
Qu'est-ce qu'un contrôle fiscal en France ?
Les différentes formes de contrôle fiscal entreprise
Comment se passe un contrôle fiscal concrètement ?
Quels justificatifs préparer face au fisc ?
Contrôle fiscal entreprise : la période de 3 ans
Risques de redressement fiscal en entreprise
Les 5 conseils du DAF à retenir
Comment se passe un contrôle fiscal en entreprise ? C'est la question que se pose tout directeur financier lorsqu'il reçoit un avis de vérification. Avant de détailler la procédure, il faut comprendre ce que recouvre exactement cette notion.
Un contrôle fiscal désigne l'ensemble des opérations par lesquelles l'administration fiscale vérifie l'exactitude et la sincérité des déclarations déposées par une entreprise. L'objectif est double : s'assurer que les bases d'imposition déclarées correspondent à la réalité économique de l'activité, et le cas échéant, rectifier les erreurs ou omissions constatées.
En France, ce pouvoir de contrôle est exercé par la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Selon les chiffres publiés par la DGFiP, plus de 45 000 contrôles fiscaux externes ont été réalisés en 2023 auprès des entreprises et des particuliers, pour un montant total de droits et pénalités rappelés supérieur à 15 milliards d'euros. Les entreprises représentent une part significative de ces opérations, en particulier celles réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 1,5 million d'euros.
Le cadre juridique du contrôle fiscal est fixé par le Livre des procédures fiscales (LPF). Ce texte définit les droits de l'administration (droit de communication, droit de vérification, droit de reprise) et les garanties du contribuable (assistance d'un conseil, débat oral et contradictoire, recours hiérarchique). Chaque étape de la procédure obéit à des règles précises dont le non-respect peut entraîner la nullité du contrôle.
Pour un DAF, la connaissance de ce cadre n'est pas théorique. Elle conditionne la capacité à répondre efficacement aux demandes du vérificateur, à identifier d'éventuels vices de procédure et à limiter le risque financier pour l'entreprise.
L'administration fiscale dispose de plusieurs modalités de contrôle, dont l'intensité et le périmètre varient. Distinguer ces formes permet au DAF d'évaluer le niveau de mobilisation interne nécessaire.
Le contrôle sur pièces est la forme la plus courante. Le vérificateur examine les déclarations depuis les locaux de l'administration, sans se déplacer dans l'entreprise. Il compare les données déclarées avec les informations dont il dispose (déclarations de tiers, données bancaires, recoupements inter-entreprises). Ce contrôle peut déboucher sur une simple demande de renseignements ou sur une proposition de rectification.
La vérification de comptabilité est un contrôle approfondi, réalisé sur place dans les locaux de l'entreprise. Le vérificateur examine l'ensemble de la comptabilité, confronte les écritures aux pièces justificatives et peut reconstituer le chiffre d'affaires si les documents présentés sont jugés insuffisants. Cette procédure est encadrée par l'article L. 13 du LPF. Elle ne peut excéder 3 mois pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est inférieur à 1,526 million d'euros (ventes) ou 460 000 euros (prestations de services).
Depuis 2017, l'administration peut réaliser un examen de comptabilité sans se déplacer, en demandant à l'entreprise de transmettre son fichier des écritures comptables (FEC) sous format dématérialisé. Le vérificateur analyse le fichier depuis ses bureaux. L'entreprise dispose de 15 jours pour transmettre le FEC après réception de l'avis. Cette procédure, prévue à l'article L. 13 G du LPF, est de plus en plus utilisée par l'administration.
| Forme de contrôle | Lieu | Durée maximale | Documents clés |
|---|---|---|---|
| Contrôle sur pièces | Bureaux de l'administration | Pas de limite fixe | Déclarations, annexes |
| Vérification de comptabilité | Locaux de l'entreprise | 3 mois (PME) à durée non plafonnée (grandes entreprises) | Comptabilité complète, FEC, pièces justificatives |
| Examen de comptabilité | À distance | 6 mois | FEC |
Le déroulement d'un contrôle fiscal suit une chronologie précise, dont chaque étape est encadrée par le Livre des procédures fiscales. Voici les phases successives que le DAF doit connaître.
L'administration envoie un avis de vérification par lettre recommandée avec accusé de réception. Cet avis doit parvenir à l'entreprise au moins 2 jours ouvrés avant la première intervention du vérificateur. Il mentionne les impôts concernés, les exercices vérifiés et la possibilité de se faire assister par un conseil de son choix (avocat fiscaliste, expert-comptable).
L'absence d'avis ou un délai insuffisant constitue une irrégularité substantielle susceptible d'entraîner la nullité de la procédure.
Le vérificateur se présente dans les locaux de l'entreprise à la date convenue. Il demande l'accès à la comptabilité, aux pièces justificatives et au FEC. Le contrôle repose sur un débat oral et contradictoire : le vérificateur doit échanger avec le dirigeant ou son représentant (souvent le DAF) sur les points qu'il examine. Ce dialogue est une garantie fondamentale. Si le vérificateur se contente d'emporter les documents sans échange, la procédure peut être contestée.
En pratique, le vérificateur procède par sondages : il sélectionne des opérations, des comptes ou des périodes spécifiques. Il peut demander des explications sur des écarts entre les déclarations et la comptabilité, sur des charges inhabituelles ou sur des flux intra-groupe.
À l'issue du contrôle, si le vérificateur constate des anomalies, il adresse une proposition de rectification (formulaire n° 3924). Ce document détaille les chefs de redressement, les montants en droits et pénalités, ainsi que les motifs juridiques et factuels de chaque rectification.
L'entreprise dispose d'un délai de 30 jours pour répondre (extensible à 60 jours sur demande). Cette réponse est déterminante : elle permet de contester les rectifications, d'apporter des justificatifs complémentaires ou de négocier les pénalités.
Après examen de la réponse, l'administration peut maintenir, réduire ou abandonner les rectifications. En cas de désaccord persistant, l'entreprise peut saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ou le supérieur hiérarchique du vérificateur. Ces recours sont gratuits et suspensifs de la mise en recouvrement.
Un contrôle fiscal mobilise des compétences juridiques et comptables simultanément. Anticiper cette étape avec un conseil spécialisé réduit le risque de rectification.
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La qualité du dossier préparé en amont conditionne directement l'issue du contrôle. Le DAF doit constituer un ensemble documentaire complet, organisé et accessible.
| Taille de l'entreprise | Documents supplémentaires |
|---|---|
| CA > 400 M€ ou effectif > 2 000 | Documentation de prix de transfert (article L. 13 AA du LPF) |
| Groupe fiscal intégré | Conventions d'intégration, états de suivi des déficits |
| Entreprise avec activité internationale | Justificatifs de retenues à la source, conventions fiscales applicables |
Le DAF a intérêt à constituer ce dossier de manière permanente, et non en réaction à un avis de vérification. Un classement chronologique et thématique facilite les échanges avec le vérificateur et démontre la bonne foi de l'entreprise.
Structurer sa documentation fiscale en amont d'un contrôle est un levier de sécurisation souvent sous-estimé. Un avocat fiscaliste peut auditer la conformité de vos dossiers.
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Le délai de reprise désigne la période pendant laquelle l'administration peut rectifier les déclarations d'une entreprise. Ce délai détermine les exercices susceptibles d'être vérifiés.
En matière d'impôt sur les sociétés, de TVA et de cotisation foncière des entreprises, le droit de reprise s'exerce jusqu'à la fin de la 3e année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due (article L. 169 du LPF). Concrètement, en 2025, l'administration peut vérifier les exercices clos en 2022, 2023 et 2024.
Le délai est porté à 6 ans lorsque l'administration découvre une activité occulte (non déclarée) ou en cas de flagrance fiscale. Il atteint 10 ans dans les situations suivantes :
| Situation | Délai de reprise | Base légale |
|---|---|---|
| Droit commun | 3 ans | Art. L. 169 LPF |
| Activité occulte | 6 ans | Art. L. 169 al. 2 LPF |
| Comptes étrangers non déclarés | 10 ans | Art. L. 169 al. 4 LPF |
Pour le DAF, cette distinction a une conséquence pratique directe : les obligations de conservation des documents comptables et justificatifs doivent couvrir au minimum la période de reprise applicable à l'entreprise. L'article L. 102 B du LPF impose une conservation de 6 ans pour les documents comptables, ce qui couvre le délai de droit commun et le délai étendu à 6 ans.
Un redressement fiscal (officiellement « rectification ») se traduit par un rappel de droits (impôts supplémentaires) assorti de pénalités. Le DAF doit évaluer ces risques pour dimensionner les provisions et arbitrer les stratégies de réponse.
Le montant des droits rappelés correspond à la différence entre l'impôt dû selon l'administration et l'impôt effectivement déclaré. En matière de TVA, un rappel peut résulter d'une déduction indue, d'un taux erroné ou d'une facturation non conforme. En matière d'IS, les redressements portent fréquemment sur la déductibilité des charges, les provisions injustifiées ou les prix de transfert.
Les intérêts de retard s'élèvent à 0,2 % par mois de retard (soit 2,4 % par an), calculés à compter de la date d'exigibilité de l'impôt jusqu'à la mise en recouvrement. À ces intérêts s'ajoutent des majorations dont le taux varie selon la gravité du manquement :
Au-delà du coût financier direct, un redressement peut entraîner :
Face à un risque de redressement, la réponse à la proposition de rectification est un moment décisif. Un avocat fiscaliste peut structurer l'argumentation et négocier les pénalités.
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Voici les 5 actions concrètes qu'un directeur financier peut mettre en œuvre pour sécuriser l'entreprise face à un contrôle fiscal.
Le fichier des écritures comptables est le premier document demandé par le vérificateur. Testez sa conformité technique chaque année à l'aide des outils mis à disposition par la DGFiP (Test Compta Demat). Un FEC non conforme déclenche immédiatement une présomption défavorable.
Chaque écriture comptable doit être rattachée à une pièce justificative identifiable. Mettez en place un système d'archivage numérique avec horodatage et indexation par compte, par date et par nature d'opération. La dématérialisation des factures, obligatoire progressivement à partir de 2026, impose d'anticiper cette organisation.
Toute option fiscale (régime d'intégration, choix de TVA sur les débits ou les encaissements, amortissements dérogatoires) doit être documentée par une note interne expliquant le fondement juridique et le calcul retenu. Cette traçabilité démontre la bonne foi en cas de divergence d'interprétation avec le vérificateur.
Certains postes concentrent les vérifications : charges exceptionnelles, provisions pour risques, abandons de créances intra-groupe, avantages en nature, frais de déplacement. Réalisez un audit interne annuel sur ces postes pour identifier et corriger les anomalies avant tout contrôle.
L'avis de vérification ouvre un délai court. Contactez un avocat fiscaliste dès sa réception pour préparer la première réunion avec le vérificateur, identifier les zones de risque et définir la stratégie de réponse. L'intervention précoce d'un conseil réduit significativement le montant moyen des rectifications maintenues.
La durée dépend de la forme du contrôle. Un examen de comptabilité à distance est limité à 6 mois. Une vérification de comptabilité sur place est plafonnée à 3 mois pour les PME dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 1,526 million d'euros (ventes) ou 460 000 euros (services). Pour les entreprises plus grandes, aucune durée maximale n'est fixée par la loi, mais le contrôle dure rarement plus de 12 mois.
Non. L'opposition à contrôle fiscal est une infraction prévue par l'article L. 74 du LPF. Elle autorise l'administration à procéder à une évaluation d'office des bases d'imposition, sans débat contradictoire. Les pénalités associées atteignent 100 % des droits rappelés. Le DAF doit donc coopérer tout en veillant au respect des garanties procédurales.
Le contrôle sur pièces est réalisé à distance, depuis les bureaux de l'administration, sur la base des déclarations et des informations disponibles. La vérification de comptabilité implique un déplacement du vérificateur dans les locaux de l'entreprise et un examen approfondi de la comptabilité. La seconde est plus intrusive et génère un risque de redressement plus élevé.
Oui. L'entreprise dispose de 30 jours (extensibles à 60) pour répondre à la proposition de rectification. En cas de désaccord maintenu, elle peut saisir la commission départementale compétente, puis introduire une réclamation contentieuse auprès de l'administration. Si celle-ci est rejetée, un recours devant le tribunal administratif (IS, TVA) ou le tribunal judiciaire (droits d'enregistrement) est possible.
Non. Un contrôle peut se conclure par un avis d'absence de rectification si le vérificateur ne relève aucune anomalie. Selon les données de la DGFiP, une part des vérifications de comptabilité ne débouche sur aucun rappel de droits. La qualité de la documentation et la coopération du contribuable influencent directement ce résultat.
Article L47 du Livre des procédures fiscales - Légifrance
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