Faire entrer des investisseurs au capital : étapes juridiques pour structurer l'ouverture

Innovation
11 Jan 2026
Points clés de l'article

L'ouverture du capital à des investisseurs nécessite un process juridique structuré en plusieurs phases : validation des conditions statutaires, formalisation de l'opération par augmentation de capital ou cession, signature d'un pacte d'actionnaires, modification des statuts, et accomplissement des formalités d'enregistrement. Chaque étape impose des obligations légales précises et génère des livrables documentaires opposables. Une mauvaise exécution expose l'entreprise à des nullités, des litiges entre associés ou des redressements fiscaux. Ce guide détaille le process opérationnel, les prérequis, les points de vigilance et les documents à produire pour sécuriser juridiquement l'entrée d'investisseurs.

Dans quelles situations l'entreprise doit-elle structurer juridiquement l'entrée d'investisseurs ?

L'ouverture du capital à des investisseurs externes intervient dans plusieurs contextes stratégiques : levée de fonds pour financer la croissance, renforcement des fonds propres, adossement à un partenaire industriel ou financier, ou préparation d'une transmission. Cette opération concerne principalement les SARL, SAS et SA, formes sociales permettant la libre cessibilité ou l'augmentation de capital.

Sont incluses dans ce périmètre les opérations d'augmentation de capital en numéraire ou en nature, les cessions de titres par les associés historiques, ainsi que les entrées d'investisseurs institutionnels (fonds d'investissement, business angels, fonds de capital-risque). En revanche, les opérations d'apport en compte courant ou de prêt obligataire ne constituent pas une entrée au capital et relèvent d'un régime juridique distinct.

D'autre part, certaines formes sociales comme l'entreprise individuelle ou la société civile ne permettent pas d'ouvrir le capital dans les mêmes conditions. De même, les sociétés cotées obéissent à un régime spécifique encadré par l'AMF, hors du champ de ce guide.

En 2024, selon Bpifrance, 42 % des PME françaises ayant réalisé une levée de fonds ont structuré l'opération via une augmentation de capital, contre 31 % par cession de titres. Cette répartition illustre l'importance de choisir le bon mécanisme juridique en fonction des objectifs poursuivis.

Objectifs et enjeux pour l'entreprise : pourquoi sécuriser juridiquement l'opération ?

L'entrée d'investisseurs au capital poursuit plusieurs objectifs : renforcer les fonds propres sans recourir à l'endettement, financer un projet de développement, crédibiliser l'entreprise auprès de partenaires commerciaux ou bancaires, ou encore préparer une transmission en diluant progressivement la participation des fondateurs.

Toutefois, cette opération comporte des enjeux juridiques majeurs. D'une part, elle modifie la répartition du pouvoir au sein de l'entreprise : les nouveaux actionnaires acquièrent des droits de vote, des droits à l'information, et parfois des droits de veto sur certaines décisions stratégiques. D'autre part, elle engage la responsabilité des dirigeants en cas de non-respect des procédures légales : nullité de l'augmentation de capital, responsabilité civile ou pénale en cas de fausse information, redressement fiscal en cas de sous-évaluation des apports.

En outre, l'absence de pacte d'actionnaires ou de clauses de protection expose l'entreprise à des conflits entre associés, des blocages décisionnels ou des sorties non maîtrisées. Selon une étude du cabinet Fidal publiée en 2023, 38 % des litiges entre actionnaires trouvent leur origine dans l'absence de formalisation écrite des engagements réciproques lors de l'entrée au capital.

Enfin, le non-respect des obligations déclaratives (enregistrement aux impôts, dépôt au greffe, publication au BODACC) peut entraîner des sanctions administratives et rendre l'opération inopposable aux tiers.

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Conditions et prérequis : ce qu'il faut réunir avant de lancer l'opération

Avant d'engager le process d'ouverture du capital, l'entreprise doit vérifier plusieurs prérequis juridiques et documentaires.

Vérification des statuts et clauses d'agrément
Les statuts peuvent prévoir des clauses d'agrément imposant l'accord préalable des associés pour toute entrée de nouveaux investisseurs. En SARL, l'agrément est obligatoire pour les cessions à des tiers (article L223-14 du Code de commerce). En SAS, il dépend des dispositions statutaires. L'absence de respect de cette procédure rend la cession nulle.

Validation de la valorisation de l'entreprise
L'entrée d'investisseurs suppose une valorisation préalable de l'entreprise (pré-money et post-money). Cette valorisation doit être justifiée par des éléments objectifs : comptes annuels, business plan, actifs incorporels. En cas d'apport en nature, un commissaire aux apports doit être désigné pour évaluer les biens apportés, sauf dispense légale (article L225-8 du Code de commerce pour les SA).

Obtention des autorisations internes
Selon la forme sociale, l'opération nécessite une décision collective des associés : assemblée générale extraordinaire (AGE) en SA ou SARL, décision collective en SAS selon les statuts. Le quorum et la majorité requis varient selon la forme sociale et l'objet de la décision.

Préparation des documents financiers et juridiques
L'entreprise doit disposer de comptes certifiés (si soumise à l'obligation de commissariat aux comptes), d'un extrait Kbis à jour, d'un procès-verbal de l'organe compétent autorisant l'opération, et d'un projet de statuts modifiés intégrant les nouveaux associés.

Vérification de la capacité juridique des investisseurs
Les investisseurs doivent justifier de leur capacité juridique à souscrire ou acquérir des titres : extrait Kbis pour les personnes morales, pièce d'identité pour les personnes physiques. Les investisseurs étrangers peuvent être soumis à des autorisations administratives (décret n° 2019-1590 du 31 décembre 2019 relatif aux investissements étrangers).

Processus à suivre : étapes chronologiques de l'opération

Le process d'ouverture du capital se décompose en six étapes principales, à exécuter dans un ordre logique pour garantir la validité juridique de l'opération.

Étape 1 : Négociation et signature d'une lettre d'intention (LOI)
La lettre d'intention formalise l'accord de principe entre l'entreprise et les investisseurs. Elle précise les conditions financières (montant investi, valorisation, pourcentage de capital), les modalités juridiques (augmentation de capital ou cession), et les principales clauses du futur pacte d'actionnaires. Cette lettre peut être non engageante ou engageante sur certains points (exclusivité, confidentialité).

Étape 2 : Réalisation d'une due diligence juridique
Les investisseurs procèdent à une due diligence pour vérifier la situation juridique de l'entreprise : statuts, procès-verbaux, contrats commerciaux, propriété intellectuelle, litiges en cours, conformité sociale et fiscale. Cette phase permet d'identifier les risques juridiques et de négocier des garanties ou des ajustements de prix.

Étape 3 : Rédaction et signature du pacte d'actionnaires
Le pacte d'actionnaires organise les relations entre associés et protège les intérêts de chacun. Il contient notamment :

  • Les droits de gouvernance : composition du conseil d'administration, droits de vote, droits de veto
  • Les clauses de sortie : droit de préemption, droit de suite (drag-along), droit de retrait (tag-along)
  • Les clauses anti-dilution protégeant les investisseurs en cas de tour de financement ultérieur à une valorisation inférieure
  • Les clauses de liquidité : obligation de sortie conjointe, garantie de liquidité à échéance

Étape 4 : Convocation et tenue de l'assemblée générale extraordinaire
L'AGE doit être convoquée selon les modalités statutaires (délai de 15 jours en principe). L'ordre du jour porte sur l'augmentation de capital ou l'autorisation de cession, la modification des statuts, et la nomination éventuelle de nouveaux organes de direction. Le procès-verbal doit être établi et signé par le président de séance.

Étape 5 : Réalisation de l'opération et libération des fonds
En cas d'augmentation de capital, les investisseurs libèrent les fonds sur un compte bloqué ouvert au nom de la société. Le certificat du dépositaire atteste de la réalisation de l'apport. En cas de cession de titres, le prix est versé selon les modalités prévues au protocole d'investissement.

Étape 6 : Formalités d'enregistrement et de publicité
Les statuts modifiés doivent être enregistrés auprès du service des impôts des entreprises (SIE) dans le mois suivant leur signature. L'entreprise dépose ensuite un dossier de modification au greffe du tribunal de commerce, comprenant :

  • Le procès-verbal d'AGE
  • Les statuts mis à jour
  • L'attestation de parution dans un journal d'annonces légales
  • Le formulaire M2

Le greffe procède à l'immatriculation modificative et publie l'opération au BODACC. L'opération est opposable aux tiers à compter de cette publication.

Étape Action principale Délai moyen Livrable clé
1 Négociation LOI 2 à 4 semaines Lettre d'intention signée
2 Due diligence 3 à 6 semaines Rapport de due diligence
3 Pacte d'actionnaires 2 à 4 semaines Pacte signé
4 AGE 2 à 3 semaines PV d'AGE
5 Libération des fonds 1 semaine Certificat du dépositaire
6 Formalités greffe 1 à 2 semaines Kbis mis à jour

Obligations légales et points de vigilance : ce qui engage la responsabilité de l'entreprise

L'ouverture du capital impose le respect de plusieurs obligations légales impératives, dont la méconnaissance expose l'entreprise à des sanctions.

Obligation de respecter le droit préférentiel de souscription (DPS)
En cas d'augmentation de capital, les associés existants bénéficient d'un droit préférentiel de souscription (article L225-132 du Code de commerce pour les SA, L227-1 pour les SAS). Ce droit peut être supprimé par décision de l'AGE, mais uniquement au profit de personnes nommément désignées. La violation de ce droit entraîne la nullité de l'augmentation de capital.

Obligation d'évaluation des apports en nature
Tout apport en nature (brevet, fonds de commerce, immeuble) doit être évalué par un commissaire aux apports désigné à l'unanimité des associés ou par ordonnance du président du tribunal de commerce. L'absence de cette évaluation engage la responsabilité solidaire des associés à hauteur de la valeur attribuée aux apports (article L223-9 du Code de commerce).

Obligation de publication et d'enregistrement
Les statuts modifiés doivent être enregistrés auprès du SIE dans le mois suivant leur signature. Le défaut d'enregistrement dans ce délai entraîne une amende fiscale de 150 € par mois de retard. De même, le défaut de dépôt au greffe rend l'opération inopposable aux tiers.

Points de vigilance fréquents

  • Sous-évaluation des apports : expose l'entreprise à un redressement fiscal et à la responsabilité des dirigeants
  • Absence de clause anti-dilution : les investisseurs peuvent perdre leur pourcentage de capital lors de tours ultérieurs
  • Défaut de mise à jour du registre des mouvements de titres : rend la preuve de propriété difficile en cas de litige
  • Non-respect des clauses d'agrément : entraîne la nullité de la cession et des dommages-intérêts
  • Absence de déclaration des bénéficiaires effectifs : expose l'entreprise à une amende de 7 500 € (article L561-46 du Code monétaire et financier)

Selon une étude du cabinet CMS publiée en 2023, 26 % des contentieux liés aux opérations de capital résultent d'un défaut de formalisme dans l'exécution des formalités d'enregistrement ou de publicité.

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Checklist et livrables attendus : synthèse des actions et documents à produire

Pour garantir la validité juridique de l'opération, l'entreprise doit produire et conserver les livrables suivants :

Avant l'opération

  • Lettre d'intention signée par les parties
  • Rapport de due diligence juridique
  • Projet de statuts modifiés
  • Rapport du commissaire aux apports (si apport en nature)
  • Convocation à l'AGE avec ordre du jour

Pendant l'opération

  • Procès-verbal d'AGE signé et paraphé
  • Pacte d'actionnaires signé par tous les associés
  • Certificat du dépositaire attestant la libération des fonds
  • Attestation de parution dans un journal d'annonces légales

Après l'opération

  • Statuts mis à jour et enregistrés au SIE
  • Formulaire M2 déposé au greffe
  • Extrait Kbis mis à jour
  • Registre des mouvements de titres actualisé
  • Déclaration des bénéficiaires effectifs mise à jour (si modification)

Documents à conserver pendant 10 ans

  • Procès-verbaux d'assemblées
  • Pacte d'actionnaires
  • Rapport du commissaire aux apports
  • Correspondances avec les investisseurs

Indicateurs de conformité

  • Délai d'enregistrement : inférieur à 1 mois
  • Délai de dépôt au greffe : inférieur à 1 mois après l'AGE
  • Mise à jour du registre des bénéficiaires effectifs : dans les 30 jours suivant l'opération
Document Émetteur Destinataire Délai de production
Lettre d'intention Entreprise + Investisseurs Parties Avant due diligence
Rapport de due diligence Investisseurs Entreprise Avant signature pacte
Pacte d'actionnaires Avocat Toutes les parties Avant AGE
PV d'AGE Président de séance Greffe + Associés Dans les 8 jours
Statuts modifiés Entreprise SIE + Greffe Dans le mois
Formulaire M2 Entreprise Greffe Dans le mois

FAQ

Quelle est la différence entre augmentation de capital et cession de titres pour faire entrer un investisseur ?
L'augmentation de capital crée de nouveaux titres souscrits par l'investisseur, ce qui renforce les fonds propres de l'entreprise. La cession de titres transfère des titres existants d'un associé historique vers l'investisseur, sans apport de trésorerie à l'entreprise. Le choix dépend de l'objectif : financement (augmentation) ou sortie partielle d'un associé (cession).

Le pacte d'actionnaires est-il obligatoire lors de l'entrée d'investisseurs ?
Non, le pacte d'actionnaires n'est pas légalement obligatoire, mais il est fortement recommandé pour organiser les relations entre associés, définir les droits de chacun et prévenir les conflits. En pratique, les investisseurs institutionnels l'exigent systématiquement pour sécuriser leur investissement et leurs droits de sortie.

Quels sont les délais légaux pour enregistrer une augmentation de capital ?
Les statuts modifiés doivent être enregistrés auprès du service des impôts des entreprises dans le mois suivant leur signature. Le dossier de modification doit être déposé au greffe dans le même délai. Le non-respect de ces délais entraîne des amendes fiscales et rend l'opération inopposable aux tiers.

Peut-on faire entrer un investisseur étranger au capital d'une société française ?
Oui, mais certains secteurs stratégiques (défense, énergie, transports, santé) sont soumis à une procédure d'autorisation préalable du ministère de l'Économie. L'investisseur étranger doit également justifier de sa capacité juridique et respecter les obligations déclaratives en matière de bénéficiaires effectifs.

Que se passe-t-il si l'on ne respecte pas la clause d'agrément prévue aux statuts ?
La cession ou l'augmentation de capital réalisée en violation d'une clause d'agrément est nulle. Les associés lésés peuvent demander l'annulation de l'opération en justice et réclamer des dommages-intérêts. L'entreprise s'expose également à des blocages décisionnels et à des contentieux entre associés.

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires