Formation CSE obligatoire : obligations, financement et mise en œuvre

Guides & Ressources pratiques
14 Mar 2026
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10
min
Points clés de l'article
  1. Toute entreprise d'au moins 11 salariés doit mettre en place un CSE et garantir la formation de ses élus.
  2. La formation économique concerne les élus titulaires des entreprises de 50 salariés et plus ; elle dure 5 jours maximum lors du premier mandat.
  3. La formation SSCT est obligatoire pour tous les membres du CSE, quelle que soit la taille de l'entreprise, avec une durée de 5 jours au premier mandat.
  4. Le financement de la formation SSCT est intégralement à la charge de l'employeur ; la formation économique est financée sur le budget de fonctionnement du CSE.
  5. Un avocat en relations collectives permet de sécuriser le respect des délais, le choix des organismes agréés et la conformité globale du dispositif.

Sommaire

CSE obligatoire : seuils et obligations employeur

Rôle du CSE et droits des élus

Formation économique CSE : cadre et public concerné

Formation SSCT : durée et modalités

Financement des formations CSE : qui paye ?

Organiser la formation des élus CSE

Sécuriser vos obligations avec un avocat spécialisé

FAQ

Pour aller plus loin

CSE obligatoire : seuils et obligations employeur

La formation CSE constitue une obligation légale que tout DRH doit maîtriser pour éviter des contentieux coûteux et garantir un dialogue social fonctionnel. Depuis les ordonnances Macron de 2017, le comité social et économique (CSE) remplace les anciennes instances représentatives du personnel (délégués du personnel, comité d'entreprise, CHSCT). Sa mise en place est obligatoire dans toute entreprise atteignant au moins 11 salariés pendant 12 mois consécutifs (article L. 2311-2 du Code du travail).

En dessous de ce seuil, aucune obligation de constituer un CSE n'existe. En revanche, dès que le seuil est franchi, l'employeur dispose d'un délai d'un an pour organiser les élections professionnelles. L'absence de mise en place du CSE constitue un délit d'entrave, passible d'une amende de 7 500 € (article L. 2317-1 du Code du travail).

Les attributions du CSE varient selon l'effectif de l'entreprise. Dans les entreprises de 11 à 49 salariés, le CSE reprend les missions des anciens délégués du personnel : présentation des réclamations individuelles et collectives, promotion de la santé et de la sécurité. À partir de 50 salariés, le CSE hérite des compétences élargies de l'ancien comité d'entreprise et du CHSCT : consultation sur les orientations stratégiques, la situation économique et financière, la politique sociale, ainsi que l'ensemble des questions de santé, sécurité et conditions de travail.

L'obligation de formation des élus découle directement de ces attributions. Le Code du travail impose à l'employeur de permettre aux membres du CSE de bénéficier de formations spécifiques pour exercer leurs missions. Deux formations distinctes sont prévues : la formation économique et la formation santé, sécurité et conditions de travail (SSCT).

CritèreEntreprise 11-49 salariésEntreprise 50+ salariés
Mise en place du CSEObligatoireObligatoire
Formation économiqueNon obligatoireObligatoire (titulaires)
Formation SSCTObligatoire (tous membres)Obligatoire (tous membres)
Commission SSCTNon obligatoireObligatoire à partir de 300 salariés

Rôle du CSE et droits des élus

Le CSE exerce une double fonction : représenter les salariés auprès de l'employeur et contribuer à la protection de leur santé et de leur sécurité. Pour remplir ces missions, les élus disposent de droits précis que le DRH doit connaître et respecter.

Chaque élu titulaire bénéficie d'un crédit d'heures de délégation mensuel. Ce volume varie selon l'effectif : 10 heures par mois dans une entreprise de 11 à 24 salariés, jusqu'à 34 heures dans une entreprise de plus de 10 000 salariés. Ces heures sont considérées comme du temps de travail effectif et rémunérées comme tel.

Les élus disposent également d'une liberté de déplacement dans l'entreprise pour exercer leurs missions, d'un droit d'accès à certaines informations économiques et sociales via la base de données économiques, sociales et environnementales (BDESE), et d'une protection contre le licenciement. Tout licenciement d'un élu CSE nécessite l'autorisation préalable de l'inspecteur du travail, sous peine de nullité.

Le droit à la formation s'inscrit dans cette logique de moyens. Il ne s'agit pas d'un avantage accordé aux élus, mais d'une condition nécessaire à l'exercice effectif de leurs attributions. Le temps consacré à la formation est rémunéré comme du temps de travail. Il n'est pas déduit des heures de délégation. L'employeur qui refuse ou retarde une formation s'expose à un risque de délit d'entrave et à la contestation des avis rendus par un CSE insuffisamment formé.

Structurer les droits des élus CSE et sécuriser le cadre du dialogue social nécessite une expertise en droit des relations collectives.
Consultez un avocat spécialisé en relations collectives

Formation économique CSE : cadre et public concerné

La formation économique est régie par l'article L. 2315-63 du Code du travail. Elle concerne exclusivement les membres titulaires du CSE dans les entreprises d'au moins 50 salariés. Les suppléants n'y ont pas droit, sauf disposition conventionnelle plus favorable.

Cette formation porte sur les mécanismes économiques et financiers que les élus doivent comprendre pour exercer leurs attributions consultatives : lecture des comptes annuels, analyse du bilan et du compte de résultat, compréhension des restructurations, des dispositifs d'alerte économique et des procédures collectives.

La durée maximale est de 5 jours lors du premier mandat. En cas de renouvellement de mandat, la durée est réduite à 3 jours (article L. 2315-17). Cette formation est dispensée par un organisme figurant sur la liste arrêtée par le préfet de région ou par un organisme rattaché à une organisation syndicale reconnue représentative au niveau national.

Le choix de l'organisme appartient à l'élu, pas à l'employeur. Le salarié adresse sa demande de congé de formation au moins 30 jours avant le début du stage. L'employeur peut reporter la formation s'il estime que l'absence du salarié pourrait avoir des conséquences préjudiciables à la production, mais ce report est limité à 6 mois.

Points de vigilance pour le DRH

  • Vérifier que l'organisme choisi par l'élu figure bien sur la liste préfectorale ou est rattaché à une organisation syndicale représentative.
  • Respecter le délai de réponse : l'absence de réponse dans les 8 jours suivant la demande vaut acceptation.
  • Anticiper les absences simultanées de plusieurs élus pour éviter les reports en cascade.
  • Archiver les attestations de formation pour justifier du respect de l'obligation en cas de contrôle.

Formation SSCT : durée et modalités

La formation santé, sécurité et conditions de travail (SSCT) est prévue aux articles L. 2315-18 et L. 2315-40 du Code du travail. Contrairement à la formation économique, elle concerne tous les membres du CSE — titulaires et suppléants — dans toutes les entreprises d'au moins 11 salariés. Le référent harcèlement sexuel désigné par le CSE en bénéficie également.

La durée de la formation SSCT varie selon le contexte :

SituationDurée de la formation
Premier mandat (toute entreprise)5 jours
Renouvellement de mandat (moins de 300 salariés)3 jours
Renouvellement de mandat (300 salariés et plus)5 jours
Membres de la commission SSCT (premier mandat)5 jours

Le contenu de la formation couvre l'analyse des conditions de travail, les méthodes d'identification et de prévention des risques professionnels, l'initiation aux méthodes d'analyse des accidents du travail et des maladies professionnelles, ainsi que les règles relatives au document unique d'évaluation des risques (DUERP).

La formation est dispensée par un organisme agréé par le préfet de région (DREETS) ou par un organisme rattaché à une organisation syndicale. Le programme doit être adapté à la branche d'activité de l'entreprise et aux risques spécifiques identifiés.

Le salarié adresse sa demande au moins 30 jours avant la date de début. L'employeur ne peut refuser cette formation : il peut uniquement la reporter dans les mêmes conditions que la formation économique, c'est-à-dire pour un maximum de 6 mois et pour des raisons liées aux nécessités de service.

La formation SSCT engage la responsabilité de l'employeur en matière de prévention des risques. Un cadrage juridique précis évite les erreurs de mise en œuvre.
Faites appel à un avocat en relations collectives

Financement des formations CSE : qui paye ?

Le financement des formations CSE obéit à des règles distinctes selon le type de formation. Cette distinction est une source fréquente de confusion pour les DRH.

Formation SSCT : prise en charge intégrale par l'employeur

L'article L. 2315-18 du Code du travail est explicite : la formation SSCT est financée par l'employeur. Cette prise en charge couvre :

  • Les frais pédagogiques : dans la limite de 36 fois le montant horaire du SMIC par jour et par stagiaire (soit environ 417 € par jour en 2024).
  • Les frais de déplacement : sur la base du tarif SNCF 2e classe applicable au trajet le plus direct.
  • Les frais d'hébergement et de restauration : dans la limite du barème applicable aux déplacements temporaires des fonctionnaires.
  • La rémunération du salarié pendant la formation, maintenue intégralement.

Formation économique : financement par le budget du CSE

La formation économique est prise en charge sur le budget de fonctionnement du CSE (article L. 2315-63). Ce budget correspond à 0,20 % de la masse salariale brute dans les entreprises de 50 à 1 999 salariés, et à 0,22 % dans les entreprises de 2 000 salariés et plus.

En revanche, la rémunération du salarié pendant la formation économique reste à la charge de l'employeur. Le temps passé en formation est rémunéré comme du temps de travail effectif.

Poste de dépenseFormation économiqueFormation SSCT
Frais pédagogiquesBudget de fonctionnement CSEEmployeur
Frais de déplacementBudget de fonctionnement CSEEmployeur
Hébergement / restaurationBudget de fonctionnement CSEEmployeur
Rémunération du salariéEmployeurEmployeur

Cette répartition impose au DRH de coordonner avec le trésorier du CSE pour la formation économique, et de provisionner en interne les coûts de la formation SSCT dès le début du mandat.

