Rupture conventionnelle DREETS : procédure d'homologation et délais

Guides & Ressources pratiques
25 Jan 2026
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9
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Points clés de l'article
  1. La DREETS (ex-DIRECCTE) est l'administration qui homologue ou refuse chaque rupture conventionnelle individuelle en France.
  2. Le dossier se dépose obligatoirement sur la plateforme TéléRC après expiration du délai de rétractation de 15 jours calendaires.
  3. L'administration dispose ensuite de 15 jours ouvrables pour instruire la demande ; sans réponse, l'homologation est acquise.
  4. Les principaux motifs de refus portent sur le non-respect des délais, une indemnité inférieure au minimum légal ou un vice du consentement.
  5. Pour les salariés protégés, la procédure passe par une autorisation de l'inspection du travail, et non par une simple homologation.
  6. En cas de refus, un recours devant le conseil de prud'hommes est possible dans un délai de 12 mois.

Sommaire

Qu'est-ce que la DREETS en droit du travail ?

Rôle de la DREETS dans la rupture conventionnelle

Procédure d'homologation via TéléRC

Délais légaux : rétractation et instruction

Motifs de refus d'homologation par la DREETS

Cas particulier des salariés protégés

Recours après un refus d'homologation

FAQ

Pour aller plus loin

La rupture conventionnelle est le seul mode de rupture amiable du CDI encadré par une procédure administrative obligatoire. Chaque année, environ 500 000 conventions sont signées en France selon la DARES. Pour le DRH, la maîtrise du circuit d'homologation par la DREETS conditionne la validité juridique de la séparation. Un dossier incomplet, un délai mal calculé ou une indemnité sous-évaluée suffisent à provoquer un rejet qui bloque l'ensemble du processus.

Cet article détaille chaque étape de la procédure, les délais à respecter et les erreurs qui entraînent un refus.

Qu'est-ce que la DREETS en droit du travail ?

La DREETS — Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités — est l'administration déconcentrée de l'État qui a remplacé la DIRECCTE depuis le 1er avril 2021. Elle dépend du ministère du Travail et opère à l'échelle régionale, avec des unités départementales.

En droit du travail, la DREETS exerce plusieurs missions : contrôle de l'application du Code du travail, accompagnement des entreprises en difficulté, suivi des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) et, précisément, homologation des ruptures conventionnelles individuelles.

Concrètement, c'est l'unité départementale de la DREETS du lieu de l'établissement employeur qui reçoit et instruit le dossier. Le contrôle porte sur la régularité formelle de la convention et sur le respect des droits du salarié. La DREETS ne se prononce pas sur l'opportunité de la rupture : elle vérifie que les conditions légales sont remplies.

ÉlémentDétail
Nom completDirection régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités
Date de création1er avril 2021
RemplaceDIRECCTE
Échelon territorialRégional, avec unités départementales
Mission en rupture conventionnelleHomologation ou refus de la convention

Rôle de la DREETS dans la rupture conventionnelle

L'homologation par la DREETS est une condition de validité de la rupture conventionnelle (article L. 1237-14 du Code du travail). Sans elle, la convention n'a aucun effet juridique : le contrat de travail n'est pas rompu.

Le rôle de l'administration se concentre sur 3 vérifications :

  • Le libre consentement des parties. La DREETS s'assure qu'aucun élément du dossier ne révèle une pression, un harcèlement ou une contrainte exercée sur le salarié. En pratique, elle examine la cohérence des dates d'entretien et la signature des deux parties.
  • Le respect des délais légaux. Le délai de rétractation de 15 jours calendaires doit être expiré avant le dépôt. Toute demande transmise prématurément est rejetée.
  • Le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle. Celui-ci ne peut être inférieur à l'indemnité légale de licenciement prévue à l'article L. 1234-9 du Code du travail, ni à l'indemnité conventionnelle si elle est plus favorable.

La DREETS ne juge pas les raisons de la rupture. Elle ne vérifie pas non plus si le salarié a retrouvé un emploi ou s'il bénéficiera de l'allocation chômage. Son contrôle est strictement formel et protecteur.

Un dossier de rupture conventionnelle mal structuré expose l'entreprise à un rejet administratif et à un contentieux prud'homal. Un avocat spécialisé permet de sécuriser chaque étape.
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Procédure d'homologation via TéléRC

TéléRC est la plateforme en ligne du ministère du Travail dédiée au dépôt des demandes d'homologation de rupture conventionnelle. Depuis 2024, la saisie en ligne est devenue le mode de transmission de droit. Le formulaire papier (Cerfa n° 14598) reste théoriquement utilisable, mais la quasi-totalité des dossiers transite désormais par TéléRC.

Étapes de dépôt sur TéléRC

  1. Création du dossier. L'employeur ou le salarié se connecte sur le portail TéléRC et renseigne les informations d'identification (SIRET, identité du salarié, poste occupé).
  2. Saisie des éléments de la convention. Date(s) des entretiens préalables, date de signature de la convention, montant de l'indemnité spécifique, date de rupture envisagée.
  3. Calcul automatique des délais. TéléRC vérifie que le délai de rétractation est bien écoulé avant d'autoriser la transmission.
  4. Validation et envoi. Le dossier est transmis à l'unité départementale compétente. Un accusé de réception électronique est généré, qui fait courir le délai d'instruction de 15 jours ouvrables.

Points de vigilance pour le DRH

  • Le champ « date de fin de délai de rétractation » est calculé automatiquement par TéléRC. Toute incohérence entre la date de signature et la date de dépôt provoque un rejet immédiat.
  • L'indemnité saisie doit correspondre au minimum légal ou conventionnel. TéléRC intègre un module de calcul indicatif, mais il appartient à l'employeur de vérifier la convention collective applicable.
  • En cas d'erreur de saisie après envoi, il faut déposer un nouveau dossier complet. Aucune modification n'est possible sur un dossier transmis.

Délais légaux : rétractation et instruction

La procédure de rupture conventionnelle repose sur 2 délais distincts, tous deux impératifs. Leur non-respect entraîne automatiquement le rejet du dossier.

DélaiDuréePoint de départNature
Rétractation15 jours calendairesLendemain de la date de signature de la conventionDroit de rétractation unilatéral (employeur ou salarié)
Instruction DREETS15 jours ouvrablesLendemain de la réception de la demande par la DREETSDélai d'examen administratif

Délai de rétractation

Chaque partie dispose de 15 jours calendaires pour revenir sur sa décision, sans avoir à motiver sa rétractation (article L. 1237-13 du Code du travail). Le décompte commence le lendemain de la signature. Si le dernier jour tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, le délai est prorogé au premier jour ouvrable suivant.

La rétractation s'exerce par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge. Aucune autre forme n'est prévue par le Code du travail.

Délai d'instruction

À compter de la réception du dossier complet, la DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour notifier sa décision. Trois issues sont possibles :

  • Homologation expresse : la DREETS notifie son accord.
  • Refus motivé : la DREETS notifie un rejet en précisant le ou les motifs.
  • Silence : l'absence de réponse à l'expiration du délai vaut homologation tacite. C'est le cas le plus fréquent en pratique.

Le DRH doit donc compter un minimum de 30 jours entre la signature de la convention et la date effective de rupture du contrat : 15 jours calendaires de rétractation + 15 jours ouvrables d'instruction.

La gestion des délais de rupture conventionnelle nécessite une rigueur calendaire stricte. Un accompagnement juridique adapté réduit le risque de rejet.
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Motifs de refus d'homologation par la DREETS

Selon les données publiées par la DARES, environ 6 % à 8 % des demandes d'homologation sont refusées chaque année. Les motifs de refus les plus courants sont identifiables et évitables.

Motifs fréquents

  • Indemnité inférieure au minimum légal ou conventionnel. C'est le premier motif de rejet. L'erreur provient souvent d'un mauvais calcul de l'ancienneté ou de l'application d'un barème obsolète.
  • Non-respect du délai de rétractation. Le dossier a été déposé avant l'expiration des 15 jours calendaires.
  • Formulaire incomplet ou incohérent. Dates manquantes, absence de signature, informations contradictoires entre les champs.
  • Absence d'entretien préalable. Au moins un entretien entre les parties est obligatoire (article L. 1237-12). L'absence de mention de cet entretien dans le dossier entraîne un refus.
  • Indice de vice du consentement. Lorsque le dossier laisse apparaître un contexte de harcèlement, de conflit disciplinaire en cours ou de pression manifeste, la DREETS peut refuser l'homologation pour protéger le salarié.

Comment éviter un refus

  • Vérifier l'indemnité avec le simulateur officiel du ministère du Travail et croiser avec la convention collective applicable.
  • Calculer les délais au jour près, en tenant compte des jours fériés et des week-ends.
  • Relire chaque champ du formulaire TéléRC avant envoi.
  • Conserver la preuve écrite de la tenue de l'entretien préalable (convocation, compte-rendu).

Cas particulier des salariés protégés

La procédure diffère lorsque le salarié bénéficie d'un mandat de représentation du personnel (délégué syndical, membre du CSE, conseiller prud'homal, etc.). Pour ces salariés protégés, la rupture conventionnelle ne fait pas l'objet d'une homologation par la DREETS mais d'une autorisation de l'inspection du travail (article L. 1237-15 du Code du travail).

Différences avec la procédure classique

CritèreSalarié non protégéSalarié protégé
Autorité compétenteDREETS (homologation)Inspection du travail (autorisation)
Plateforme de dépôtTéléRCDemande adressée directement à l'inspecteur du travail
Délai d'instruction15 jours ouvrables2 mois maximum
Consultation du CSENon requiseObligatoire avant la signature de la convention
Silence de l'administrationVaut homologationVaut rejet

Le DRH doit identifier le statut protégé du salarié dès le début des discussions. Une erreur de procédure — par exemple, déposer le dossier sur TéléRC au lieu de saisir l'inspection du travail — rend la rupture nulle.

Pour les salariés protégés, la procédure de rupture conventionnelle implique des étapes supplémentaires et un délai d'instruction plus long. Un avocat en droit du travail peut sécuriser le dossier en amont.
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Recours après un refus d'homologation

Un refus de la DREETS ne met pas fin définitivement au projet de rupture conventionnelle. Deux options s'offrent aux parties.

Déposer un nouveau dossier

C'est la voie la plus courante. L'employeur et le salarié corrigent le ou les motifs de refus identifiés dans la notification de la DREETS, signent une nouvelle convention et relancent l'intégralité de la procédure : nouvel entretien si nécessaire, nouveau délai de rétractation de 15 jours calendaires, nouveau dépôt sur TéléRC, nouveau délai d'instruction de 15 jours ouvrables.

Contester le refus devant le conseil de prud'hommes

L'article L. 1237-14 du Code du travail prévoit que tout litige relatif à la convention de rupture conventionnelle relève de la compétence du conseil de prud'hommes. Le recours doit être formé dans un délai de 12 mois à compter de la date d'homologation — ou, en cas de refus, à compter de la notification du refus.

En pratique, cette voie contentieuse est rarement utilisée pour contester un simple refus administratif. Elle concerne davantage les situations où l'une des parties conteste la validité du consentement ou le montant de l'indemnité après homologation.

Résumé des voies de recours

  • Nouveau dossier : correction des motifs de refus, reprise complète de la procédure. Délai minimum : 30 jours.
  • Recours prud'homal : dans les 12 mois suivant le refus. Procédure judiciaire, délai variable selon la juridiction.

Le DRH a intérêt à privilégier le nouveau dépôt lorsque le motif de refus est purement formel (erreur de calcul, délai non respecté). Le recours judiciaire se justifie uniquement lorsque le refus repose sur une appréciation contestable de l'administration.

FAQ

Quel est le délai total entre la signature et la rupture effective du contrat ?

Le délai minimum est de 30 jours : 15 jours calendaires de rétractation suivis de 15 jours ouvrables d'instruction par la DREETS. La date de rupture du contrat ne peut être fixée avant l'obtention de l'homologation, expresse ou tacite.

Que se passe-t-il si la DREETS ne répond pas dans les 15 jours ouvrables ?

Le silence de la DREETS à l'expiration du délai de 15 jours ouvrables vaut homologation tacite. Le contrat est alors rompu à la date prévue dans la convention. Cette règle ne s'applique pas aux salariés protégés, pour lesquels le silence vaut refus.

Peut-on déposer une rupture conventionnelle autrement que sur TéléRC ?

Le formulaire papier Cerfa n° 14598 reste théoriquement recevable, mais TéléRC est devenu le canal de droit. Le dépôt en ligne accélère le traitement et réduit les risques d'erreur grâce aux contrôles automatiques intégrés à la plateforme.

L'employeur peut-il se rétracter après avoir signé la convention ?

Oui. Le droit de rétractation de 15 jours calendaires s'applique aux deux parties, employeur comme salarié. La rétractation n'a pas à être motivée. Elle doit être notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge.

Comment calculer l'indemnité minimale de rupture conventionnelle ?

L'indemnité spécifique ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois au-delà. Si la convention collective prévoit un montant supérieur, c'est ce dernier qui s'applique. Le simulateur du ministère du Travail permet de vérifier le calcul.

Pour aller plus loin

Articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail - Légifrance

La rupture conventionnelle du CDI - Ministère du Travail

Les ruptures conventionnelles - Données trimestrielles DARES

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires