
Qu'est-ce qu'un DPO externalisé ?
DPO externe ou interne : quelles différences ?
Quand recourir à un DPO externalisé ?
Missions et responsabilités du DPO externe
Combien coûte un DPO externalisé ?
Comment choisir son DPO externe ?
Piloter efficacement la mission d'un DPO externalisée
Le DPO externalisé — pour Data Protection Officer externalisé — est un professionnel de la protection des données personnelles qui exerce la fonction de délégué à la protection des données pour le compte d'un organisme, sans en être salarié. Il intervient dans le cadre d'un contrat de prestation de service, à temps partiel ou selon un forfait adapté aux besoins de l'organisation.
Le RGPD (règlement général sur la protection des données, entré en application le 25 mai 2018) prévoit expressément cette possibilité. L'article 37.6 du règlement dispose que le délégué « peut être un membre du personnel du responsable du traitement ou du sous-traitant, ou exercer ses missions sur la base d'un contrat de service ». La CNIL confirme cette lecture dans ses lignes directrices : l'externalisation du DPO est licite, à condition que le prestataire remplisse les mêmes exigences d'indépendance, de compétence et d'accessibilité qu'un DPO interne.
En pratique, le DPO externe est souvent un avocat spécialisé en droit du numérique, un consultant en conformité ou un cabinet dédié. Il est désigné formellement auprès de la CNIL, qui publie ses coordonnées dans son registre. Au 31 décembre 2023, la CNIL recensait plus de 32 800 organismes ayant désigné un DPO, dont une part croissante recourt à un prestataire externe — notamment les PME et ETI.
Le directeur juridique qui envisage cette option doit retenir un point structurant : le DPO externalisé n'est pas un simple consultant ponctuel. Il assume un rôle permanent de veille, de conseil et de contrôle, défini par le règlement européen. Sa désignation engage l'organisme vis-à-vis du régulateur.
La distinction entre DPO interne et DPO externe ne porte pas sur les missions — elles sont identiques — mais sur le mode d'exercice, le lien contractuel et les implications organisationnelles.
| Critère | DPO interne | DPO externalisé |
|---|---|---|
| Lien juridique | Contrat de travail (salarié) | Contrat de prestation de service |
| Temps consacré | Temps plein ou partiel, selon la fiche de poste | Forfait horaire ou journalier, ajustable |
| Indépendance | Garantie par l'article 38 du RGPD (pas d'instructions sur l'exercice des missions) | Garantie contractuelle + absence de lien de subordination |
| Coût fixe | Salaire + charges sociales + formation continue | Honoraires variables selon le périmètre |
| Connaissance de l'organisation | Immersion quotidienne | Montée en compétence progressive, compensée par l'expérience multi-clients |
| Risque de conflit d'intérêts | Possible si cumul avec d'autres fonctions (DSI, DRH, direction générale) | Réduit, car le prestataire n'exerce pas de fonction opérationnelle |
Le DPO interne présente l'avantage d'une proximité permanente avec les équipes métiers. En revanche, il peut être difficile à recruter : le marché des profils qualifiés reste tendu. Selon une étude de l'AFCDP (Association française des correspondants à la protection des données personnelles) publiée en 2023, 62 % des DPO en poste déclarent exercer cette fonction en cumul avec d'autres responsabilités. Ce cumul génère un risque de conflit d'intérêts que le RGPD interdit explicitement (article 38.6).
Le DPO externalisé élimine ce risque structurel. Il apporte une expertise transversale, nourrie par la diversité de ses clients. En contrepartie, il exige un effort de coordination interne plus soutenu.
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Trois situations justifient le recours à un DPO externalisé plutôt qu'à un recrutement interne.
1. L'obligation légale de désigner un DPO sans volume suffisant pour un poste dédié. L'article 37.1 du RGPD impose la désignation d'un DPO dans 3 cas : autorité ou organisme public, traitement à grande échelle de données sensibles, ou suivi régulier et systématique de personnes à grande échelle. Pour une collectivité de taille moyenne, un établissement de santé de 200 lits ou une entreprise de e-commerce traitant des données de géolocalisation, le volume de travail ne justifie pas toujours un temps plein. L'externalisation permet de répondre à l'obligation sans surdimensionner le poste.
2. L'absence de compétences internes suffisantes. Le DPO doit maîtriser le droit de la protection des données, les aspects techniques des systèmes d'information et les processus métiers. Ce triptyque est rare en interne, surtout dans les structures de moins de 500 salariés. Former un collaborateur existant prend 12 à 18 mois et ne garantit pas l'indépendance requise.
3. Le besoin de montée en conformité rapide. Lors d'un contrôle CNIL, d'une levée de fonds avec due diligence ou d'un incident de sécurité, l'urgence impose un profil opérationnel immédiatement. Un DPO externe expérimenté peut réaliser un audit initial en 4 à 6 semaines et produire un plan d'action priorisé.
À l'inverse, l'internalisation se justifie lorsque l'organisation traite un volume élevé de données sensibles (santé, biométrie, données judiciaires), emploie plus de 1 000 salariés ou opère dans un secteur fortement régulé (banque, assurance, télécommunications).
Les missions du DPO sont définies par les articles 38 et 39 du RGPD. Elles s'appliquent de manière identique, que le DPO soit interne ou externalisé.
En pratique, le périmètre contractuel du DPO externe inclut souvent des prestations additionnelles :
Un point de vigilance pour le directeur juridique : le DPO, qu'il soit interne ou externe, n'est pas responsable de la conformité. Cette responsabilité incombe au responsable de traitement, c'est-à-dire à l'organisme lui-même. Le DPO conseille et contrôle, mais ne décide pas. En cas de sanction de la CNIL, c'est l'organisme qui est mis en cause, pas le DPO.
La gestion des violations de données et la coopération avec la CNIL nécessitent une expertise juridique pointue en protection des données.
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Le coût d'un DPO externalisé dépend de 4 variables : la taille de l'organisation, le nombre et la sensibilité des traitements, le niveau de maturité RGPD existant et le périmètre de la mission confiée.
| Profil d'organisation | Fourchette annuelle indicative | Périmètre type |
|---|---|---|
| TPE / startup (< 50 salariés) | 5 000 € – 10 000 € | Audit initial, registre, veille réglementaire, point de contact CNIL |
| PME (50 à 250 salariés) | 10 000 € – 20 000 € | Audit, registre, AIPD, formation, gestion des droits |
| ETI (250 à 5 000 salariés) | 20 000 € – 40 000 € | Périmètre complet, multi-entités, coordination groupe |
| Grand groupe | Sur devis, souvent > 50 000 € | Gouvernance multi-pays, audits récurrents, gestion de crise |
À titre de comparaison, le salaire brut annuel médian d'un DPO interne en France s'établit autour de 55 000 € selon l'enquête AFCDP 2023, auxquels s'ajoutent les charges patronales (environ 45 %), la formation continue et les outils logiciels. Le coût total employeur dépasse souvent 80 000 € par an.
L'externalisation génère une économie directe pour les organisations dont le besoin ne justifie pas un temps plein. Elle offre aussi une flexibilité budgétaire : le forfait peut être ajusté chaque année en fonction de l'évolution du périmètre.
Trois modèles coexistent sur le marché :
Le choix du prestataire conditionne la qualité de la conformité. Trois critères structurent la sélection.
Le DPO doit démontrer une maîtrise du RGPD, de la loi Informatique et Libertés modifiée, des lignes directrices du Comité européen de la protection des données (CEPD) et des délibérations de la CNIL. Il doit aussi comprendre les architectures techniques (bases de données, cloud, cookies, tracking) pour évaluer la conformité des systèmes d'information.
La certification DPO délivrée par un organisme accrédité par le COFRAC (sur la base du référentiel CNIL) constitue un indicateur utile, sans être obligatoire. En 2024, environ 4 500 personnes étaient certifiées selon ce référentiel.
Un DPO qui intervient dans le secteur de la santé doit connaître le référentiel HDS (Hébergement de Données de Santé), les exigences de l'ANS et les spécificités du health data. Un DPO intervenant dans le retail doit maîtriser les problématiques de prospection commerciale, de profilage et de transferts de données vers des prestataires hors UE. La pertinence sectorielle du prestataire réduit le temps de montée en charge et améliore la qualité des recommandations.
En cas de contrôle ou de notification de violation, le DPO est le premier interlocuteur de la CNIL. Son expérience des procédures de contrôle, sa capacité à rédiger des notifications conformes et à gérer le dialogue avec les agents de la CNIL sont déterminantes. Demander des références de missions impliquant une interaction directe avec le régulateur est un réflexe pertinent.
Identifier un avocat spécialisé en protection des données, familier des procédures CNIL, permet de sécuriser le choix de votre DPO externe.
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L'externalisation du DPO ne dispense pas l'organisation d'un pilotage actif. Le directeur juridique joue ici un rôle central.
Le contrat doit préciser :
Le pilotage repose sur des indicateurs concrets :
Le DPO externe a besoin d'un interlocuteur identifié au sein de l'organisation pour accéder aux informations, mobiliser les équipes métiers et faire remonter les sujets sensibles. Ce rôle de « référent RGPD interne » revient souvent au directeur juridique ou à un juriste dédié. Sans ce relais, le DPO externe travaille en aveugle et la conformité reste théorique.
Plusieurs canaux permettent d'identifier un DPO externalisé qualifié.
Les cabinets d'avocats spécialisés en droit du numérique et protection des données. L'avocat-DPO présente l'avantage du secret professionnel, de la déontologie ordinale et d'une expertise juridique native. Il est particulièrement adapté aux organisations confrontées à des enjeux réglementaires complexes ou à des contentieux potentiels avec la CNIL.
Les cabinets de conseil en conformité RGPD. Ils proposent souvent des offres packagées incluant audit, registre, formation et DPO externalisé. Leur force réside dans la standardisation des process. Leur limite : une approche parfois plus technique que juridique.
Les plateformes spécialisées. Elles permettent de comparer des profils, de vérifier les certifications et de contractualiser rapidement. Elles conviennent aux structures qui recherchent de la flexibilité et de la transparence tarifaire.
Le registre CNIL. La CNIL ne publie pas de liste de DPO disponibles, mais son registre des organismes ayant désigné un DPO permet d'identifier des prestataires actifs dans un secteur donné, par recoupement.
Quel que soit le canal, le directeur juridique doit exiger : une lettre de mission détaillée, une attestation d'assurance RC Pro, des références vérifiables et, si possible, la certification CNIL/COFRAC.
Sélectionner un avocat spécialisé en protection des données garantit un niveau d'expertise juridique et déontologique adapté aux enjeux de conformité RGPD.
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Oui. L'article 37.7 du RGPD impose au responsable de traitement de communiquer les coordonnées du DPO à l'autorité de contrôle. Cette obligation s'applique que le DPO soit interne ou externe. La désignation se fait en ligne sur le site de la CNIL et prend effet immédiatement.
Oui, le RGPD le permet expressément (article 37.6). C'est d'ailleurs le modèle économique de la plupart des DPO externalisés. Le prestataire doit toutefois garantir l'absence de conflit d'intérêts entre ses différents clients, notamment lorsqu'ils opèrent dans le même secteur ou sont en relation commerciale.
Le DPO externalisé est formellement désigné auprès de la CNIL et assume les missions définies par les articles 38 et 39 du RGPD : conseil, contrôle, coopération avec l'autorité de contrôle. Le consultant RGPD réalise des missions ponctuelles (audit, mise en conformité) sans être désigné. Seul le DPO désigné engage la conformité réglementaire de l'organisme vis-à-vis du régulateur.
Non. La responsabilité de la conformité RGPD incombe au responsable de traitement, c'est-à-dire à l'organisme. Le DPO conseille et alerte, mais ne prend pas les décisions de traitement. En cas de manquement, c'est l'organisme qui fait l'objet de la sanction. La responsabilité contractuelle du DPO externe peut toutefois être engagée s'il a commis une faute dans l'exécution de sa mission.
Oui. L'organisme peut mettre fin à la mission du DPO externe selon les conditions prévues au contrat. Il doit alors désigner un nouveau DPO et mettre à jour la désignation auprès de la CNIL. Le contrat doit prévoir une clause de réversibilité garantissant la restitution de l'ensemble des documents produits (registre, AIPD, procédures internes).
Le guide du délégué à la protection des données - CNIL
Règlement européen : le Délégué à la protection des données, c'est obligatoire ? - CNIL
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