Comment se passe un contrôle fiscal en entreprise ? Guide complet pour entreprise

Guides & Ressources pratiques
15 Feb 2026
-
10
min
Points clés de l'article
  1. Un contrôle fiscal peut prendre la forme d'un contrôle sur pièces (à distance) ou d'une vérification de comptabilité (sur site), avec des règles de procédure strictes encadrant chaque étape.
  2. L'administration fiscale doit envoyer un avis de vérification au moins 2 jours ouvrés avant le début du contrôle, mentionnant les exercices et impôts visés.
  3. Le DAF doit anticiper la constitution d'un dossier complet : FEC, factures, contrats, relevés bancaires, PV d'assemblées et documentation de prix de transfert.
  4. Le délai de reprise standard est de 3 ans, mais il peut être étendu à 6 ou 10 ans dans certains cas (activités occultes, comptes étrangers non déclarés).
  5. Les sanctions vont de 10 % pour défaut de déclaration à 80 % de majoration en cas de manœuvres frauduleuses, auxquelles s'ajoutent des intérêts de retard de 0,2 % par mois.

Sommaire

Qu'est-ce qu'un contrôle fiscal en France ?

Les différentes formes de contrôle fiscal entreprise

Comment se passe un contrôle fiscal concrètement ?

Quels justificatifs préparer face au fisc ?

Contrôle fiscal entreprise : la période de 3 ans

Risques de redressement fiscal en entreprise

Les 5 conseils du DAF à retenir

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un contrôle fiscal en France ?

Comment se passe un contrôle fiscal en entreprise ? C'est la question que se pose tout directeur financier lorsqu'il reçoit un avis de vérification. Avant de détailler la procédure, il faut comprendre ce que recouvre exactement cette notion.

Un contrôle fiscal désigne l'ensemble des opérations par lesquelles l'administration fiscale vérifie l'exactitude et la sincérité des déclarations déposées par une entreprise. L'objectif est double : s'assurer que les bases d'imposition déclarées correspondent à la réalité économique de l'activité, et le cas échéant, rectifier les erreurs ou omissions constatées.

En France, ce pouvoir de contrôle est exercé par la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Selon les chiffres publiés par la DGFiP, plus de 45 000 contrôles fiscaux externes ont été réalisés en 2023 auprès des entreprises et des particuliers, pour un montant total de droits et pénalités rappelés supérieur à 15 milliards d'euros. Les entreprises représentent une part significative de ces opérations, en particulier celles réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 1,5 million d'euros.

Le cadre juridique du contrôle fiscal est fixé par le Livre des procédures fiscales (LPF). Ce texte définit les droits de l'administration (droit de communication, droit de vérification, droit de reprise) et les garanties du contribuable (assistance d'un conseil, débat oral et contradictoire, recours hiérarchique). Chaque étape de la procédure obéit à des règles précises dont le non-respect peut entraîner la nullité du contrôle.

Pour un DAF, la connaissance de ce cadre n'est pas théorique. Elle conditionne la capacité à répondre efficacement aux demandes du vérificateur, à identifier d'éventuels vices de procédure et à limiter le risque financier pour l'entreprise.

Les différentes formes de contrôle fiscal entreprise

L'administration fiscale dispose de plusieurs modalités de contrôle, dont l'intensité et le périmètre varient. Distinguer ces formes permet au DAF d'évaluer le niveau de mobilisation interne nécessaire.

Le contrôle sur pièces

Le contrôle sur pièces est la forme la plus courante. Le vérificateur examine les déclarations depuis les locaux de l'administration, sans se déplacer dans l'entreprise. Il compare les données déclarées avec les informations dont il dispose (déclarations de tiers, données bancaires, recoupements inter-entreprises). Ce contrôle peut déboucher sur une simple demande de renseignements ou sur une proposition de rectification.

La vérification de comptabilité

La vérification de comptabilité est un contrôle approfondi, réalisé sur place dans les locaux de l'entreprise. Le vérificateur examine l'ensemble de la comptabilité, confronte les écritures aux pièces justificatives et peut reconstituer le chiffre d'affaires si les documents présentés sont jugés insuffisants. Cette procédure est encadrée par l'article L. 13 du LPF. Elle ne peut excéder 3 mois pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est inférieur à 1,526 million d'euros (ventes) ou 460 000 euros (prestations de services).

