Bail commercial ou bail emphytéotique : les dangers à anticiper

Guides & Ressources pratiques
30 Sep 2026
-
7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le bail emphytéotique dure de 18 à 99 ans et confère au preneur un droit réel cessible et hypothécable.
  2. Le code de commerce l'exclut du statut des baux commerciaux, sauf pour la révision du loyer : ni renouvellement de droit, ni indemnité d'éviction.
  3. L'emphytéote supporte les réparations de toute nature, les charges du fonds et, en principe, la taxe foncière.
  4. Sauf clause contraire, les constructions reviennent au propriétaire en fin de bail, sans indemnité.
  5. Le bail commercial consenti par un emphytéote ne peut pas, par son renouvellement, prolonger l'occupation au-delà du terme de l'emphytéose.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Bail commercial et bail emphytéotique : deux régimes opposés

Durée, loyer et charges : ce que supporte réellement le preneur

Fin du bail : renouvellement, indemnité d'éviction et constructions

Bail commercial consenti par un emphytéote : un droit fragile

Travaux, entretien et assurance : les risques du preneur

Clauses à négocier avant de signer

Quel bail choisir selon votre projet immobilier

FAQ

Pour aller plus loin

Bail commercial et bail emphytéotique : deux régimes opposés

Une enseigne ou un investisseur qui s'implante sur le terrain d'un propriétaire foncier se voit souvent proposer un bail emphytéotique plutôt qu'un bail commercial. Les deux contrats permettent d'exploiter un immeuble, mais ils reposent sur des logiques inverses.

Le bail commercial confère au locataire un droit personnel d'occuper les lieux, protégé par le statut des baux commerciaux : durée minimale de 9 ans, droit au renouvellement et, à défaut, indemnité d'éviction.

Le bail emphytéotique, régi par les articles L. 451-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, confère au preneur, appelé emphytéote, un droit réel immobilier. Ce droit fonctionne comme une propriété temporaire : l'emphytéote peut le céder, l'hypothéquer et construire. En contrepartie, il verse une redevance souvent modeste, appelée canon.

Or le code de commerce écarte le bail emphytéotique du statut des baux commerciaux, sauf pour la révision du loyer. Le preneur perd donc les protections qu'il associe spontanément à une implantation commerciale.

CritèreBail commercialBail emphytéotique
Nature du droitDroit personnelDroit réel immobilier
Durée9 ans minimumPlus de 18 ans, 99 ans maximum
Sortie anticipée du preneurFaculté triennale, sauf exceptionsAucune faculté légale
RenouvellementDe droitAucun
Hypothèque du droitImpossiblePossible

Durée, loyer et charges : ce que supporte réellement le preneur

La durée constitue le premier piège. Le preneur s'engage pour plus de 18 ans, sans la faculté de résiliation triennale qui permet au locataire commercial de partir tous les 3 ans.

La faiblesse du canon s'explique ensuite par le transfert des coûts sur l'emphytéote. Celui-ci supporte en effet les contributions et charges du fonds, et il est en principe redevable de la taxe foncière à la place du propriétaire.

En bail commercial, la répartition des charges est encadrée. Depuis la loi Pinel de 2014, le bail comporte un inventaire des charges, et les grosses réparations ne peuvent plus être refacturées au locataire. Le bail emphytéotique ne connaît aucune limite comparable.

Enfin, le bailleur peut demander en justice la résiliation de l'emphytéose lorsque la redevance n'a pas été payée pendant 2 années consécutives, ou en cas de manquement grave du preneur.

PosteBail commercialBail emphytéotique
LoyerPrix de marché, indexéRedevance faible
Taxe foncièreRefacturable si le bail le prévoitÀ la charge de l'emphytéote, en principe
Grosses réparationsNon refacturablesÀ la charge du preneur
Inventaire des chargesObligatoireNon imposé

Le coût réel d'un bail dépend moins du loyer affiché que de la répartition des charges et des travaux sur toute sa durée.
Faire analyser un projet de bail par un avocat en baux commerciaux

Fin du bail : renouvellement, indemnité d'éviction et constructions

À l'échéance d'un bail commercial, le bailleur qui refuse le renouvellement sans motif grave verse une indemnité d'éviction, c'est-à-dire une somme compensant la perte du fonds de commerce ou les frais de réinstallation.

En bail emphytéotique, le contrat s'éteint simplement à son terme. Le preneur quitte les lieux sans pouvoir exiger de prolongation ni d'indemnité. Pour une activité dont la valeur tient à l'emplacement, la perte du site emporte l'essentiel du fonds.

Le sort des constructions aggrave ce risque. Sauf stipulation contraire, les améliorations et constructions réalisées par l'emphytéote reviennent au propriétaire, sans indemnité. Le preneur qui a financé un bâtiment le transmet donc gratuitement.

La question centrale devient alors la durée résiduelle : permet-elle d'amortir l'investissement ? Un bail emphytéotique repris en cours d'exécution, avec peu d'années restantes, peut rendre un projet de construction non rentable.

Bail commercial consenti par un emphytéote : un droit fragile

Une configuration fréquente combine les deux contrats : un investisseur obtient un bail emphytéotique, construit un ensemble immobilier, puis loue les cellules à des exploitants sous bail commercial.

Le statut des baux commerciaux s'applique bien au locataire de l'emphytéote. Le code de commerce pose toutefois une limite : le renouvellement consenti à ce locataire ne peut pas prolonger l'occupation au-delà de l'expiration du bail emphytéotique.

Le locataire détient donc un droit dont la durée dépend d'un contrat auquel il n'est pas partie. À la fin de l'emphytéose, le propriétaire reprend l'immeuble sans être tenu, en principe, de poursuivre le bail commercial.

Avant de signer, le locataire contrôle :

  • la date d'expiration de l'emphytéose, comparée à la durée du bail proposé ;
  • les clauses de reprise des baux en cours par le propriétaire ;
  • les causes de résiliation anticipée de l'emphytéose, qui emporteraient son bail ;
  • les hypothèques inscrites sur le droit de l'emphytéote, dont la réalisation changerait de bailleur.

Un bail commercial adossé à une emphytéose suppose un audit du contrat principal avant toute signature.
Consulter un avocat spécialisé en baux commerciaux

Travaux, entretien et assurance : les risques du preneur

L'emphytéote est tenu des réparations de toute nature, y compris celles qui incombent normalement au propriétaire. Il ne peut pas non plus apporter au fonds des changements qui en diminuent la valeur.

Cette charge pèse sur les bâtiments anciens ou techniques, car les mises en conformité, par exemple en matière d'accessibilité, restent à sa charge pendant toute la durée du contrat. En bail commercial, en revanche, les grosses réparations ne peuvent plus être imputées au locataire.

L'assurance suit la même logique. Titulaire d'un droit réel, l'emphytéote assure généralement l'immeuble lui-même, et non ses seuls risques locatifs. Le contrat doit donc préciser les capitaux assurés, l'affectation des indemnités et l'obligation de reconstruire après sinistre.

Clauses à négocier avant de signer

Le bail emphytéotique laisse une large place à la liberté contractuelle. Six points méritent une négociation explicite :

  1. Sort des constructions : indemnité de fin de bail ou droit de rachat des ouvrages financés par le preneur.
  2. Durée : horizon compatible avec l'amortissement des travaux, avec option de prorogation.
  3. Charges : liste des impôts, taxes et travaux supportés par chaque partie.
  4. Cession et hypothèque : conditions d'agrément du bailleur.
  5. Résiliation : définition des manquements graves et délai de régularisation préalable.
  6. Baux consentis à des tiers : reprise des baux commerciaux par le propriétaire en fin d'emphytéose.

Pour un bail commercial, la négociation porte surtout sur la renonciation à la faculté triennale, la clause d'indexation et l'inventaire des charges.

La rédaction de ces clauses détermine la valeur de l'actif en fin de contrat.
Être accompagné par un avocat en baux commerciaux

Quel bail choisir selon votre projet immobilier

Le bail emphytéotique convient à un investisseur qui construit ou rénove lourdement, car le droit réel lui permet de financer l'opération par hypothèque sur une longue durée. Le bail commercial convient mieux à un exploitant qui recherche un emplacement sans immobiliser de capital dans le bâti.

Profil du projetContrat adaptéPoint de vigilance
Construction sur le terrain d'autruiBail emphytéotiqueSort des ouvrages en fin de bail
Exploitation d'un commerceBail commercialCharges et indexation
Cellule dans un ensemble sous emphytéoseBail commercial consenti par l'emphytéoteDate d'expiration de l'emphytéose

Dans tous les cas, l'arbitrage repose sur trois données : la durée totale d'occupation, le coût cumulé des charges et des travaux, et la valeur restituée en fin de contrat.

FAQ

Quelle est la durée d'un bail emphytéotique ?

Elle doit dépasser 18 ans sans excéder 99 ans. Le contrat ne se prolonge pas par tacite reconduction et s'éteint à son terme.

Un bail emphytéotique ouvre-t-il droit à une indemnité d'éviction ?

Non. Le code de commerce exclut le bail emphytéotique du statut des baux commerciaux, sauf pour la révision du loyer. Le preneur n'a donc ni droit au renouvellement ni indemnité d'éviction.

Qui paie la taxe foncière dans un bail emphytéotique ?

L'emphytéote en est en principe redevable, car il supporte les contributions et charges du fonds. Le contrat peut préciser cette répartition.

Un emphytéote peut-il consentir un bail commercial ?

Oui, et le statut des baux commerciaux s'applique à ce locataire. Son renouvellement ne peut toutefois pas prolonger l'occupation au-delà de l'expiration du bail emphytéotique.

Le preneur peut-il sortir d'un bail emphytéotique avant son terme ?

Aucune faculté légale de résiliation anticipée n'existe à son profit. Il peut en revanche céder son droit réel à un tiers, sous réserve des clauses d'agrément prévues au contrat.

Pour aller plus loin

Bail emphytéotique, articles L451-1 à L451-13 du Code rural et de la pêche maritime - Légifrance

Contrat de bail commercial - Entreprendre.Service-Public.fr

Bail commercial - Entreprendre.Service-Public.fr

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.

Télécharger la ressource

Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL