Importante augmentation de rémunération du gérant de SARL et abus de majorité

Guides & Ressources pratiques
28/10/2026
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6 min de lecture
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Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La rémunération du gérant de SARL est fixée par les statuts ou par décision collective des associés.
  2. Le gérant associé peut voter sur sa propre rémunération, même s'il est majoritaire.
  3. Une augmentation de rémunération du gérant peut être annulée pour abus de majorité si elle est contraire à l'intérêt social et favorise les majoritaires au détriment des minoritaires.
  4. Le minoritaire peut demander la nullité, prescrite par 2 ans depuis le 1er octobre 2025, et des dommages-intérêts.
  5. Une hausse motivée par des éléments chiffrés et présentée aux associés avant le vote limite le risque de contestation.

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Sommaire

Qui fixe la rémunération du gérant de SARL ?

Gérant majoritaire : peut-il voter sa propre rémunération ?

Abus de majorité : définition et critères retenus par le juge

Quand une forte augmentation de rémunération devient-elle abusive ?

Recours de l'associé minoritaire : nullité et dommages-intérêts

Sécuriser une hausse de rémunération du gérant en pratique

FAQ

Pour aller plus loin

Dans une SARL, les associés majoritaires peuvent voter une forte augmentation de rémunération du gérant sans l'accord du minoritaire. Cette liberté a une limite, l'abus de majorité : si la hausse est contraire à l'intérêt de la société et profite aux seuls majoritaires, le juge peut l'annuler et accorder des dommages-intérêts. Le gérant s'expose aussi à la restitution des sommes perçues.

Qui fixe la rémunération du gérant de SARL ?

La rémunération du gérant de SARL est fixée soit par les statuts, soit par une décision collective des associés. Les gérants sont nommés par les associés, selon l'article L. 223-18 du code de commerce. La décision est prise en assemblée générale ordinaire, à la majorité de plus de la moitié des parts sociales en première consultation, sauf clause statutaire plus exigeante.

La rémunération peut combiner :

  • part fixe : montant mensuel ou annuel ;
  • part variable : pourcentage du chiffre d'affaires ou du résultat ;
  • avantages en nature : véhicule, logement ;
  • remboursement de frais sur justificatifs.

Fixer la rémunération du gérant suppose une décision régulière et des statuts adaptés à la répartition du capital.
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Gérant majoritaire : peut-il voter sa propre rémunération ?

Oui, le gérant associé, même majoritaire, peut voter sur sa propre rémunération. La Cour de cassation juge que cette décision ne relève pas des conventions réglementées, c'est-à-dire des accords entre la société et son dirigeant soumis à un rapport spécial aux associés. La rémunération découle en effet du mandat social.

Un gérant qui détient plus de 50 % des parts peut donc faire adopter seul son augmentation. Le seul contrôle restant est celui de l'abus de majorité.

Situation du gérantVote sur sa rémunérationContrôle possible
Non associéAucun voteIntérêt social
Associé minoritaireVote avec ses partsAbus de majorité des autres associés
Associé majoritaireDécide seulAbus de majorité

Abus de majorité : définition et critères retenus par le juge

L'abus de majorité est une décision collective prise contrairement à l'intérêt social et dans l'unique dessein de favoriser les majoritaires au détriment des minoritaires. Il repose sur 2 critères cumulatifs :

  1. Contrariété à l'intérêt social : la décision appauvrit la société sans contrepartie. L'intérêt social désigne l'intérêt propre de la société, distinct de celui de chaque associé.
  2. Rupture d'égalité entre associés : la décision procure aux majoritaires un avantage dont les minoritaires sont privés.

La preuve incombe au minoritaire. Le juge ne fixe pas le bon montant : il sanctionne le détournement du pouvoir majoritaire.

L'analyse d'une décision contestée exige de reconstituer la situation financière de la société au jour du vote.
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Quand une forte augmentation de rémunération devient-elle abusive ?

Une forte augmentation de rémunération du gérant devient abusive lorsqu'elle est sans rapport avec la situation financière de la société et le travail fourni. La loi ne fixe aucun seuil chiffré : le juge apprécie un faisceau d'indices.

Indice examinéCe qui fragilise la hausseCe qui la justifie
RésultatsPertes ou trésorerie tendueCroissance du chiffre d'affaires ou du résultat
DividendesSuppression au même momentDistribution maintenue
MissionsFonctions inchangéesResponsabilités élargies
MontantAbsorbe l'essentiel du bénéficeCohérent avec le secteur
CalendrierVote en plein conflit entre associésDécision préparée et motivée

Le cas typique : un gérant majoritaire capte le bénéfice par sa rémunération et prive le minoritaire de tout dividende.

Recours de l'associé minoritaire : nullité et dommages-intérêts

L'associé minoritaire peut demander au tribunal de commerce l'annulation de la décision abusive et des dommages-intérêts.

L'action en nullité. Depuis le 1er octobre 2025, les actions en nullité en droit des sociétés se prescrivent par 2 ans au lieu de 3, selon l'article 1844-14 du code civil modifié par l'ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025. Cette réforme a rendu la nullité facultative : le juge vérifie notamment le grief subi par le demandeur.

Les dommages-intérêts. Ils réparent le préjudice personnel du minoritaire, comme la perte de dividendes, et sont dus par les majoritaires auteurs de l'abus.

Les risques encourus :

  • pour la société : annulation de la décision, frais de procédure et refus possible de déduction fiscale de la part excessive ;
  • pour le gérant : restitution des sommes perçues, demande de révocation judiciaire pour cause légitime, poursuites pour abus de biens sociaux en cas de mauvaise foi.

Une contestation se prépare avec les comptes sociaux, les procès-verbaux et l'historique des rémunérations.
Être accompagné par un avocat en droit des sociétés

Sécuriser une hausse de rémunération du gérant en pratique

Une hausse est sécurisée lorsqu'elle repose sur des éléments objectifs présentés aux associés avant le vote.

  1. Motiver : rattacher la hausse à des résultats chiffrés ou à de nouvelles missions.
  2. Informer : joindre à la convocation le montant, sa structure et son coût.
  3. Comparer : se référer aux rémunérations de fonctions comparables dans le secteur.
  4. Préserver l'équilibre : maintenir une distribution de dividendes aux minoritaires.

Le procès-verbal doit retranscrire les justifications présentées : c'est la première pièce examinée en cas de litige.

FAQ

Un associé minoritaire peut-il bloquer une augmentation de rémunération du gérant ?

Non, sauf si les statuts exigent une majorité renforcée qu'il peut empêcher d'atteindre. Il conserve en revanche l'action en nullité pour abus de majorité.

Quel est le délai pour contester la décision ?

L'action en nullité se prescrit par 2 ans depuis le 1er octobre 2025, contre 3 ans auparavant.

Une forte augmentation est-elle abusive par principe ?

Non, le montant seul ne suffit pas. Le juge vérifie si la hausse est contraire à l'intérêt social et si elle favorise les majoritaires au détriment des minoritaires.

Le gérant doit-il rembourser en cas d'annulation ?

Il peut y être tenu. L'annulation prive les versements de leur fondement, et la part de rémunération issue de la décision annulée peut être réclamée.

La rémunération du gérant doit-elle figurer dans les statuts ?

Non. Elle peut être fixée par une décision collective ultérieure, ce qui évite de modifier les statuts à chaque évolution.

Pour aller plus loin

Article L223-18 - Code de commerce - Légifrance

Code civil, Gérance (articles 1846 à 1851) - Légifrance

Nomination du dirigeant d'une société - Entreprendre.Service-Public

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