L'examen de comptabilité à distance

Depuis 2017, l'administration peut réaliser un examen de comptabilité sans se déplacer, en demandant à l'entreprise de transmettre son fichier des écritures comptables (FEC) sous format dématérialisé. Le vérificateur analyse le fichier depuis ses bureaux. L'entreprise dispose de 15 jours pour transmettre le FEC après réception de l'avis. Cette procédure, prévue à l'article L. 13 G du LPF, est de plus en plus utilisée par l'administration.

Forme de contrôle Lieu Durée maximale Documents clés
Contrôle sur pièces Bureaux de l'administration Pas de limite fixe Déclarations, annexes
Vérification de comptabilité Locaux de l'entreprise 3 mois (PME) à durée non plafonnée (grandes entreprises) Comptabilité complète, FEC, pièces justificatives
Examen de comptabilité À distance 6 mois FEC

Comment se passe un contrôle fiscal concrètement ?

Le déroulement d'un contrôle fiscal suit une chronologie précise, dont chaque étape est encadrée par le Livre des procédures fiscales. Voici les phases successives que le DAF doit connaître.

Phase 1 : l'avis de vérification

L'administration envoie un avis de vérification par lettre recommandée avec accusé de réception. Cet avis doit parvenir à l'entreprise au moins 2 jours ouvrés avant la première intervention du vérificateur. Il mentionne les impôts concernés, les exercices vérifiés et la possibilité de se faire assister par un conseil de son choix (avocat fiscaliste, expert-comptable).

L'absence d'avis ou un délai insuffisant constitue une irrégularité substantielle susceptible d'entraîner la nullité de la procédure.

Phase 2 : le contrôle proprement dit

Le vérificateur se présente dans les locaux de l'entreprise à la date convenue. Il demande l'accès à la comptabilité, aux pièces justificatives et au FEC. Le contrôle repose sur un débat oral et contradictoire : le vérificateur doit échanger avec le dirigeant ou son représentant (souvent le DAF) sur les points qu'il examine. Ce dialogue est une garantie fondamentale. Si le vérificateur se contente d'emporter les documents sans échange, la procédure peut être contestée.

En pratique, le vérificateur procède par sondages : il sélectionne des opérations, des comptes ou des périodes spécifiques. Il peut demander des explications sur des écarts entre les déclarations et la comptabilité, sur des charges inhabituelles ou sur des flux intra-groupe.

Phase 3 : la proposition de rectification

À l'issue du contrôle, si le vérificateur constate des anomalies, il adresse une proposition de rectification (formulaire n° 3924). Ce document détaille les chefs de redressement, les montants en droits et pénalités, ainsi que les motifs juridiques et factuels de chaque rectification.

L'entreprise dispose d'un délai de 30 jours pour répondre (extensible à 60 jours sur demande). Cette réponse est déterminante : elle permet de contester les rectifications, d'apporter des justificatifs complémentaires ou de négocier les pénalités.

Phase 4 : la décision de l'administration

Après examen de la réponse, l'administration peut maintenir, réduire ou abandonner les rectifications. En cas de désaccord persistant, l'entreprise peut saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ou le supérieur hiérarchique du vérificateur. Ces recours sont gratuits et suspensifs de la mise en recouvrement.

Un contrôle fiscal mobilise des compétences juridiques et comptables simultanément. Anticiper cette étape avec un conseil spécialisé réduit le risque de rectification.
Trouver un avocat fiscaliste sur Swim Legal

Quels justificatifs préparer face au fisc ?

La qualité du dossier préparé en amont conditionne directement l'issue du contrôle. Le DAF doit constituer un ensemble documentaire complet, organisé et accessible.

Les documents comptables obligatoires

  • Fichier des écritures comptables (FEC) : fichier normé (article A. 47 A-1 du LPF) contenant l'intégralité des écritures comptables. Son absence ou sa non-conformité expose l'entreprise à une amende de 5 000 euros et à un rejet de comptabilité.
  • Grand livre et balance générale pour chaque exercice vérifié.
  • Journaux comptables : achats, ventes, banque, opérations diverses.
  • Inventaires et états de rapprochement bancaire.

Les pièces justificatives

  • Factures d'achat et de vente : chaque écriture comptable doit être appuyée par une pièce justificative. Les factures doivent respecter les mentions obligatoires de l'article 242 nonies A du CGI.
  • Contrats : baux, contrats de prestation, conventions intra-groupe, accords de licence.
  • Relevés bancaires de l'ensemble des comptes professionnels.
  • PV d'assemblées générales : approbation des comptes, affectation du résultat, conventions réglementées.

Les documents spécifiques selon la taille

Taille de l'entreprise Documents supplémentaires
CA > 400 M€ ou effectif > 2 000 Documentation de prix de transfert (article L. 13 AA du LPF)
Groupe fiscal intégré Conventions d'intégration, états de suivi des déficits
Entreprise avec activité internationale Justificatifs de retenues à la source, conventions fiscales applicables

Le DAF a intérêt à constituer ce dossier de manière permanente, et non en réaction à un avis de vérification. Un classement chronologique et thématique facilite les échanges avec le vérificateur et démontre la bonne foi de l'entreprise.

Structurer sa documentation fiscale en amont d'un contrôle est un levier de sécurisation souvent sous-estimé. Un avocat fiscaliste peut auditer la conformité de vos dossiers.
Consulter un avocat en fiscalité sur Swim Legal

Contrôle fiscal entreprise : la période de 3 ans

Le délai de reprise désigne la période pendant laquelle l'administration peut rectifier les déclarations d'une entreprise. Ce délai détermine les exercices susceptibles d'être vérifiés.

Le principe : 3 exercices

En matière d'impôt sur les sociétés, de TVA et de cotisation foncière des entreprises, le droit de reprise s'exerce jusqu'à la fin de la 3e année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due (article L. 169 du LPF). Concrètement, en 2025, l'administration peut vérifier les exercices clos en 2022, 2023 et 2024.

Les exceptions : 6 et 10 ans

Le délai est porté à 6 ans lorsque l'administration découvre une activité occulte (non déclarée) ou en cas de flagrance fiscale. Il atteint 10 ans dans les situations suivantes :

  • Comptes bancaires détenus à l'étranger non déclarés
  • Contrats d'assurance-vie souscrits auprès d'organismes établis hors de France et non déclarés
  • Entités détenues dans des États ou territoires non coopératifs
Situation Délai de reprise Base légale
Droit commun 3 ans Art. L. 169 LPF
Activité occulte 6 ans Art. L. 169 al. 2 LPF
Comptes étrangers non déclarés 10 ans Art. L. 169 al. 4 LPF

Pour le DAF, cette distinction a une conséquence pratique directe : les obligations de conservation des documents comptables et justificatifs doivent couvrir au minimum la période de reprise applicable à l'entreprise. L'article L. 102 B du LPF impose une conservation de 6 ans pour les documents comptables, ce qui couvre le délai de droit commun et le délai étendu à 6 ans.

Risques de redressement fiscal en entreprise

Un redressement fiscal (officiellement « rectification ») se traduit par un rappel de droits (impôts supplémentaires) assorti de pénalités. Le DAF doit évaluer ces risques pour dimensionner les provisions et arbitrer les stratégies de réponse.

Les rappels de droits

Le montant des droits rappelés correspond à la différence entre l'impôt dû selon l'administration et l'impôt effectivement déclaré. En matière de TVA, un rappel peut résulter d'une déduction indue, d'un taux erroné ou d'une facturation non conforme. En matière d'IS, les redressements portent fréquemment sur la déductibilité des charges, les provisions injustifiées ou les prix de transfert.

Les pénalités et intérêts de retard

Les intérêts de retard s'élèvent à 0,2 % par mois de retard (soit 2,4 % par an), calculés à compter de la date d'exigibilité de l'impôt jusqu'à la mise en recouvrement. À ces intérêts s'ajoutent des majorations dont le taux varie selon la gravité du manquement :

  • 10 % : défaut ou retard de déclaration sans mise en demeure préalable
  • 40 % : manquement délibéré (l'administration doit prouver l'intention)
  • 80 % : manœuvres frauduleuses ou abus de droit

Les conséquences opérationnelles

Au-delà du coût financier direct, un redressement peut entraîner :

  • Une remise en cause de crédits de TVA déjà remboursés, avec obligation de restitution
  • Un impact sur la trésorerie si les montants rappelés sont mis en recouvrement avant le jugement d'un éventuel contentieux
  • Un risque de solidarité fiscale pour les dirigeants en cas de manœuvres frauduleuses (article L. 267 du LPF)
  • Des conséquences sur les relations bancaires et la notation financière de l'entreprise

Face à un risque de redressement, la réponse à la proposition de rectification est un moment décisif. Un avocat fiscaliste peut structurer l'argumentation et négocier les pénalités.
Être accompagné par un avocat fiscaliste sur Swim Legal

Les 5 conseils du DAF à retenir

Voici les 5 actions concrètes qu'un directeur financier peut mettre en œuvre pour sécuriser l'entreprise face à un contrôle fiscal.

1. Maintenir un FEC conforme en permanence

Le fichier des écritures comptables est le premier document demandé par le vérificateur. Testez sa conformité technique chaque année à l'aide des outils mis à disposition par la DGFiP (Test Compta Demat). Un FEC non conforme déclenche immédiatement une présomption défavorable.

2. Archiver les justificatifs de manière systématique

Chaque écriture comptable doit être rattachée à une pièce justificative identifiable. Mettez en place un système d'archivage numérique avec horodatage et indexation par compte, par date et par nature d'opération. La dématérialisation des factures, obligatoire progressivement à partir de 2026, impose d'anticiper cette organisation.

3. Documenter les choix fiscaux

Toute option fiscale (régime d'intégration, choix de TVA sur les débits ou les encaissements, amortissements dérogatoires) doit être documentée par une note interne expliquant le fondement juridique et le calcul retenu. Cette traçabilité démontre la bonne foi en cas de divergence d'interprétation avec le vérificateur.

4. Anticiper les points de contrôle récurrents

Certains postes concentrent les vérifications : charges exceptionnelles, provisions pour risques, abandons de créances intra-groupe, avantages en nature, frais de déplacement. Réalisez un audit interne annuel sur ces postes pour identifier et corriger les anomalies avant tout contrôle.

5. Mobiliser un conseil dès la réception de l'avis

L'avis de vérification ouvre un délai court. Contactez un avocat fiscaliste dès sa réception pour préparer la première réunion avec le vérificateur, identifier les zones de risque et définir la stratégie de réponse. L'intervention précoce d'un conseil réduit significativement le montant moyen des rectifications maintenues.

FAQ

Combien de temps dure un contrôle fiscal en entreprise ?

La durée dépend de la forme du contrôle. Un examen de comptabilité à distance est limité à 6 mois. Une vérification de comptabilité sur place est plafonnée à 3 mois pour les PME dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 1,526 million d'euros (ventes) ou 460 000 euros (services). Pour les entreprises plus grandes, aucune durée maximale n'est fixée par la loi, mais le contrôle dure rarement plus de 12 mois.

L'entreprise peut-elle refuser un contrôle fiscal ?

Non. L'opposition à contrôle fiscal est une infraction prévue par l'article L. 74 du LPF. Elle autorise l'administration à procéder à une évaluation d'office des bases d'imposition, sans débat contradictoire. Les pénalités associées atteignent 100 % des droits rappelés. Le DAF doit donc coopérer tout en veillant au respect des garanties procédurales.

Quelle est la différence entre un contrôle sur pièces et une vérification de comptabilité ?

Le contrôle sur pièces est réalisé à distance, depuis les bureaux de l'administration, sur la base des déclarations et des informations disponibles. La vérification de comptabilité implique un déplacement du vérificateur dans les locaux de l'entreprise et un examen approfondi de la comptabilité. La seconde est plus intrusive et génère un risque de redressement plus élevé.

Peut-on contester un redressement fiscal ?

Oui. L'entreprise dispose de 30 jours (extensibles à 60) pour répondre à la proposition de rectification. En cas de désaccord maintenu, elle peut saisir la commission départementale compétente, puis introduire une réclamation contentieuse auprès de l'administration. Si celle-ci est rejetée, un recours devant le tribunal administratif (IS, TVA) ou le tribunal judiciaire (droits d'enregistrement) est possible.

Le contrôle fiscal est-il systématiquement suivi d'un redressement ?

Non. Un contrôle peut se conclure par un avis d'absence de rectification si le vérificateur ne relève aucune anomalie. Selon les données de la DGFiP, une part des vérifications de comptabilité ne débouche sur aucun rappel de droits. La qualité de la documentation et la coopération du contribuable influencent directement ce résultat.

Pour aller plus loin

Article L47 du Livre des procédures fiscales - Légifrance

L’examen de comptabilité, la procédure de contrôle fiscal à distance - Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique

Rapport d’activité 2024 de la DGFiP - Direction générale des Finances publiques (DGFiP) / economie.gouv.fr

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d’avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l’Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d’accéder rapidement via la plateforme à des avocats d’affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu’il s’agisse d’un dossier, d’une consultation ou d’un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d’avocats pour répondre rapidement à leur demande.

Télécharger la ressource
Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires