Sécheresse et gestion de la ressource en eau : obligations des entreprises

Actualités & Marché
14/10/2026
-
7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La gestion de la ressource en eau en sécheresse repose sur le décret n° 2021-795 du 23 juin 2021, qui harmonise les restrictions d'usage entre bassins et départements.
  2. Les restrictions suivent 4 niveaux de gravité : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise, chacun activé par un arrêté préfectoral.
  3. Les entreprises sont soumises à ces restrictions au même titre que les particuliers : arrosage, lavage, nettoyage et prélèvements peuvent être limités ou interdits.
  4. Les installations classées relèvent en plus d'un arrêté national du 30 juin 2023, modifié le 3 juillet 2024, qui fixe des mesures propres à leur activité.
  5. Le non-respect d'un arrêté sécheresse expose à des sanctions pénales et, pour les installations classées, à des sanctions administratives.
  6. Un plan de sobriété hydrique préparé avant l'été permet de savoir à l'avance quels usages réduire à chaque niveau.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Comment la gestion de l'eau en sécheresse est-elle organisée ?

Les niveaux de gravité et les arrêtés préfectoraux de restriction

Ce que le cadre réglementaire récent change pour les entreprises

Quelles restrictions d'usage s'appliquent aux activités économiques ?

Installations classées et gros préleveurs : des obligations renforcées

Contrôles, sanctions et recours contre un arrêté sécheresse

Anticiper : plan de sobriété hydrique et gouvernance interne

FAQ

Pour aller plus loin

Comment la gestion de l'eau en sécheresse est-elle organisée ?

La gestion de la ressource en eau en période de sécheresse s'organise sur 3 échelons : le bassin hydrographique, le département et la zone d'alerte. Le décret n° 2021-795 du 23 juin 2021 a fixé ce cadre afin de rendre cohérentes des restrictions qui variaient fortement d'un département à l'autre.

Le texte distingue la gestion structurelle, qui organise le partage de l'eau au moyen des autorisations de prélèvement, et la gestion de crise, qui encadre les mesures temporaires prises lorsque les débits ou les nappes baissent.

Le dispositif repose sur 3 actes successifs :

  • l'arrêté d'orientation, pris par le préfet coordonnateur de bassin, qui fixe des principes communs aux départements d'un même bassin ;
  • l'arrêté-cadre, départemental ou interdépartemental, qui définit les zones d'alerte, les seuils de déclenchement et les mesures de chaque niveau ;
  • l'arrêté de restriction, pris par le préfet lorsque les seuils sont atteints, pour une durée limitée.

Pour une entreprise, l'arrêté-cadre est le document de référence : il indique à l'avance quelles mesures viseront son activité.

Les niveaux de gravité et les arrêtés préfectoraux de restriction

Le décret de 2021 fixe 4 niveaux de gravité communs à tout le territoire, chacun associé à des restrictions plus strictes que le précédent.

NiveauSituation de la ressourceEffet pour les usagers
VigilanceRisque de dégradation à court termeSensibilisation, incitation aux économies d'eau
AlerteÉquilibre entre ressource et usages menacéPremières limitations de prélèvements et d'usages
Alerte renforcéeDégradation marquée de la ressourceLimitations accrues, interdiction de certains usages
CriseRessource réservée aux usages prioritairesArrêt des prélèvements non prioritaires

Au niveau crise, l'eau est réservée aux usages prioritaires : santé, sécurité civile, alimentation en eau potable et salubrité.

L'arrêté de restriction s'applique à tous les usagers de la zone d'alerte visée, entreprises comprises. La plateforme publique VigiEau permet de consulter les restrictions en vigueur à partir d'une adresse. Une entreprise multisite raisonne site par site, car chaque établissement relève de sa propre zone d'alerte.

Le niveau de gravité applicable à chaque site conditionne les usages autorisés et les obligations de l'exploitant.
Consulter un avocat en droit de l'eau

Ce que le cadre réglementaire récent change pour les entreprises

Le cadre issu du décret de 2021 rend les restrictions plus prévisibles, car les règles applicables à chaque niveau sont publiées avant l'été.

TexteApport pour les entreprises
Décret n° 2021-795 du 23 juin 20214 niveaux identiques partout, zones d'alerte cohérentes entre départements voisins, mesures fixées à l'avance dans l'arrêté-cadre
Arrêté du 30 juin 2023Mesures de restriction propres aux installations classées en période de sécheresse
Arrêté du 3 juillet 2024Modification du régime fixé en 2023 pour les installations classées

Ainsi, un groupe présent dans plusieurs départements lit partout la même échelle de gravité, et les installations classées disposent d'un socle national.

Quelles restrictions d'usage s'appliquent aux activités économiques ?

Les restrictions visent des usages de l'eau, et non des catégories d'usagers. Elles s'appliquent à l'eau du réseau public comme aux prélèvements directs en forage, en rivière ou en nappe.

Les arrêtés-cadres ciblent fréquemment :

  • Espaces verts : arrosage interdit ou limité à certaines heures.
  • Véhicules : lavage hors stations professionnelles restreint.
  • Nettoyage : façades et voiries limitées aux impératifs sanitaires ou de sécurité.
  • Irrigation agricole : plages horaires interdites ou volumes réduits.
  • Procédés industriels : réduction des prélèvements selon le niveau.

Le contenu exact varie d'un département à l'autre, ce qui impose une lecture locale.

Identifier les usages de chaque site visés par l'arrêté-cadre permet de sécuriser l'application des restrictions.
Échanger avec un avocat en droit de l'eau et des déchets

Installations classées et gros préleveurs : des obligations renforcées

Les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) sont les sites soumis à autorisation, enregistrement ou déclaration en raison de leurs risques. Elles relèvent d'un régime de sécheresse propre, fixé par l'arrêté du 30 juin 2023 puis modifié par l'arrêté du 3 juillet 2024, qui prévoit des réductions de prélèvements et de consommation graduées selon le niveau de gravité.

L'exploitant doit donc lire ensemble 3 sources :

  1. son arrêté d'autorisation ou d'enregistrement ;
  2. l'arrêté national de 2023 modifié en 2024 ;
  3. l'arrêté de restriction local en vigueur.

Les gros préleveurs, titulaires d'autorisations de prélèvement, se voient souvent imposer par les arrêtés-cadres des réductions de volume ou des plages horaires.

Contrôles, sanctions et recours contre un arrêté sécheresse

Le respect des arrêtés sécheresse est contrôlé par la police de l'eau, c'est-à-dire les services de l'État et l'Office français de la biodiversité, ainsi que par l'inspection des installations classées.

SituationNature de la sanctionMise en œuvre
Non-respect d'un arrêté de restrictionSanction pénale contraventionnelleProcès-verbal dressé lors d'un contrôle
Manquement d'une installation classéeSanctions administrativesMise en demeure, puis amende, astreinte ou suspension d'activité

Une entreprise peut former un recours gracieux auprès du préfet, ou un recours contentieux devant le tribunal administratif dans un délai de 2 mois. En cas d'urgence, le référé-suspension permet de demander au juge de suspendre l'arrêté avant le jugement au fond. Lorsque l'arrêté-cadre le prévoit, une dérogation individuelle peut aussi être demandée au préfet.

Une dérogation ou un recours se prépare avec les éléments techniques du site et le texte de l'arrêté-cadre.
Trouver un avocat en droit de l'eau

Anticiper : plan de sobriété hydrique et gouvernance interne

Un plan de sobriété hydrique définit, avant l'été, les usages que l'entreprise réduira à chaque niveau de gravité.

Sa construction suit généralement 4 étapes :

  1. Cartographier les usages et l'origine de l'eau utilisée.
  2. Mesurer les volumes réels grâce à des compteurs par poste.
  3. Localiser la zone d'alerte de chaque site et lire l'arrêté-cadre.
  4. Scénariser les usages à réduire ou suspendre pour chaque niveau.

La gouvernance interne repose sur un référent chargé de la veille des arrêtés, sur l'information des salariés et sur la conservation des preuves des mesures appliquées, utiles en cas de contrôle.

FAQ

Une entreprise doit-elle respecter un arrêté sécheresse ?

Oui, l'arrêté de restriction s'applique à tous les usagers de la zone d'alerte, entreprises comprises. Il vise les usages de l'eau, qu'elle provienne du réseau public ou d'un prélèvement direct.

Comment savoir si un site est concerné par une restriction ?

Il faut identifier la zone d'alerte du site, puis consulter les arrêtés publiés par la préfecture. La plateforme publique VigiEau affiche les restrictions en vigueur à partir d'une adresse.

Quels sont les 4 niveaux de gravité sécheresse ?

Les 4 niveaux sont la vigilance, l'alerte, l'alerte renforcée et la crise. Au niveau crise, l'eau est réservée à la santé, à la sécurité civile, à l'eau potable et à la salubrité.

Les installations classées ont-elles des règles spécifiques ?

Oui, les ICPE relèvent de l'arrêté du 30 juin 2023, modifié le 3 juillet 2024. Ce texte fixe des mesures de réduction graduées selon le niveau de gravité, qui s'ajoutent aux prescriptions de l'arrêté du site.

Peut-on obtenir une dérogation à un arrêté sécheresse ?

Oui, lorsque l'arrêté-cadre le prévoit, l'entreprise peut demander une dérogation au préfet. Elle doit démontrer que l'usage concerné ne peut pas être réduit sans compromettre l'activité ou la sécurité.

Pour aller plus loin

Décret n° 2021-795 du 23 juin 2021 relatif à la gestion quantitative de la ressource en eau et à la gestion des situations de crise liées à la sécheresse - Légifrance

Arrêté du 30 juin 2023 relatif aux mesures de restriction en période de sécheresse des installations classées - Légifrance

Arrêté du 3 juillet 2024 modifiant l'arrêté du 30 juin 2023 relatif aux restrictions sécheresse des ICPE - Légifrance

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin, qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire, de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Télécharger la ressource

Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL

Expertises

Expertises associées

Besoin d'un regard d'avocat sur votre situation ? Nos équipes vous accompagnent sur ces sujets.

Modèles & guides

Modèles utiles

Les modèles liés à cet article, prêts à adapter à votre situation.

Ressources

Articles liés

Pour approfondir le sujet, d'autres analyses rédigées par nos avocats.