Clause d'agrément : maîtriser l'entrée de nouveaux associés à votre capital

Guides & Ressources pratiques
15 Sep 2026
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6 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La clause d'agrément soumet l'entrée d'un nouvel associé à l'accord préalable des associés en place.
  2. En SARL, l'agrément des cessions à un tiers est imposé par la loi ; en SAS, il n'existe que si les statuts le prévoient.
  3. La procédure repose sur une notification formelle du projet de cession, puis une décision collective dans un délai encadré.
  4. Le silence de la société au terme du délai légal vaut agrément tacite.
  5. Un refus n'enferme pas le cédant : il ouvre une obligation de rachat de ses parts.
  6. Une clause figurant dans un pacte d'associés et non dans les statuts n'empêche pas la cession de produire effet.

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Sommaire

Ce que verrouille réellement une clause d'agrément

SARL, SAS, SCI : trois régimes d'agrément distincts

Dérouler la procédure d'agrément sans vice de forme

Refus d'agrément : obligation de rachat et délais

Rédiger la clause dans les statuts ou le pacte

Erreurs fréquentes qui rendent la clause inopposable

FAQ

Pour aller plus loin

Ce que verrouille réellement une clause d'agrément

Une clause d'agrément est une disposition qui subordonne la cession de parts ou d'actions à l'autorisation préalable des associés. Elle ne bloque pas la vente : elle contrôle l'identité de l'acheteur. Le dirigeant garde la main sur la composition de son capital, lorsqu'un concurrent, un fonds ou l'ex-conjoint d'un associé se présente.

Les associés se prononcent sur le candidat, non sur l'opportunité de la cession. Mais la clause ne couvre que les opérations qu'elle énumère : une cession déguisée en apport, en fusion ou en cession du contrôle de la société associée échappe à une rédaction trop étroite.

Le contrôle du capital se joue à la rédaction des statuts, avant toute discussion avec un repreneur.
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SARL, SAS, SCI : trois régimes d'agrément distincts

Le régime dépend de la forme sociale. En SARL, l'agrément des cessions à un tiers est imposé par le code de commerce, indépendamment des statuts. En SAS, la liberté statutaire domine : sans clause écrite, les actions circulent librement. En société civile, dont la SCI, l'unanimité est le principe pour l'entrée d'un tiers, sauf aménagement statutaire.

FormeCession à un tiersCession entre associésSource de la règle
SARLAgrément obligatoireLibre sauf clause contraireLoi
SASAgrément seulement si les statuts le prévoientLibre sauf clause contraireStatuts
SCIAccord de tous les associés par principeLibre sauf clause contraireLoi, aménageable

En SARL, l'agrément suppose la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts, les statuts pouvant exiger davantage. En SAS, depuis la loi du 19 juillet 2019, l'adoption ou la modification d'une clause d'agrément n'exige plus l'unanimité : elle se décide collectivement, selon la majorité fixée par les statuts (art. L227-19 du Code de commerce).

Dérouler la procédure d'agrément sans vice de forme

La procédure commence par une notification du projet de cession à la société et à chaque associé, mentionnant l'identité du candidat, le nombre de titres et le prix. Elle déclenche le délai de décision. Les associés se prononcent ensuite selon les statuts, puis la décision est notifiée au cédant.

ÉtapeQui agitPoint de vigilance
Notification du projetLe cédantForme prévue par les statuts, preuve de réception
Convocation et voteLe gérant ou le présidentRespect du quorum et de la majorité statutaires
Notification de la réponseLa sociétéUn silence prolongé vaut acceptation
Réalisation ou rachatLes partiesFormalisation écrite de la cession

En SARL, l'absence de réponse dans les 3 mois suivant la dernière notification vaut agrément. Ce mécanisme, dit agrément tacite, sanctionne l'inaction des associés : la date exacte de réception de la notification doit être conservée.

