
Jullian Hoareau

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.
1. Discrimination syndicale : ce que prévoit le Code du travail
2. Sur quel fondement le syndicat peut-il agir en justice ?
3. Intérêt collectif de la profession : les conditions de recevabilité
4. Action du syndicat et action du salarié : quelle articulation ?
5. Ce que l'employeur risque devant le juge
6. Prévenir le contentieux : bonnes pratiques de l'employeur
Un délégué syndical constate que son salaire stagne depuis sa désignation, alors que celui de ses collègues progresse. Le syndicat auquel il appartient peut alors assigner directement l'employeur. En matière de discrimination syndicale, le syndicat est légitime à agir dès que les faits portent atteinte à l'intérêt collectif de la profession, indépendamment de la démarche du salarié. Pour l'employeur, cette action s'ajoute au contentieux individuel.
Le Code du travail interdit à l'employeur de prendre en compte l'appartenance à un syndicat ou l'exercice d'une activité syndicale pour arrêter ses décisions. L'interdiction couvre toute la relation de travail, du recrutement à la rupture du contrat.
| Domaine de décision | Exemple de pratique discriminatoire |
|---|---|
| Rémunération | Exclure un élu des augmentations individuelles |
| Carrière | Bloquer une promotion après une désignation syndicale |
| Formation | Refuser les formations proposées aux collègues |
| Discipline et rupture | Sanctionner ou licencier en lien avec le mandat |
Les articles L1134-1 et suivants du Code du travail organisent les actions en justice en matière de discrimination. Ils prévoient un aménagement de la charge de la preuve : le salarié présente des éléments de fait laissant supposer une discrimination, puis l'employeur doit prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.
Les décisions de rémunération et de carrière visant des salariés mandatés se sécurisent par une documentation établie en amont.
Consulter un avocat en relations collectives
Le syndicat agit en justice sur 2 fondements distincts, qui n'obéissent pas aux mêmes conditions.
D'une part, l'article L2132-3 du Code du travail permet aux syndicats professionnels d'exercer les droits de la partie civile pour les faits causant un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession qu'ils représentent. Le syndicat agit alors en son nom propre.
D'autre part, les organisations syndicales représentatives disposent d'une action de substitution : elles agissent pour un salarié victime de discrimination sans mandat de sa part, à condition qu'il ait été averti par écrit et ne s'y soit pas opposé dans un délai de 15 jours.
| Critère | Action dans l'intérêt collectif | Action de substitution |
|---|---|---|
| Titulaire | Tout syndicat professionnel | Syndicat représentatif |
| Objet | Réparer l'atteinte à la profession | Défendre les droits du salarié |
| Accord du salarié | Non requis | Absence d'opposition après information écrite |
| Bénéficiaire | Le syndicat | Le salarié |
La recevabilité, c'est-à-dire l'acceptation par le juge d'examiner la demande, repose sur 3 conditions cumulatives :
Une discrimination fondée sur l'activité syndicale remplit en principe la troisième condition, car elle dissuade l'ensemble des salariés de s'engager. La représentativité n'est pas exigée pour cette action.
La Cour de cassation confirme cette recevabilité. Dans un arrêt du 13 janvier 2021 (n° 19-17.182), elle juge que le syndicat est recevable, sur le fondement de l'article L. 2132-3, à demander des dommages-intérêts pour l'atteinte à l'intérêt collectif de la profession, même lorsque la discrimination syndicale invoquée vise le licenciement d'un seul salarié (en l'espèce, il a été débouté au fond, la discrimination n'étant pas établie).
La recevabilité de l'action syndicale se prépare dès la réception d'une mise en demeure ou d'une assignation.
Être accompagné par un avocat en relations collectives
Les 2 actions sont autonomes : le syndicat peut agir sans que le salarié saisisse le juge, et inversement.
Le salarié saisit le conseil de prud'hommes pour obtenir la réparation de son préjudice personnel : rattrapage de salaire, repositionnement, nullité d'une sanction. Le syndicat peut intervenir dans cette instance pour demander réparation de l'atteinte à l'intérêt collectif.
Ainsi, un même fait peut entraîner 2 condamnations, l'une au profit du salarié, l'autre au profit du syndicat. Les préjudices réparés étant distincts, il ne s'agit pas d'une double indemnisation.
Le délai pour agir est de 5 ans à compter de la révélation de la discrimination, et non de la date des premiers faits.
Les conséquences d'une discrimination syndicale établie se cumulent :
Le préjudice de carrière s'évalue souvent par comparaison avec des salariés embauchés à la même période, au même niveau de qualification.
L'évaluation de l'exposition financière suppose une analyse comparative des parcours avant toute négociation.
Échanger avec un avocat en relations collectives
La prévention repose sur la traçabilité des décisions. En effet, l'aménagement de la charge de la preuve impose à l'employeur de justifier chaque décision par des critères objectifs.
Lorsque des écarts apparaissent, leur correction anticipée réduit l'exposition de l'entreprise avant toute assignation.
Oui, pour défendre l'intérêt collectif de la profession. La représentativité n'est exigée que pour agir à la place du salarié.
Non pour l'action dans l'intérêt collectif. Pour l'action de substitution, le salarié est averti par écrit et peut s'y opposer dans un délai de 15 jours.
Agissant en son nom propre, le syndicat saisit le tribunal judiciaire ou se constitue partie civile devant le juge pénal. Il peut aussi intervenir devant le conseil de prud'hommes saisi par le salarié.
Non, pas dans son action propre, qui vise la réparation du préjudice causé à l'intérêt collectif de la profession (art. L. 2132-3). Pour obtenir la régularisation de la situation d'un salarié, le syndicat représentatif peut agir sur le fondement de l'article L. 1134-2, après avoir averti le salarié par écrit, sans opposition de sa part sous 15 jours.
L'action se prescrit par 5 ans à compter de la révélation de la discrimination. Des écarts de carrière anciens peuvent donc encore être contestés.
Article L2132-3 du Code du travail - Code du travail numérique
Cour de cassation, chambre sociale, 13 janvier 2021, n° 19-17.182 - Légifrance
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin, qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire, de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL
Besoin d'un regard d'avocat sur votre situation ? Nos équipes vous accompagnent sur ces sujets.
Les modèles liés à cet article, prêts à adapter à votre situation.
Pour approfondir le sujet, d'autres analyses rédigées par nos avocats.
Besoin d'un juriste freelance, d'un conseil ou d'aide sur un litige ?