
Jullian Hoareau

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Proposer un CDI en fin de CDD : ce que prévoit la loi
Quelles conditions pour que la proposition soit valable ?
Refus du salarié : la prime de précarité reste-t-elle due ?
Informer France Travail du refus : délai et procédure
Deux refus en un an : quel impact sur le chômage ?
Formaliser la proposition pour se protéger en cas de litige
Cas particuliers : CDD saisonnier, intérim et fonction publique
Le refus CDI après CDD obéit à une procédure écrite obligatoire depuis le 1er janvier 2024. L'article L1243-11-1 du Code du travail, issu de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022, impose à l'employeur de notifier par écrit sa proposition de poursuivre la relation en contrat à durée indéterminée (CDI). Si le salarié refuse, l'employeur doit en informer France Travail, l'organisme chargé de l'indemnisation chômage.
Ce dispositif produit 2 effets distincts. D'une part, il permet à l'employeur de ne pas verser la prime de précarité, l'indemnité normalement due à la fin d'un contrat à durée déterminée (CDD). D'autre part, il permet à France Travail de tirer les conséquences du refus sur les droits au chômage du salarié. Le décret n° 2023-1307 du 28 décembre 2023 en précise les modalités pratiques.
La proposition n'est valable que si elle porte sur un emploi équivalent à celui du CDD et qu'elle est notifiée avant son terme. L'article L1243-11-1 fixe 5 critères cumulatifs d'équivalence.
| Critère | Exigence légale |
|---|---|
| Emploi | Même emploi ou emploi similaire |
| Rémunération | Au moins équivalente |
| Durée du travail | Équivalente |
| Classification | Même classification |
| Lieu de travail | Sans changement |
La classification désigne le niveau ou le coefficient attribué au poste par la convention collective applicable. Un CDI proposé sur un autre site, ou avec un temps de travail réduit, ne remplit donc pas ces conditions.
La forme est également encadrée. L'article R1243-2 exige une notification avant le terme du CDD par l'un des moyens suivants :
La lettre accorde au salarié un délai raisonnable de réflexion et précise qu'en l'absence de réponse dans ce délai, il est réputé avoir refusé. Le texte ne chiffre pas ce délai : l'employeur le fixe en tenant compte de la date de fin du contrat.
Comparer le poste proposé au poste du CDD sur les 5 critères légaux conditionne la validité de la proposition.
Faire vérifier une proposition de CDI par un avocat
La prime de précarité n'est pas due lorsque le salarié refuse un CDI conforme aux conditions légales. L'article L1243-10 du Code du travail écarte l'indemnité de fin de contrat lorsque le salarié refuse un CDI pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente.
Cette indemnité représente 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat, ou 6 % lorsqu'un accord collectif le prévoit. Ainsi, pour un CDD de 6 mois ayant généré 12 000 € bruts, la prime s'élève à 1 200 €. Si le salarié refuse un CDI conforme, l'employeur n'a pas à la verser.
| Situation | Prime de précarité |
|---|---|
| Refus d'un CDI sur le même emploi ou un emploi similaire, à rémunération au moins équivalente | Non due |
| Refus d'un CDI à rémunération inférieure | Due |
| Refus d'un CDI sur un emploi ni identique ni similaire | Due |
| Proposition dont l'employeur ne peut pas prouver la notification écrite | Due en pratique, faute de preuve |
L'employeur dispose de 1 mois à compter du refus pour en informer France Travail, par voie dématérialisée. Le refus peut être exprès, lorsque le salarié répond par la négative, ou tacite, lorsqu'il garde le silence jusqu'à l'expiration du délai de réflexion.
L'information passe par une plateforme dédiée, prévue par l'arrêté du 3 janvier 2024. Selon l'article R1243-2, elle comporte :
Si l'information est incomplète, France Travail demande des compléments, que l'employeur fournit sous 15 jours. France Travail informe ensuite le salarié des conséquences du refus sur ses droits. L'employeur n'a donc pas à se prononcer lui-même sur l'indemnisation chômage.
Une déclaration incomplète oblige à un échange supplémentaire avec France Travail : préparer les justificatifs d'équivalence dès la proposition limite ce risque.
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Le salarié qui refuse 2 propositions de CDI conformes en 12 mois perd le bénéfice de l'allocation d'assurance chômage. L'article L5422-1 du Code du travail prévoit ce refus d'indemnisation, sauf si le salarié a été employé en CDI au cours de la même période.
Un seul refus n'a donc pas d'effet sur les droits au chômage. Par exemple, un salarié qui refuse un CDI en mars 2025, puis un second auprès d'un autre employeur en janvier 2026, cumule 2 refus en moins de 12 mois. Il ne peut alors pas percevoir l'allocation, sauf s'il a occupé un CDI dans l'intervalle.
Une proposition écrite, datée et détaillée constitue la principale protection de l'employeur en cas de contestation. Devant le conseil de prud'hommes, la juridiction compétente pour les litiges entre employeurs et salariés, l'employeur doit pouvoir démontrer que l'offre respectait les conditions légales.
La lettre de proposition mentionne utilement :
L'employeur conserve ensuite l'accusé de réception ou la décharge signée, la réponse du salarié et la copie de la déclaration faite à France Travail.
La rédaction de la lettre et la conservation des preuves déterminent l'issue d'une contestation sur la prime de précarité.
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Les contrats saisonniers n'ouvrent en principe pas droit à la prime de précarité, sauf disposition conventionnelle contraire. Le refus d'un CDI n'a donc pas d'effet financier sur une prime qui n'est pas due.
Les articles L1251-33-1 et R1251-3-1 du Code du travail transposent le même mécanisme au travail temporaire. Lorsque l'entreprise utilisatrice propose un CDI au salarié intérimaire, elle suit une procédure symétrique : proposition écrite, délai de réflexion et information de France Travail en cas de refus.
Les agents contractuels de droit public relèvent de règles propres à la fonction publique, et non du Code du travail. Le dispositif décrit dans ce guide ne s'applique donc pas à eux.
Oui, le salarié reste libre de refuser. Ce refus a toutefois des conséquences : il perd la prime de précarité si l'offre est conforme, et 2 refus en 12 mois le privent de l'allocation chômage, sauf CDI occupé sur la période.
La loi impose un délai raisonnable sans en fixer la durée. L'employeur le précise dans la lettre et indique qu'en l'absence de réponse, le salarié est réputé avoir refusé.
Non, depuis le 1er janvier 2024, la proposition doit être notifiée par écrit avant le terme du CDD. Elle passe par une lettre recommandée, une remise en main propre contre décharge ou tout moyen donnant date certaine.
Elle comporte la description de l'emploi proposé, les éléments justifiant son équivalence, la date limite du délai de réflexion et la date du refus. Elle est transmise sous 1 mois par voie dématérialisée.
Non, la prime reste due si la rémunération proposée est inférieure à celle du CDD. L'exclusion ne joue que pour un emploi identique ou similaire, à rémunération au moins équivalente.
Décret n° 2023-1307 du 28 décembre 2023 relatif au refus d'un CDI à l'issue d'un CDD - Légifrance
Conséquences du refus d'un CDI par le salarié en CDD ou intérimaire - Code du travail numérique
Article R1243-2 du Code du travail - Code du travail numérique
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