Une procédure engagée sans base statutaire claire se termine souvent devant le tribunal.
Sécuriser une cession de titres avec un avocat

Refus d'agrément : obligation de rachat et délais

Un refus n'enferme pas l'associé dans ses titres. En SARL, les associés doivent acquérir ou faire acquérir les parts dans un délai de 3 mois à compter du refus, prolongeable par décision de justice. La société peut aussi racheter les parts et réduire son capital, avec l'accord du cédant.

Le prix est fixé d'un commun accord ou, à défaut, par un expert désigné par les parties ou par le juge. Cette expertise est le vrai point de friction : la valorisation retenue peut s'écarter du prix négocié avec le tiers évincé. Si aucun rachat n'intervient dans le délai, l'associé peut réaliser la cession initialement projetée.

Rédiger la clause dans les statuts ou le pacte

Les statuts et le pacte d'associés n'ont pas la même force. Une clause d'agrément inscrite dans les statuts est opposable aux tiers et sa violation entraîne la nullité de la cession. Placée dans un pacte, elle n'engage que ses signataires : la cession reste valable et l'associé fautif ne doit que des dommages et intérêts.

L'agrément a donc sa place dans les statuts. Le pacte sert aux engagements que les fondateurs ne souhaitent pas rendre publics, mais il ne remplace jamais le verrou statutaire lorsque l'objectif est d'empêcher matériellement l'entrée d'un tiers.

La répartition entre statuts et pacte détermine ce qui est réellement opposable le jour de la cession.
Faire auditer vos statuts et votre pacte

Erreurs fréquentes qui rendent la clause inopposable

Les contentieux d'agrément naissent rarement d'un désaccord de fond, mais d'un défaut de rédaction ou d'exécution.

  • Champ d'application incomplet : la clause vise la cession mais oublie l'apport, la donation ou le changement de contrôle de l'associé personne morale.
  • Organe compétent non désigné : les statuts ne précisent ni qui convoque, ni qui statue, ni à quelle majorité.
  • Délai de réponse absent : sans délai statutaire en SAS, la durée de la procédure est incertaine.
  • Absence de mécanisme de sortie : la clause organise le refus sans prévoir de rachat ni de méthode de valorisation.
  • Notification informelle : un courriel simple, alors que les statuts exigent un acte extrajudiciaire ou un recommandé.
  • Modification irrégulière : en SAS, une clause adoptée à la majorité et non à l'unanimité est fragile.

Une relecture des statuts avant toute levée de fonds ou entrée d'un investisseur limite ces risques.

FAQ

Une clause d'agrément peut-elle être ajoutée après la création de la société ?

Oui, par modification des statuts. En SARL, la décision suit les règles de majorité applicables aux modifications statutaires. En SAS, l'insertion ou la suppression d'une clause d'agrément ne requiert plus l'unanimité depuis la loi du 19 juillet 2019 : elle se décide collectivement, selon la majorité fixée par les statuts.

L'agrément s'applique-t-il aux cessions entre associés existants ?

Pas automatiquement. La loi vise avant tout les tiers. Si vous souhaitez encadrer les mouvements internes, qui modifient les équilibres de vote, la clause doit le prévoir expressément.

Que se passe-t-il si la société ne répond pas ?

En SARL, le silence gardé pendant 3 mois après la notification vaut agrément. La cession peut alors être réalisée sans autre formalité de consentement. Ce délai court à compter de la dernière notification reçue.

Faut-il motiver un refus d'agrément ?

Non, la décision n'a pas à être justifiée. Toutefois, un refus détourné de son objet, destiné à nuire à un associé ou à le priver de toute sortie, peut être contesté en justice comme abus de majorité.

Une clause d'agrément fait-elle baisser la valeur des titres ?

Elle réduit la liquidité, car l'acheteur potentiel sait que son entrée dépend d'un vote. Cet effet est généralement intégré dans la négociation, surtout lorsque la clause ne prévoit aucune méthode de valorisation en cas de refus.

Pour aller plus loin

Article 1861 du Code civil - Légifrance

Article L223-14 du Code de commerce - Légifrance

Article L228-23 du Code de commerce - Légifrance

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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL