
Jullian Hoareau

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Ce que verrouille réellement une clause d'agrément
SARL, SAS, SCI : trois régimes d'agrément distincts
Dérouler la procédure d'agrément sans vice de forme
Refus d'agrément : obligation de rachat et délais
Rédiger la clause dans les statuts ou le pacte
Erreurs fréquentes qui rendent la clause inopposable
Une clause d'agrément est une disposition qui subordonne la cession de parts ou d'actions à l'autorisation préalable des associés. Elle ne bloque pas la vente : elle contrôle l'identité de l'acheteur. Le dirigeant garde la main sur la composition de son capital, lorsqu'un concurrent, un fonds ou l'ex-conjoint d'un associé se présente.
Les associés se prononcent sur le candidat, non sur l'opportunité de la cession. Mais la clause ne couvre que les opérations qu'elle énumère : une cession déguisée en apport, en fusion ou en cession du contrôle de la société associée échappe à une rédaction trop étroite.
Le contrôle du capital se joue à la rédaction des statuts, avant toute discussion avec un repreneur.
Cadrer vos statuts avec un avocat en droit des sociétés
Le régime dépend de la forme sociale. En SARL, l'agrément des cessions à un tiers est imposé par le code de commerce, indépendamment des statuts. En SAS, la liberté statutaire domine : sans clause écrite, les actions circulent librement. En société civile, dont la SCI, l'unanimité est le principe pour l'entrée d'un tiers, sauf aménagement statutaire.
| Forme | Cession à un tiers | Cession entre associés | Source de la règle |
|---|---|---|---|
| SARL | Agrément obligatoire | Libre sauf clause contraire | Loi |
| SAS | Agrément seulement si les statuts le prévoient | Libre sauf clause contraire | Statuts |
| SCI | Accord de tous les associés par principe | Libre sauf clause contraire | Loi, aménageable |
En SARL, l'agrément suppose la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts, les statuts pouvant exiger davantage. En SAS, depuis la loi du 19 juillet 2019, l'adoption ou la modification d'une clause d'agrément n'exige plus l'unanimité : elle se décide collectivement, selon la majorité fixée par les statuts (art. L227-19 du Code de commerce).
La procédure commence par une notification du projet de cession à la société et à chaque associé, mentionnant l'identité du candidat, le nombre de titres et le prix. Elle déclenche le délai de décision. Les associés se prononcent ensuite selon les statuts, puis la décision est notifiée au cédant.
| Étape | Qui agit | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Notification du projet | Le cédant | Forme prévue par les statuts, preuve de réception |
| Convocation et vote | Le gérant ou le président | Respect du quorum et de la majorité statutaires |
| Notification de la réponse | La société | Un silence prolongé vaut acceptation |
| Réalisation ou rachat | Les parties | Formalisation écrite de la cession |
En SARL, l'absence de réponse dans les 3 mois suivant la dernière notification vaut agrément. Ce mécanisme, dit agrément tacite, sanctionne l'inaction des associés : la date exacte de réception de la notification doit être conservée.
Une procédure engagée sans base statutaire claire se termine souvent devant le tribunal.
Sécuriser une cession de titres avec un avocat
Un refus n'enferme pas l'associé dans ses titres. En SARL, les associés doivent acquérir ou faire acquérir les parts dans un délai de 3 mois à compter du refus, prolongeable par décision de justice. La société peut aussi racheter les parts et réduire son capital, avec l'accord du cédant.
Le prix est fixé d'un commun accord ou, à défaut, par un expert désigné par les parties ou par le juge. Cette expertise est le vrai point de friction : la valorisation retenue peut s'écarter du prix négocié avec le tiers évincé. Si aucun rachat n'intervient dans le délai, l'associé peut réaliser la cession initialement projetée.
Les statuts et le pacte d'associés n'ont pas la même force. Une clause d'agrément inscrite dans les statuts est opposable aux tiers et sa violation entraîne la nullité de la cession. Placée dans un pacte, elle n'engage que ses signataires : la cession reste valable et l'associé fautif ne doit que des dommages et intérêts.
L'agrément a donc sa place dans les statuts. Le pacte sert aux engagements que les fondateurs ne souhaitent pas rendre publics, mais il ne remplace jamais le verrou statutaire lorsque l'objectif est d'empêcher matériellement l'entrée d'un tiers.
La répartition entre statuts et pacte détermine ce qui est réellement opposable le jour de la cession.
Faire auditer vos statuts et votre pacte
Les contentieux d'agrément naissent rarement d'un désaccord de fond, mais d'un défaut de rédaction ou d'exécution.
Une relecture des statuts avant toute levée de fonds ou entrée d'un investisseur limite ces risques.
Oui, par modification des statuts. En SARL, la décision suit les règles de majorité applicables aux modifications statutaires. En SAS, l'insertion ou la suppression d'une clause d'agrément ne requiert plus l'unanimité depuis la loi du 19 juillet 2019 : elle se décide collectivement, selon la majorité fixée par les statuts.
Pas automatiquement. La loi vise avant tout les tiers. Si vous souhaitez encadrer les mouvements internes, qui modifient les équilibres de vote, la clause doit le prévoir expressément.
En SARL, le silence gardé pendant 3 mois après la notification vaut agrément. La cession peut alors être réalisée sans autre formalité de consentement. Ce délai court à compter de la dernière notification reçue.
Non, la décision n'a pas à être justifiée. Toutefois, un refus détourné de son objet, destiné à nuire à un associé ou à le priver de toute sortie, peut être contesté en justice comme abus de majorité.
Elle réduit la liquidité, car l'acheteur potentiel sait que son entrée dépend d'un vote. Cet effet est généralement intégré dans la négociation, surtout lorsque la clause ne prévoit aucune méthode de valorisation en cas de refus.
Article 1861 du Code civil - Légifrance
Article L223-14 du Code de commerce - Légifrance
Article L228-23 du Code de commerce - Légifrance
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