Entreprise en difficulté : quelles solutions juridiques et financières avant la cessation de paiements ?

Innovation
01 Feb 2026
Points clés de l'article

Face à une situation financière dégradée, une entreprise dispose de plusieurs leviers juridiques et financiers avant d'atteindre la cessation de paiements. En 2025, 68 500 entreprises ont déclaré faillite en France, un record historique selon Allianz Trade. Pourtant, des solutions existent : renégociation de dettes, financements spécialisés, procédures amiables ou restructuration. L'anticipation reste déterminante pour préserver l'activité et éviter la liquidation judiciaire.

Quand parle-t-on d'entreprise en difficulté ?

Une entreprise se trouve en difficulté lorsqu'elle rencontre des tensions de trésorerie récurrentes, une baisse significative de son chiffre d'affaires ou des retards de paiement envers ses créanciers. Cette situation précède souvent la cessation de paiements, définie comme l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible.

Les signaux d'alerte incluent notamment les incidents bancaires répétés, les relances fournisseurs, les difficultés à honorer les échéances fiscales ou sociales, ou encore l'incapacité à verser les salaires. En 2025, la Banque de France a recensé 68 296 défaillances en cumul sur douze mois à fin novembre, confirmant une tendance préoccupante. Neuf faillites sur dix concernent des TPE de moins de 10 salariés, particulièrement vulnérables face aux chocs économiques.

Toutefois, être en difficulté ne signifie pas être en cessation de paiements. Tant que l'entreprise dispose de réserves de crédit mobilisables, de délais de paiement négociables ou d'actifs cessibles rapidement, elle conserve une marge de manœuvre. Cette distinction est capitale : agir avant la cessation de paiements ouvre l'accès à des solutions préventives, alors qu'après ce seuil, seules les procédures collectives restent possibles.

Les secteurs les plus touchés en 2025 incluent le commerce de détail, la construction et l'hôtellerie-restauration. Les microentreprises de moins de 3 salariés représentent 51 281 défaillances, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024. Les entreprises de 3 à 99 salariés totalisent 18 440 cas, tandis que 236 structures de plus de 100 salariés ont également basculé, soit une progression de 18,6 %.


Pourquoi anticiper avant la cessation de paiements ?

Intervenir en amont de la cessation de paiements permet de préserver la continuité de l'activité et d'éviter les conséquences irréversibles d'une procédure collective. Une fois la cessation constatée, le dirigeant dispose d'un délai maximum de 45 jours pour déclarer l'état au tribunal de commerce. Passé ce délai, il s'expose à des sanctions personnelles, notamment une interdiction de gérer ou une action en comblement de passif.

Les enjeux pour l'entreprise sont multiples. D'une part, agir tôt offre la possibilité de négocier avec les créanciers dans un cadre amiable, sans publicité ni stigmatisation. D'autre part, cela permet de mobiliser des financements spécifiques, inaccessibles une fois la procédure collective ouverte. Enfin, l'anticipation protège la réputation commerciale et facilite le maintien des relations avec les partenaires stratégiques.

En revanche, l'inaction expose l'entreprise à des risques majeurs : liquidation judiciaire, perte d'autonomie décisionnelle, vente forcée d'actifs ou encore responsabilité personnelle du dirigeant. Les créanciers peuvent également engager des poursuites individuelles, aggravant la situation financière. Les salariés subissent de plein fouet les conséquences, avec des licenciements économiques et des retards de paiement.

Les dirigeants sous-estiment souvent la rapidité avec laquelle une difficulté ponctuelle peut dégénérer en crise systémique. Une baisse de 20 % du chiffre d'affaires sur deux trimestres consécutifs, combinée à des délais clients allongés, suffit à basculer dans l'incapacité de paiement. Or, les solutions préventives perdent en efficacité au fur et à mesure que la trésorerie se dégrade.

SWIM LEGAL accompagne les entreprises dans l'identification précoce des signaux d'alerte et la mise en œuvre de stratégies de redressement adaptées. Grâce à son réseau d'avocats spécialisés en droit des entreprises en difficulté, la plateforme permet d'accéder rapidement à une expertise pointue, sans les contraintes d'un cabinet traditionnel.


Quelles conditions réunir pour accéder aux solutions préventives ?

Avant d'engager toute démarche, l'entreprise doit établir un diagnostic financier précis de sa situation. Ce diagnostic inclut l'analyse du besoin en fonds de roulement, l'identification des créances échues, l'évaluation des stocks et actifs mobilisables, ainsi que la projection de trésorerie sur 6 à 12 mois. Sans cette vision claire, aucune solution ne peut être calibrée efficacement.

Les documents indispensables comprennent les derniers bilans et comptes de résultat, les balances âgées clients et fournisseurs, les tableaux de flux de trésorerie, les contrats de prêt en cours et les échéanciers fiscaux et sociaux. Ces éléments permettent d'objectiver la situation auprès des interlocuteurs financiers ou juridiques, et de démontrer la capacité de redressement.

L'entreprise doit également vérifier qu'elle n'est pas encore en cessation de paiements. Concrètement, cela signifie qu'elle dispose encore de réserves de crédit non utilisées, de délais de paiement négociables ou d'actifs liquides suffisants pour honorer les dettes exigibles. Si la cessation est déjà effective, les procédures amiables deviennent inaccessibles, et seules les procédures collectives restent ouvertes.

Enfin, le dirigeant doit être en mesure de justifier d'un projet de redressement crédible. Les créanciers, banques ou tribunaux exigent une vision réaliste de la reprise : plan d'économies, repositionnement commercial, recherche de nouveaux débouchés, cession d'actifs non stratégiques. Un plan de trésorerie prévisionnel détaillé, mois par mois, constitue la pierre angulaire de cette démonstration.


Quelles démarches suivre pour mobiliser les solutions financières ?

Renégocier les dettes existantes

La première étape consiste à contacter directement les créanciers pour solliciter des délais de paiement ou un rééchelonnement. Cette démarche s'effectue par courrier recommandé ou rendez-vous, en présentant la situation financière et le plan de redressement. Les créanciers publics (URSSAF, impôts) disposent de dispositifs spécifiques de remise gracieuse ou d'étalement, accessibles sur demande motivée.

Les fournisseurs stratégiques peuvent accepter des reports si l'entreprise démontre sa capacité à honorer les nouvelles échéances. Il est recommandé de privilégier les créanciers essentiels à la continuité de l'activité, afin de sécuriser l'approvisionnement. En parallèle, l'entreprise doit suspendre les paiements non prioritaires et concentrer sa trésorerie sur les postes vitaux : salaires, loyers, énergie.

Mobiliser un financement adapté

Les entreprises en difficulté peuvent accéder à des prêts spécialisés, conçus pour fournir des liquidités sans déclencher de procédure collective. Ces financements reposent généralement sur des garanties solides, car le risque de défaut est jugé élevé par les établissements prêteurs. Sans bien immobilier en garantie, l'accès reste très limité.

Le crédit hypothécaire constitue une solution privilégiée pour les dirigeants propriétaires. En mobilisant un bien immobilier personnel ou professionnel, l'entreprise peut obtenir des montants significatifs, même en présence d'incidents bancaires. Cette garantie patrimoniale compense le risque perçu et permet de débloquer des fonds rapidement, souvent sous 4 à 6 semaines.

D'autres options incluent l'affacturage, qui transforme les créances clients en trésorerie immédiate, ou le crédit-bail pour financer des équipements sans immobiliser de capital. Les plateformes de financement participatif peuvent également constituer une alternative, notamment pour des projets de développement porteurs.


Quelles procédures amiables engager avant le tribunal ?

Le mandat ad hoc

Le mandat ad hoc est une procédure confidentielle, sollicitée auprès du président du tribunal de commerce. Elle permet de désigner un mandataire chargé de faciliter la négociation avec un ou plusieurs créanciers. Cette démarche ne fait l'objet d'aucune publicité et préserve donc l'image de l'entreprise.

Le mandat ad hoc s'adresse aux entreprises qui rencontrent des difficultés ponctuelles, mais qui ne sont pas encore en cessation de paiements. Le mandataire, souvent un avocat ou un administrateur judiciaire, intervient comme médiateur pour trouver un accord amiable : rééchelonnement, abandon partiel de créance, délais supplémentaires. La procédure dure généralement entre 2 et 6 mois.

La conciliation

La conciliation constitue une procédure plus formalisée, également confidentielle, ouverte aux entreprises en difficulté avérée mais non encore en cessation de paiements depuis plus de 45 jours. Elle est déclenchée par une requête auprès du tribunal de commerce, qui désigne un conciliateur.