Organiser la formation des élus CSE

La mise en œuvre concrète de la formation des élus CSE exige une planification rigoureuse. Plusieurs étapes structurent le processus.

Étape 1 : cartographier les besoins

Dès la proclamation des résultats des élections professionnelles, le DRH doit identifier le nombre d'élus concernés par chaque formation, distinguer les premiers mandats des renouvellements, et vérifier si une commission SSCT doit être constituée (obligatoire à partir de 300 salariés).

Étape 2 : informer les élus

Les élus doivent connaître leurs droits à la formation. Une note d'information remise après les élections, précisant les formations disponibles, les organismes agréés et la procédure de demande, permet d'éviter les retards et les malentendus.

Étape 3 : gérer les demandes et les absences

Chaque demande de congé de formation doit être traitée dans un délai de 8 jours. Le DRH doit anticiper l'impact des absences simultanées sur l'organisation du travail. En cas de report, la décision doit être motivée et notifiée par écrit, après avis conforme du CSE.

Étape 4 : suivre et archiver

Conserver les attestations de formation, les conventions passées avec les organismes et les justificatifs de paiement permet de démontrer la conformité en cas de contrôle de l'inspection du travail ou de contentieux devant le tribunal judiciaire.

  • Calendrier type : formation SSCT dans les 3 à 6 premiers mois du mandat, formation économique dans les 12 premiers mois.
  • Bonnes pratiques : regrouper les formations par vagues pour limiter les perturbations opérationnelles, tout en respectant le choix individuel de chaque élu quant à l'organisme de formation.
Organiser les formations CSE dans les délais légaux et avec les bons organismes suppose une connaissance fine du cadre réglementaire.
Échangez avec un avocat en relations collectives

Sécuriser vos obligations avec un avocat spécialisé

Le non-respect des obligations de formation CSE expose l'employeur à plusieurs risques juridiques concrets. Le délit d'entrave, sanctionné par une amende de 7 500 €, peut être caractérisé en cas de refus injustifié ou de report abusif d'une formation. Au-delà de la sanction pénale, un CSE dont les membres n'ont pas été formés peut contester la régularité des procédures de consultation, ce qui fragilise les décisions prises par l'entreprise (plans de restructuration, accords collectifs, modifications des conditions de travail).

Un avocat spécialisé en relations collectives intervient sur plusieurs points :

  • Audit de conformité : vérification que l'ensemble des élus ont bien bénéficié des formations obligatoires dans les délais requis.
  • Rédaction des procédures internes : formalisation des circuits de demande, de validation et de suivi des formations.
  • Gestion des litiges : contestation d'un refus de formation par un élu, contentieux relatif au financement, ou mise en cause pour délit d'entrave.
  • Négociation d'accords : certains accords d'entreprise peuvent prévoir des dispositions plus favorables que le Code du travail en matière de formation des élus (extension aux suppléants pour la formation économique, durées allongées, choix élargi d'organismes).

La sécurisation juridique du dispositif de formation CSE ne se limite pas au respect formel des textes. Elle implique une articulation cohérente entre le calendrier des mandats, le budget du CSE, les contraintes opérationnelles de l'entreprise et les droits individuels des élus. Cette coordination relève d'une expertise en droit social que le DRH gagne à mobiliser dès le début du cycle électoral.

FAQ

La formation SSCT est-elle obligatoire dans les entreprises de moins de 50 salariés ?

Oui. Depuis la loi Santé au travail du 2 août 2021, la formation SSCT est obligatoire pour tous les membres du CSE, y compris dans les entreprises de 11 à 49 salariés. La durée est de 5 jours lors du premier mandat. L'employeur en assume l'intégralité du financement.

Les suppléants du CSE ont-ils droit à la formation économique ?

Non, sauf disposition conventionnelle contraire. L'article L. 2315-63 du Code du travail réserve la formation économique aux seuls membres titulaires du CSE dans les entreprises de 50 salariés et plus. Un accord d'entreprise ou de branche peut toutefois étendre ce droit aux suppléants.

L'employeur peut-il choisir l'organisme de formation CSE ?

Non. Le choix de l'organisme de formation appartient à l'élu, pas à l'employeur. L'organisme doit figurer sur la liste arrêtée par le préfet de région ou être rattaché à une organisation syndicale représentative. L'employeur ne peut imposer ni l'organisme ni le programme.

Quel est le délai pour demander un congé de formation CSE ?

Le salarié doit adresser sa demande à l'employeur au moins 30 jours avant le début de la formation. L'employeur dispose de 8 jours pour répondre. L'absence de réponse dans ce délai vaut acceptation tacite de la demande.

La formation CSE est-elle renouvelée à chaque mandat ?

Oui. Le droit à la formation est renouvelé à chaque mandat. Toutefois, la durée peut être réduite lors d'un renouvellement : 3 jours pour la formation économique, et 3 jours pour la formation SSCT dans les entreprises de moins de 300 salariés. Dans les entreprises de 300 salariés et plus, la formation SSCT reste de 5 jours même en cas de renouvellement.

Pour aller plus loin

[Article L2315-63 - Code du travail - Légifrance](

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires