, avec les intérêts de retard. Le cédant comme le cessionnaire peuvent donc être poursuivis pour la totalité.
Oui, à l'ouverture de la succession. Ils peuvent demander le rapport de la donation et, si elle dépasse la quotité disponible, sa réduction.
Non, s'il est écrit et effectivement remboursé selon l'échéancier prévu. Un prêt jamais remboursé peut en revanche être lui-même requalifié en donation.
Avis du Comité de l'abus de droit fiscal, séance du 26 septembre 2024 - impots.gouv.fr
Cour de cassation, chambre commerciale, 7 juillet 2021, n° 19-16.446 - Légifrance
Cour de cassation, chambre commerciale, 23 juin 2015, n° 14-11.185 - Légifrance
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin, qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire, de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL
Besoin d'un regard d'avocat sur votre situation ? Nos équipes vous accompagnent sur ces sujets.
Les modèles liés à cet article, prêts à adapter à votre situation.
Pour approfondir le sujet, d'autres analyses rédigées par nos avocats.
Besoin d'un juriste freelance, d'un conseil ou d'aide sur un litige ?