Le conciliateur dispose d'un délai de 4 mois, renouvelable une fois, pour élaborer un accord avec les principaux créanciers. Cet accord peut porter sur des remises de dettes, des délais de paiement ou des apports de trésorerie. Une fois homologué par le tribunal, il devient opposable et bénéficie d'une protection contre les poursuites individuelles pendant sa durée d'exécution.

La conciliation présente l'avantage de suspendre les poursuites pendant la négociation, offrant ainsi un répit indispensable pour stabiliser la trésorerie. En 2025, cette procédure a permis de sauver plusieurs milliers d'entreprises, notamment dans le secteur du commerce et de la restauration.

SWIM LEGAL met en relation les dirigeants avec des avocats spécialisés en procédures collectives et restructuration, capables d'accompagner l'entreprise dans le montage du dossier de conciliation et la négociation avec les créanciers. La plateforme garantit une réponse rapide et confidentielle, adaptée aux urgences de trésorerie.


Quelles obligations légales respecter pendant la phase de difficulté ?

Déclaration de cessation de paiements

Si malgré les démarches engagées, l'entreprise bascule en cessation de paiements, le dirigeant dispose d'un délai maximum de 45 jours pour déclarer cet état au tribunal de commerce. Cette déclaration s'effectue via le formulaire Cerfa n°10530, accompagné des comptes annuels, d'un état du passif exigible et de l'actif disponible, ainsi que d'une liste des créanciers.

Le non-respect de ce délai constitue une faute de gestion, susceptible d'entraîner une interdiction de gérer, une faillite personnelle ou une action en comblement de passif. Le dirigeant peut être tenu personnellement responsable des dettes sociales si la cessation de paiements résulte d'une faute caractérisée : détournement d'actifs, comptabilité fictive, poursuite abusive d'une activité déficitaire.

Tenue rigoureuse de la comptabilité

Pendant toute la période de difficulté, l'entreprise doit maintenir une comptabilité régulière et sincère. Les écritures doivent refléter fidèlement la situation financière, sans dissimulation de passif ni surévaluation d'actifs. Les dirigeants doivent également conserver l'ensemble des justificatifs : factures, relevés bancaires, contrats, correspondances avec les créanciers.

En cas de procédure collective ultérieure, le tribunal et les mandataires judiciaires examinent la comptabilité pour identifier d'éventuelles fautes de gestion. Une comptabilité incomplète ou falsifiée aggrave considérablement la responsabilité du dirigeant et peut conduire à des sanctions pénales.

Interdiction de favoriser certains créanciers

Le dirigeant ne peut privilégier certains créanciers au détriment des autres en période de difficulté avérée. Tout paiement effectué alors que l'entreprise est en cessation de paiements peut être annulé par le tribunal, dans le cadre de la période suspecte. Cette règle vise à garantir l'égalité de traitement entre créanciers lors d'une éventuelle procédure collective.

Les exceptions concernent les paiements de salaires, les dettes alimentaires et certaines créances garanties. En revanche, rembourser un fournisseur stratégique ou un associé en priorité constitue une faute susceptible de sanction. Les dirigeants doivent donc hiérarchiser les paiements selon des critères objectifs et documentés.


Checklist : actions prioritaires pour une entreprise en difficulté

Diagnostic et documentation

  • Établir un bilan de trésorerie actualisé (J, J+30, J+60, J+90)
  • Lister l'ensemble des créances échues et à échoir
  • Identifier les actifs mobilisables rapidement (stocks, créances clients, équipements)
  • Rassembler les derniers bilans, comptes de résultat et balances âgées
  • Calculer le besoin en fonds de roulement et les ratios de solvabilité

Démarches immédiates

  • Contacter les créanciers prioritaires pour négocier des délais
  • Solliciter l'URSSAF et les services fiscaux pour un plan d'apurement
  • Suspendre les paiements non essentiels et prioriser les charges vitales
  • Consulter un avocat spécialisé pour évaluer l'opportunité d'un mandat ad hoc ou d'une conciliation
  • Mobiliser les réserves de crédit disponibles ou explorer les solutions de financement adaptées

Sécurisation juridique

  • Vérifier que l'entreprise n'est pas encore en cessation de paiements
  • Documenter toutes les démarches entreprises auprès des créanciers
  • Mettre à jour la comptabilité et conserver tous les justificatifs
  • Préparer un plan de redressement chiffré et réaliste
  • Anticiper les scénarios de sortie de crise : restructuration, cession partielle, apport de fonds

Erreurs à éviter

  • Attendre que la situation devienne irréversible avant d'agir
  • Dissimuler des éléments de passif ou surévaluer les actifs
  • Favoriser certains créanciers au détriment des autres
  • Poursuivre l'activité sans plan de redressement crédible
  • Négliger la déclaration de cessation de paiements dans les délais légaux

Livrables attendus

  • Plan de trésorerie prévisionnel sur 12 mois
  • Accord de rééchelonnement avec les créanciers principaux
  • Dossier de demande de mandat ad hoc ou de conciliation
  • Contrat de financement sécurisé (crédit hypothécaire, affacturage)
  • Procès-verbal d'assemblée validant le plan de redressement

Le moment de bascule : quand faire appel à un avocat spécialisé ?

Plusieurs signaux indiquent qu'un accompagnement juridique devient indispensable. Lorsque les tensions de trésorerie deviennent récurrentes malgré les efforts de gestion, lorsque les créanciers menacent d'engager des poursuites, ou lorsque la cessation de paiements devient imminente, l'intervention d'un avocat spécialisé en droit des entreprises en difficulté s'impose.

De même, si l'entreprise envisage une procédure amiable (mandat ad hoc, conciliation) ou si elle doit préparer une déclaration de cessation de paiements, l'expertise juridique garantit la conformité des démarches et la protection des intérêts du dirigeant. Un avocat peut également négocier avec les créanciers, sécuriser les financements et anticiper les risques de responsabilité personnelle.

Enfin, face à une situation complexe impliquant plusieurs créanciers, des garanties personnelles ou des enjeux de gouvernance, l'accompagnement juridique permet de structurer une stratégie cohérente et d'éviter les erreurs irréversibles. Les dirigeants qui attendent trop longtemps se privent de solutions préventives et s'exposent à des conséquences plus lourdes.

SWIM LEGAL facilite l'accès à des avocats d'affaires spécialisés en restructuration et procédures collectives, sélectionnés pour leur expertise et leur réactivité. La plateforme permet de déposer un besoin en toute confidentialité et de recevoir des propositions adaptées sous 48 heures, sans engagement.

FAQ

Qu'est-ce que la cessation de paiements ?
La cessation de paiements désigne l'impossibilité pour une entreprise de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Concrètement, cela signifie qu'elle ne peut plus payer ses dettes échues, même en mobilisant ses réserves de crédit. Le dirigeant doit déclarer cet état au tribunal dans un délai de 45 jours.

Peut-on obtenir un prêt bancaire en étant en difficulté ?
Oui, mais sous conditions. Les banques classiques refusent généralement les demandes en présence d'incidents ou de ratios dégradés. En revanche, le crédit hypothécaire reste accessible pour les dirigeants propriétaires, car la garantie immobilière compense le risque. D'autres solutions existent : affacturage, crédit-bail ou financement participatif.

Quelle différence entre mandat ad hoc et conciliation ?
Le mandat ad hoc est une procédure totalement confidentielle, sans publicité, destinée aux entreprises en difficulté ponctuelle. La conciliation est plus formalisée, accessible aux entreprises en difficulté avérée mais non en cessation de paiements depuis plus de 45 jours. Elle offre une protection contre les poursuites pendant la négociation et peut déboucher sur un accord homologué.

Quels risques pour le dirigeant en cas d'inaction ?
Le dirigeant s'expose à des sanctions personnelles : interdiction de gérer, faillite personnelle, action en comblement de passif. Si la cessation de paiements n'est pas déclarée dans les 45 jours, ou si des fautes de gestion sont constatées (comptabilité irrégulière, détournement d'actifs), il peut être tenu responsable des dettes sociales sur son patrimoine personnel.

Combien de temps dure une procédure de conciliation ?
La conciliation dure initialement 4 mois, renouvelable une fois, soit 8 mois maximum. Ce délai permet au conciliateur de négocier un accord avec les créanciers principaux. Une fois homologué par le tribunal, l'accord bénéficie d'une protection juridique et suspend les poursuites individuelles pendant toute sa durée d'exécution.

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires