Gérant majoritaire de SARL : statut, fiscalité et obligations à connaître

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23 Jan 2026
-
11
min
Points clés de l'article
  1. Le gérant majoritaire de SARL détient, seul ou avec ses associés liés, plus de 50 % des parts sociales de la société.
  2. Ce statut entraîne un rattachement obligatoire au régime des travailleurs non salariés (TNS), avec des cotisations sociales calculées différemment du régime général.
  3. Sa rémunération est imposée à l'impôt sur le revenu dans la catégorie spécifique de l'article 62 du CGI, distincte des traitements et salaires classiques.
  4. Les dividendes perçus au-delà de 10 % du capital social sont soumis à cotisations sociales, ce qui modifie l'arbitrage rémunération/dividendes.
  5. Le gérant majoritaire supporte des obligations légales étendues : responsabilité civile et pénale, approbation des comptes, conventions réglementées.
  6. L'optimisation de la gérance passe par un calibrage précis entre rémunération, dividendes, protection sociale et structure juridique.

Sommaire

Gérant majoritaire de SARL : définition précise

Conditions pour devenir gérant majoritaire SARL

Statut social du dirigeant SARL majoritaire

Fiscalité du gérant majoritaire : ce qui change

Rémunération et dividendes de l'associé majoritaire

Obligations légales du gérant de société

Gérant non associé ou minoritaire : quelles différences ?

Optimiser sa gérance SARL : points-clés à retenir

FAQ

Pour aller plus loin

Gérant majoritaire de SARL : définition précise

Le gérant majoritaire de SARL est la personne physique qui dirige une société à responsabilité limitée tout en détenant, directement ou indirectement, plus de 50 % des parts sociales. Cette notion ne se limite pas à la seule détention personnelle. Le Code de commerce impose de cumuler les parts détenues par le gérant avec celles de son conjoint, de son partenaire de PACS et de ses enfants mineurs non émancipés. Si plusieurs gérants exercent conjointement, la majorité s'apprécie en additionnant les parts de l'ensemble des cogérants et de leurs familles respectives.

En pratique, un fondateur qui détient 40 % des parts peut être qualifié de gérant majoritaire si son conjoint en détient 15 %. Le seuil de 50 % s'apprécie donc au niveau du groupe familial, et non de la seule personne nommée dans les statuts. Cette qualification emporte des conséquences directes sur le régime social, la fiscalité et le niveau de responsabilité du dirigeant.

La distinction entre gérance majoritaire et minoritaire n'est pas un simple détail administratif. Elle détermine le régime de protection sociale applicable, le mode d'imposition de la rémunération et les cotisations dues sur les dividendes. Un fondateur qui ignore cette qualification risque de subir un redressement de l'URSSAF ou une requalification fiscale.

Conditions pour devenir gérant majoritaire SARL

La nomination du gérant de SARL est encadrée par les articles L. 223-18 et suivants du Code de commerce. Le gérant doit être une personne physique, associée ou non. Sa désignation intervient soit dans les statuts lors de la création, soit par décision ultérieure des associés représentant plus de la moitié des parts sociales.

Pour que la gérance soit qualifiée de majoritaire, 3 conditions doivent être réunies simultanément :

Condition Détail
Détention de plus de 50 % des parts Parts du gérant + conjoint/partenaire PACS + enfants mineurs
Nomination effective Désignation dans les statuts ou par assemblée générale
Exercice réel des fonctions Le gérant doit effectivement diriger la société

En cas de cogérance, le calcul s'effectue en additionnant les parts de tous les cogérants et de leurs groupes familiaux respectifs. Si ce total dépasse 50 %, chaque cogérant est considéré comme majoritaire, même celui qui ne détient personnellement que 5 % des parts. Cette règle, posée par l'article L. 311-3 du Code de la sécurité sociale, surprend régulièrement les fondateurs qui s'associent en famille.

Aucune condition de diplôme ou de qualification n'est exigée, sauf dans les professions réglementées. En revanche, le gérant ne doit pas être frappé d'une interdiction de gérer prononcée par un tribunal.

La qualification de gérant majoritaire conditionne l'ensemble du régime fiscal et social du dirigeant. Un accompagnement juridique adapté permet de sécuriser cette structuration dès la création.
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Statut social du dirigeant SARL majoritaire

Le gérant majoritaire relève obligatoirement du régime des travailleurs non salariés (TNS), rattaché à la Sécurité sociale des indépendants (SSI), elle-même intégrée au régime général depuis 2020. Ce rattachement s'applique même si le gérant perçoit une rémunération fixe mensuelle comparable à un salaire.

Concrètement, les cotisations sociales TNS portent sur la rémunération nette perçue et sur la fraction des dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des apports en compte courant d'associé. Le taux global de cotisations TNS oscille entre 40 % et 45 % de la rémunération, contre environ 65 % à 80 % en charges patronales et salariales cumulées pour un dirigeant assimilé salarié.

Couverture sociale : ce que le TNS perd et gagne

Poste Gérant majoritaire (TNS) Gérant minoritaire (assimilé salarié)
Cotisations globales 40 % à 45 % 65 % à 80 %
Retraite de base Identique (régime général depuis 2020) Identique
Retraite complémentaire Inférieure (pas d'AGIRC-ARRCO) AGIRC-ARRCO
Indemnités journalières Plafonnées, délai de carence plus long Plus protectrices
Assurance chômage Aucune couverture obligatoire Aucune (sauf option GSC)
Prévoyance À souscrire individuellement (Madelin) Intégrée au régime

Le coût social inférieur du statut TNS constitue un avantage de trésorerie pour la société. En contrepartie, la protection sociale est moins étendue, notamment en matière de retraite complémentaire et de prévoyance. Le gérant majoritaire doit donc anticiper ces lacunes par des contrats complémentaires, éligibles au dispositif Madelin qui permet la déduction fiscale des cotisations dans certaines limites.

Un point de vigilance : en l'absence de rémunération, le gérant majoritaire reste redevable de cotisations minimales auprès de la SSI, d'un montant d'environ 1 100 € par an. Cette cotisation minimale ouvre des droits réduits mais reste due, contrairement au gérant minoritaire non rémunéré qui ne paie aucune cotisation.

Fiscalité du gérant majoritaire : ce qui change

La rémunération du gérant majoritaire n'est pas imposée comme un salaire classique. Elle relève de l'article 62 du Code général des impôts (CGI), une catégorie fiscale spécifique aux dirigeants de sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés qui détiennent le contrôle de leur structure.

En pratique, le régime de l'article 62 se rapproche des traitements et salaires sur plusieurs points : le gérant bénéficie de la déduction forfaitaire de 10 % pour frais professionnels ou peut opter pour les frais réels. Toutefois, la distinction a des effets concrets. Les cotisations sociales TNS versées par le gérant sont déductibles de son revenu imposable, ce qui réduit la base d'imposition.

Schéma fiscal simplifié

  • La SARL verse une rémunération au gérant → charge déductible du résultat de la société (IS).
  • Le gérant déclare cette rémunération à l'IR dans la catégorie article 62.
  • Il applique la déduction de 10 % ou les frais réels.
  • Les cotisations SSI sont déductibles de son revenu imposable.

Lorsque la SARL est soumise à l'IR (option possible sous conditions pour les SARL de famille), le gérant n'est pas imposé sur sa rémunération en tant que telle. Il est imposé sur sa quote-part de bénéfice, ce qui modifie l'ensemble du schéma fiscal.

Le choix entre IS et IR, combiné au calibrage de la rémunération, constitue le levier fiscal principal du gérant majoritaire. Une rémunération trop faible génère un bénéfice imposable plus élevé au niveau de la société. Une rémunération trop élevée augmente les cotisations sociales et l'IR personnel. L'équilibre dépend du taux marginal d'imposition du gérant, du montant du résultat de la société et de ses besoins de trésorerie.

L'arbitrage entre rémunération, dividendes et structure fiscale nécessite une analyse chiffrée propre à chaque situation.
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Rémunération et dividendes de l'associé majoritaire

Le gérant majoritaire dispose de 2 canaux principaux pour extraire de la valeur de sa SARL : la rémunération de gérance et les dividendes en tant qu'associé.

Rémunération de gérance

La rémunération est fixée par décision collective des associés ou par les statuts. Elle peut prendre la forme d'un fixe, d'un variable indexé sur le chiffre d'affaires ou le résultat, ou d'avantages en nature (véhicule, logement). Elle est déductible du résultat imposable de la SARL soumise à l'IS, à condition de ne pas être excessive par rapport au travail fourni et à la situation financière de la société.

Dividendes : la règle des 10 %

Les dividendes versés au gérant majoritaire subissent un traitement social particulier depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2013. La fraction des dividendes qui excède 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est soumise aux cotisations sociales TNS, au même titre que la rémunération.

La fraction inférieure à ce seuil de 10 % est soumise aux prélèvements sociaux classiques (17,2 %) et au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % — ou, sur option, au barème progressif de l'IR après abattement de 40 %.

Exemple chiffré : une SARL au capital de 10 000 € avec un compte courant d'associé de 20 000 €. Le seuil de 10 % s'établit à 3 000 € (10 % × 30 000 €). Si le gérant perçoit 15 000 € de dividendes, 3 000 € sont soumis au PFU et 12 000 € sont réintégrés dans l'assiette des cotisations TNS.

Cette mécanique rend l'arbitrage rémunération/dividendes plus complexe pour le gérant majoritaire que pour un dirigeant de SAS. Dans une SAS, les dividendes ne supportent jamais de cotisations sociales, quel que soit leur montant. Ce différentiel explique en partie le choix de certains fondateurs pour la forme SAS, bien que d'autres critères (gouvernance, flexibilité statutaire) entrent en jeu.

Obligations légales du gérant de société

Le gérant majoritaire de SARL assume une responsabilité étendue, à la fois civile, pénale et fiscale. Ces obligations ne sont pas théoriques : elles exposent le dirigeant sur son patrimoine personnel en cas de faute de gestion.

Responsabilité civile

Le gérant engage sa responsabilité envers la société et les tiers en cas de violation des statuts, d'infraction aux dispositions légales applicables aux SARL, ou de faute de gestion (article L. 223-22 du Code de commerce). La prescription est de 3 ans à compter du fait dommageable ou de sa révélation.

Responsabilité pénale

Le gérant peut être poursuivi pour abus de biens sociaux (article L. 241-3 du Code de commerce), distribution de dividendes fictifs, présentation de comptes infidèles ou défaut de convocation de l'assemblée annuelle. Les peines encourues vont jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende pour l'abus de biens sociaux.

Obligations récurrentes

  • Approbation des comptes annuels : convocation de l'assemblée dans les 6 mois suivant la clôture de l'exercice.
  • Dépôt des comptes au greffe du tribunal de commerce dans le mois suivant l'approbation.
  • Tenue d'une comptabilité régulière et conservation des documents pendant 10 ans.
  • Déclarations fiscales et sociales dans les délais légaux (TVA, IS, DSI).
  • Respect des conventions réglementées : toute convention entre la société et son gérant doit être soumise à l'approbation des associés (article L. 223-19 du Code de commerce).

En cas de procédure collective, le tribunal peut prononcer une interdiction de gérer ou une action en comblement de passif si une faute de gestion a contribué à l'insuffisance d'actif. Le patrimoine personnel du gérant est alors directement exposé.

Les obligations du gérant majoritaire engagent sa responsabilité personnelle. Structurer sa gérance avec un cadre juridique adapté réduit ces risques.
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Gérant non associé ou minoritaire : quelles différences ?

La distinction entre gérant majoritaire, minoritaire, égalitaire et non associé repose sur le pourcentage de parts détenues, mais ses conséquences pratiques sont considérables.

Critère Gérant majoritaire Gérant minoritaire/égalitaire Gérant non associé
Parts détenues > 50 % ≤ 50 % 0 %
Régime social TNS (SSI) Assimilé salarié (régime général) Assimilé salarié
Cotisations sur dividendes Oui, au-delà de 10 % du capital Non Non (pas d'associé)
Catégorie fiscale IR Article 62 CGI Traitements et salaires Traitements et salaires
Bulletin de paie Non Oui Oui
Droit de vote en AG Oui (majoritaire) Oui (minoritaire) Non

Le gérant minoritaire ou égalitaire relève du régime général de la sécurité sociale en tant qu'assimilé salarié. Il bénéficie de la couverture AGIRC-ARRCO pour la retraite complémentaire et d'indemnités journalières plus protectrices. En contrepartie, le coût global des cotisations est sensiblement plus élevé.

Le gérant non associé, quant à lui, ne détient aucune part sociale. Il est nommé par les associés et peut être révoqué dans les conditions prévues par les statuts. Son régime social est celui de l'assimilé salarié. Il ne perçoit pas de dividendes et n'a pas de droit de vote en assemblée générale.

Pour un fondateur, le passage de gérant majoritaire à minoritaire — par exemple après une levée de fonds qui dilue sa participation sous les 50 % — entraîne un changement automatique de régime social. Ce basculement doit être anticipé car il modifie le montant des cotisations, la couverture sociale et le traitement fiscal de la rémunération.

Optimiser sa gérance SARL : points-clés à retenir

L'optimisation de la gérance majoritaire repose sur un ensemble d'arbitrages interdépendants. Aucune décision isolée (niveau de rémunération, distribution de dividendes, choix IS/IR) ne peut être évaluée sans prendre en compte les autres paramètres.

Les leviers d'optimisation

  1. Calibrer la rémunération pour maximiser la déductibilité au niveau de la société tout en limitant le taux marginal d'IR du gérant. Un calcul année par année, tenant compte des tranches d'imposition et des cotisations TNS, permet de déterminer le point d'équilibre.

  2. Arbitrer entre rémunération et dividendes en intégrant la règle des 10 %. Lorsque le capital social est faible, la quasi-totalité des dividendes supporte des cotisations TNS, ce qui réduit l'intérêt de cette voie. Augmenter le capital social ou les apports en compte courant peut relever le seuil.

  3. Souscrire des contrats Madelin (prévoyance, retraite complémentaire, perte d'emploi) pour compenser les lacunes du régime TNS tout en bénéficiant de la déductibilité fiscale des cotisations.

  4. Structurer les conventions réglementées (bail, compte courant rémunéré, mise à disposition de biens) dans le respect de la procédure d'approbation pour éviter toute requalification.

  5. Anticiper les évolutions de participation. Une cession de parts, une augmentation de capital ou l'entrée d'un nouvel associé peut faire basculer le gérant de majoritaire à minoritaire, avec un changement de régime social immédiat.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Ne pas déclarer les dividendes excédant le seuil de 10 % à la SSI → risque de redressement avec majorations.
  • Fixer une rémunération excessive par rapport à la capacité financière de la société → risque de requalification en abus de biens sociaux.
  • Ignorer les cotisations minimales TNS en l'absence de rémunération → dette sociale qui s'accumule.
  • Confondre le patrimoine personnel et celui de la société → mise en cause de la responsabilité personnelle.

Ces arbitrages nécessitent une vision globale qui croise droit des sociétés, droit fiscal et droit social. Le fondateur qui pilote seul ces paramètres s'expose à des coûts cachés ou à des risques juridiques évitables.

FAQ

Le gérant majoritaire de SARL peut-il cumuler son mandat avec un contrat de travail ?

Non, en principe. La jurisprudence de la Cour de cassation exclut le cumul lorsque le gérant détient la majorité des parts, car il ne peut pas se trouver dans un lien de subordination vis-à-vis de la société qu'il contrôle. Un contrat de travail conclu dans ces conditions serait inopposable aux organismes sociaux et pourrait être requalifié.

Comment est calculée la base de cotisations sociales du gérant majoritaire ?

L'assiette comprend la rémunération nette de gérance, les avantages en nature et la fraction des dividendes excédant 10 % du total formé par le capital social, les primes d'émission et les sommes versées en compte courant d'associé. Les cotisations TNS sont calculées sur cette base globale, avec un taux effectif compris entre 40 % et 45 %.

Le gérant majoritaire a-t-il droit à l'assurance chômage ?

Non. Le gérant majoritaire ne cotise pas à l'assurance chômage et n'y a pas droit en cas de cessation d'activité. Il peut toutefois souscrire une assurance volontaire privée (type GSC ou APPI) pour couvrir ce risque, dont les cotisations sont déductibles dans le cadre du dispositif Madelin.

Que se passe-t-il si le gérant passe de majoritaire à minoritaire ?

Le changement de qualification entraîne un basculement automatique du régime TNS vers le régime assimilé salarié. Le gérant doit être affilié au régime général, des bulletins de paie doivent être établis et les cotisations AGIRC-ARRCO deviennent exigibles. Ce changement prend effet à la date du franchissement du seuil de 50 %.

Le gérant majoritaire peut-il se verser une rémunération sans limite ?

La rémunération doit être proportionnée au travail effectué et à la situation financière de la société. Une rémunération manifestement excessive peut être requalifiée en distribution occulte de bénéfices par l'administration fiscale, avec un redressement à l'IS pour la société et à l'IR pour le gérant, assorti de pénalités de 40 %.

Pour aller plus loin

Article L131-6 du Code de la sécurité sociale (Assiette des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants) - Légifrance

Cotisations sociales d'une société à responsabilité limitée (SARL) : ce qu'il faut savoir - entreprendre.service-public.fr

Les revenus des travailleurs indépendants, par secteur d'activité - Urssaf

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires