
Trouver des fonds pour un projet d'entreprise nécessite d'abord de définir sa structure juridique, puis d'identifier les sources de financement adaptées : fonds propres, emprunts bancaires, levée de fonds, aides publiques ou financement participatif. Chaque mécanisme implique des obligations légales spécifiques et des prérequis documentaires. La réussite repose sur une préparation rigoureuse du dossier financier, une compréhension des responsabilités du dirigeant et une anticipation des points de vigilance juridiques et fiscaux.
La recherche de fonds concerne toute entreprise confrontée à un besoin de trésorerie qu'elle ne peut couvrir par ses ressources immédiates. D'une part, les projets de création d'entreprise requièrent systématiquement un financement initial pour constituer le capital social, acquérir des actifs ou couvrir les premiers mois d'exploitation. D'autre part, les entreprises existantes recherchent des fonds pour financer leur développement, lancer un nouveau produit, recruter ou réaliser une acquisition.
Situations incluses : création de société, développement commercial, investissement matériel ou immatériel, recrutement, acquisition d'une entreprise, restructuration financière, besoin en fonds de roulement.
Situations exclues : financement personnel du dirigeant sans lien avec l'activité professionnelle, projets sans modèle économique identifié, entreprises en liquidation judiciaire sans plan de continuation.
En 2024, selon Bpifrance, 62 % des TPE-PME ont sollicité un financement externe au cours des trois dernières années, principalement pour des projets de croissance ou d'innovation. Toutefois, seules 38 % des demandes aboutissent à un financement complet, en raison d'une préparation insuffisante du dossier ou d'une inadéquation entre le projet et la source de financement choisie.
Lorsque le besoin de financement dépasse 50 000 €, il devient indispensable de structurer juridiquement la démarche, car les financeurs exigent des garanties, des prévisions financières et une formalisation contractuelle. En effet, tout financement externe engage la responsabilité du dirigeant et modifie la structure du passif de l'entreprise.
Le choix de la forme juridique détermine directement les mécanismes de financement accessibles et les obligations légales associées. D'un côté, une société par actions (SAS, SASU) permet d'ouvrir le capital à des investisseurs extérieurs et de lever des fonds en cédant des actions. De l'autre, une entreprise individuelle ou une EIRL limite les options de financement aux apports personnels et aux emprunts, car elle ne dispose pas de capital social cessible.
Tableau comparatif des structures juridiques et accès au financement :
| Forme juridique | Capital social | Levée de fonds possible | Responsabilité du dirigeant | Fiscalité applicable |
|---|---|---|---|---|
| SASU / SAS | Libre (1 € minimum) | Oui (cession d'actions) | Limitée aux apports | IS ou IR (option temporaire) |
| SARL / EURL | Libre (1 € minimum) | Limitée (cession de parts) | Limitée aux apports | IS ou IR (option temporaire) |
| Entreprise individuelle | Aucun | Non | Illimitée (sauf EIRL) | IR (BIC, BNC, BA) |
| SCI | Libre (1 € minimum) | Non (sauf holding) | Limitée aux apports | IR ou IS (option) |
En conséquence, avant toute recherche de financement, il convient d'analyser si la structure actuelle permet d'accéder aux sources de fonds envisagées. Par exemple, un entrepreneur individuel souhaitant lever 500 000 € auprès d'investisseurs devra d'abord transformer son entreprise en société, afin de pouvoir céder des parts du capital.
La responsabilité du dirigeant constitue également un enjeu majeur. Dans une société à responsabilité limitée, le dirigeant n'engage que le montant de ses apports, sauf en cas de faute de gestion avérée. En revanche, dans une entreprise individuelle classique, le patrimoine personnel du dirigeant peut être saisi pour couvrir les dettes professionnelles, ce qui dissuade les financeurs d'accorder des montants élevés.
Les sources de financement se répartissent en cinq catégories principales, chacune répondant à des besoins spécifiques et impliquant des obligations distinctes.
Les fonds propres correspondent aux sommes investies par le dirigeant ou les associés dans le capital social de l'entreprise. Ils constituent la base de tout financement, car les banques et investisseurs exigent généralement que le porteur de projet finance au minimum 20 à 30 % du besoin total sur ses ressources personnelles.
Les apports peuvent être réalisés en numéraire (somme d'argent), en nature (biens matériels ou immatériels) ou en industrie (compétences, savoir-faire). Toutefois, seuls les apports en numéraire et en nature sont comptabilisés dans le capital social et donnent droit à des parts ou actions.
Le crédit bancaire reste le mode de financement le plus répandu pour les PME et TPE. Il se décline en plusieurs formes : prêt amortissable classique, crédit-bail, affacturage, découvert autorisé. En 2024, le taux moyen d'un prêt professionnel se situe entre 3,5 % et 5,5 % selon la durée et le profil de l'entreprise.
Les banques exigent systématiquement un business plan détaillé, des prévisions financières sur trois ans et des garanties personnelles ou réelles (nantissement, hypothèque, caution personnelle). En outre, elles analysent la capacité de remboursement de l'entreprise en vérifiant que l'endettement ne dépasse pas 33 % du chiffre d'affaires prévisionnel.
La levée de fonds consiste à céder une partie du capital social à des investisseurs externes en contrepartie d'un apport financier. Elle concerne principalement les sociétés en forte croissance ou innovantes. Les investisseurs peuvent être des business angels, des fonds de capital-risque, des fonds d'amorçage ou des corporate ventures.
En 2024, le montant moyen d'une première levée de fonds en France s'élève à 1,2 million d'euros, selon France Invest. Toutefois, cette opération implique une dilution du capital du fondateur et l'entrée d'actionnaires exigeant un droit de regard sur la stratégie de l'entreprise.
Les aides publiques regroupent les subventions, avances remboursables, prêts à taux zéro et exonérations fiscales accordés par l'État, les régions ou des organismes spécialisés comme Bpifrance. Elles ciblent des projets spécifiques : innovation, export, recrutement, transition écologique, implantation en zone prioritaire.
Parmi les dispositifs les plus sollicités figurent le Prêt Création Entreprise (PCE), le Prêt Croissance TPE, le Crédit d'Impôt Recherche (CIR) et les subventions régionales à l'investissement. Ces aides ne diluent pas le capital et n'exigent généralement pas de garantie personnelle, mais leur obtention nécessite un dossier administratif rigoureux et des délais d'instruction de plusieurs mois.
Le crowdfunding permet de collecter des fonds auprès d'un grand nombre de contributeurs via des plateformes numériques. Il se décline en trois formes : don avec ou sans contrepartie, prêt participatif, investissement en capital (crowdequity).
En 2024, le crowdfunding a permis de lever 1,8 milliard d'euros en France, selon le baromètre Mazars-Financement Participatif France. Ce mode de financement convient particulièrement aux projets à fort potentiel de communication ou à dimension communautaire, mais il impose une transparence totale sur l'utilisation des fonds et une capacité à mobiliser une audience.
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Tout financeur exige un dossier de présentation complet permettant d'évaluer la viabilité du projet et la capacité de remboursement ou de retour sur investissement. Ce dossier doit être préparé en amont de toute démarche, car son absence ou son insuffisance entraîne un refus immédiat.
Le business plan constitue le document central de la demande de financement. Il doit comprendre : une présentation de l'entreprise et de son marché, une analyse concurrentielle, une description du modèle économique, une stratégie commerciale et marketing, un plan de développement sur trois ans et des prévisions financières détaillées (compte de résultat prévisionnel, plan de trésorerie, bilan prévisionnel).
Les prévisions financières doivent être réalistes et justifiées par des hypothèses explicites. En effet, un financeur vérifie systématiquement la cohérence entre le chiffre d'affaires prévisionnel, les charges opérationnelles et les besoins en trésorerie. Tout écart injustifié ou optimisme excessif discrédite le dossier.
Les financeurs exigent la production de plusieurs documents officiels : extrait Kbis de moins de trois mois, statuts à jour de la société, procès-verbaux des décisions d'augmentation de capital ou d'emprunt, justificatifs d'identité et de domicile du dirigeant, attestations fiscales et sociales (URSSAF, impôts).
Pour une levée de fonds, il faut également fournir un pacte d'associés encadrant les droits et obligations des investisseurs, ainsi qu'une valorisation de l'entreprise justifiée par une méthode reconnue (DCF, multiples de marché, actif net réévalué).
Les banques et certains investisseurs demandent des garanties personnelles ou réelles pour sécuriser leur financement. Les garanties personnelles incluent la caution solidaire du dirigeant, l'aval ou la garantie autonome. Les garanties réelles comprennent le nantissement du fonds de commerce, l'hypothèque sur un bien immobilier ou le gage sur des équipements.
Toutefois, la loi Macron de 2015 limite la caution personnelle du dirigeant à un montant proportionné au prêt accordé, afin d'éviter les engagements disproportionnés. En outre, la banque doit informer annuellement le dirigeant du montant de sa caution restant due.
Le processus de recherche de financement suit une séquence logique en six étapes, dont le respect conditionne la réussite de la démarche.
Avant toute démarche, il convient de chiffrer le besoin exact en distinguant les investissements initiaux, le besoin en fonds de roulement et les frais annexes (honoraires, frais de dossier, garanties). Cette évaluation doit reposer sur des devis ou des estimations réalistes, et non sur des approximations.
Chaque source de financement répond à des critères spécifiques. Un prêt bancaire convient pour un investissement matériel avec un retour sur investissement prévisible. Une levée de fonds s'adresse aux projets à forte croissance nécessitant un accompagnement stratégique. Une aide publique cible des projets répondant à des priorités sectorielles ou territoriales.
Le dossier doit être exhaustif et cohérent. Il comprend le business plan, les prévisions financières, les documents juridiques, les justificatifs de garanties et une lettre de motivation expliquant la stratégie de financement. Chaque élément doit être daté, signé et accompagné de pièces justificatives.
Il est recommandé de solliciter plusieurs financeurs simultanément afin de comparer les offres et de disposer d'une position de négociation. Les points à négocier incluent le taux d'intérêt, la durée de remboursement, le différé d'amortissement, les clauses de remboursement anticipé, les garanties exigées et les clauses de sortie pour les investisseurs.
Une fois l'accord obtenu, il doit être formalisé par un contrat écrit : contrat de prêt, pacte d'associés, convention de subvention. Ce contrat précise les obligations de chaque partie, les modalités de versement des fonds, les conditions de remboursement et les sanctions en cas de manquement.
Tout financement externe impose un suivi régulier de l'utilisation des fonds et de la performance de l'entreprise. Les banques exigent généralement la transmission annuelle des comptes, tandis que les investisseurs demandent un reporting trimestriel sur les indicateurs clés (chiffre d'affaires, trésorerie, effectifs).
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Toute opération de financement engage la responsabilité du dirigeant et doit respecter des obligations légales strictes, sous peine de sanctions civiles, fiscales ou pénales.
Certaines opérations nécessitent une autorisation des associés : augmentation de capital, émission d'obligations, emprunt supérieur à un certain montant fixé par les statuts. Ces décisions doivent faire l'objet d'une assemblée générale extraordinaire (AGE) et d'un procès-verbal enregistré au greffe du tribunal de commerce.
En outre, toute modification du capital social doit être déclarée au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) dans le mois suivant la décision, sous peine d'une amende de 1 500 € pour les personnes morales.
Les fonds reçus doivent être comptabilisés correctement selon leur nature : augmentation de capital, emprunt, subvention. Les subventions d'investissement sont étalées sur la durée d'amortissement du bien financé, tandis que les subventions d'exploitation sont comptabilisées immédiatement en produit.
Les intérêts d'emprunt sont déductibles du résultat imposable, à condition que l'emprunt soit contracté dans l'intérêt de l'entreprise et que le taux d'intérêt ne soit pas excessif. En cas de contrôle fiscal, l'administration peut remettre en cause la déductibilité si le prêt est jugé anormal ou si le taux dépasse les taux de marché.
Le dirigeant engage sa responsabilité civile et pénale s'il contracte un emprunt sans autorisation des associés, s'il détourne les fonds de leur objet initial ou s'il dissimule des informations aux financeurs. En cas de procédure collective, le tribunal peut prononcer une action en comblement de passif si le dirigeant a aggravé la situation de l'entreprise par des fautes de gestion.
Par ailleurs, le délit d'abus de biens sociaux est constitué lorsque le dirigeant utilise les fonds de l'entreprise à des fins personnelles ou contraires à l'intérêt social. Ce délit est puni de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
Plusieurs erreurs récurrentes compromettent la sécurité juridique du financement :
Avant de solliciter un financement, vérifiez que vous disposez des éléments suivants :
Documents juridiques obligatoires :
Dossier financier complet :
Garanties et sûretés :
Contrats et conventions :
Suivi et reporting :
Chaque document doit être daté, signé et conservé pendant au moins 10 ans, conformément aux obligations comptables et fiscales.
Quel est le montant minimum pour solliciter un financement bancaire ?
Les banques acceptent généralement de financer des projets à partir de 10 000 €, mais les conditions sont plus favorables au-delà de 50 000 €. En dessous, les micro-crédits ou prêts d'honneur sont plus adaptés.
Combien de temps faut-il pour obtenir un financement ?
Un prêt bancaire nécessite entre 4 et 8 semaines d'instruction. Une levée de fonds peut prendre 6 à 12 mois entre les premiers contacts et le versement des fonds. Les aides publiques imposent des délais de 3 à 6 mois.
Peut-on cumuler plusieurs sources de financement ?
Oui, il est courant de combiner fonds propres, emprunt bancaire et aides publiques. Toutefois, chaque financeur doit être informé des autres sources pour éviter un surendettement ou une dilution excessive du capital.
Quels risques en cas de non-remboursement d'un emprunt ?
Le non-remboursement entraîne la mise en jeu des garanties (saisie des biens nantis, appel de la caution personnelle). En cas de procédure collective, le dirigeant peut être condamné à combler le passif si une faute de gestion est établie.
Faut-il un avocat pour structurer un financement ?
Oui, dès que le montant dépasse 100 000 € ou qu'il s'agit d'une levée de fonds. L'avocat sécurise les clauses contractuelles, négocie les garanties et protège les intérêts du dirigeant face aux financeurs.


