
Jullian Hoareau

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1. Clause d'exclusion de solidarité : définition et objectif
2. Solidarité et condamnation in solidum : quelle différence ?
3. Ce que juge la Cour de cassation depuis 2019
4. Garantie décennale : la limite d'ordre public de la clause
5. Maître d'ouvrage : comment négocier ou encadrer la clause ?
6. Maître d'œuvre : rédiger une clause qui tient en justice
La clause d'exclusion de solidarité est une stipulation du contrat de maîtrise d'œuvre qui limite la condamnation de l'architecte à la seule part du dommage imputable à sa faute. Elle évite que le maître d'œuvre paie pour les autres intervenants du chantier.
En effet, un même désordre résulte souvent de plusieurs fautes : une erreur de conception, une exécution défectueuse, un défaut de surveillance. Sans clause, le maître d'ouvrage peut réclamer l'entière réparation à un seul constructeur, qui se retourne ensuite contre les autres. Avec la clause, la répartition change :
Pour un directeur immobilier, ce dernier point est décisif : la clause transfère sur lui le risque de défaillance des autres constructeurs.
La lecture des clauses de responsabilité du contrat de maîtrise d'œuvre conditionne le niveau d'indemnisation en cas de désordres.
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La solidarité permet au créancier d'exiger la totalité de la dette d'un seul débiteur ; elle ne se présume pas et doit résulter de la loi ou du contrat. La condamnation in solidum est une création des juges : lorsque plusieurs fautes ont concouru au même dommage, chaque auteur peut être condamné à le réparer en entier.
Les deux mécanismes produisent le même effet pour le maître d'ouvrage. Toutefois, leur source diffère, ce qui a longtemps nourri un débat : exclure la solidarité revient-il à exclure la condamnation in solidum ?
| Critère | Solidarité | Condamnation in solidum |
|---|---|---|
| Source | Loi ou contrat | Jurisprudence |
| Condition | Texte ou stipulation expresse | Fautes ayant concouru au même dommage |
| Effet pour le maître d'ouvrage | Paiement intégral par un seul débiteur | Paiement intégral par un seul responsable |
Depuis 2019, la Cour de cassation juge que la clause d'exclusion de solidarité s'applique aussi à la condamnation in solidum. Dans un arrêt du 14 février 2019 (n° 17-26.403), la 3e chambre civile a rejeté le pourvoi et validé l'interprétation souveraine des juges du fond, selon laquelle la clause du contrat d'architecte, par l'imprécision de ses termes, s'appliquait aussi à la condamnation in solidum.
Ainsi, le juge détermine d'abord la part de responsabilité du maître d'œuvre, puis limite sa condamnation à cette part. Le maître d'ouvrage conserve son droit à réparation intégrale, mais doit l'obtenir auprès de plusieurs débiteurs.
Cette solution vaut dans le cadre de la responsabilité contractuelle de droit commun, qui sanctionne les manquements du maître d'œuvre avant réception, ou après pour les désordres non couverts par les garanties légales. De plus, comme toute clause limitative, elle ne protège pas l'auteur d'une faute lourde ou dolosive.
Qualifier le fondement d'une action en responsabilité détermine si la clause peut être opposée au maître d'ouvrage.
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La clause ne produit aucun effet lorsque la garantie décennale est engagée. Cette garantie oblige le constructeur à réparer, pendant 10 ans après la réception, les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Or l'article 1792-5 du Code civil répute non écrite toute clause qui exclut ou limite cette responsabilité.
La 3e chambre civile a jugé, dans un arrêt du 19 janvier 2022 (n° 20-15.376), rendu en responsabilité contractuelle, que la clause ne peut pas réduire le droit à réparation du maître d'ouvrage lorsque la faute de l'architecte est à l'origine de l'entier dommage.
| Fondement de l'action | Désordres visés | Effet de la clause |
|---|---|---|
| Responsabilité contractuelle de droit commun | Manquements avant réception, désordres hors garanties légales | Applicable |
| Garantie décennale | Atteinte à la solidité ou à la destination de l'ouvrage | Réputée non écrite |
| Faute lourde ou dolosive | Manquement d'une gravité particulière | Écartée |
Par conséquent, la qualification du désordre devient l'enjeu central du litige.
Le maître d'ouvrage peut supprimer la clause ou en réduire la portée lors de la négociation du contrat. Plusieurs leviers existent :
Plus la mission confiée au maître d'œuvre est étendue, plus la clause déplace de risque vers le maître d'ouvrage.
L'équilibre des clauses de responsabilité se négocie avant la signature du contrat de maîtrise d'œuvre.
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Pour produire effet, la clause doit être claire, apparente et cohérente avec les règles d'ordre public. Une rédaction ambiguë risque d'être interprétée contre la partie qui l'a proposée. Le maître d'œuvre veille donc à :
Oui, en responsabilité contractuelle de droit commun. La Cour de cassation l'admet et l'applique aussi à la condamnation in solidum depuis 2019.
Non. Le Code civil répute non écrite toute clause limitant la garantie décennale, ce que la Cour de cassation a confirmé en 2022.
Le maître d'ouvrage supporte la part non payée par cette entreprise. Il ne peut pas la réclamer au maître d'œuvre protégé par la clause, sauf en matière décennale.
Ce n'est plus indispensable depuis 2019, mais une mention expresse limite les discussions sur sa portée.
Non. Comme toute clause limitative de responsabilité, elle est écartée en cas de faute lourde ou dolosive du maître d'œuvre.
Cour de cassation, 3e chambre civile, 19 janvier 2022, n° 20-15.376 - Légifrance
Cour de cassation, 3e chambre civile, 14 février 2019, n° 17-26.403 - Légifrance
Article 1792-5 du Code civil, clauses limitant la responsabilité des constructeurs - Légifrance
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