
Jullian Hoareau

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Garantie effondrement : définition et champ d'application
Menace imminente d'effondrement : quand la garantie joue-t-elle ?
Principe indemnitaire : ce que dit l'article L121-1
Travaux plus chers que l'ouvrage : l'apport de l'arrêt de 2026
Preuves et démarches pour obtenir l'indemnisation
Entreprise défaillante : les limites de l'action directe
La garantie risque d'effondrement couvre les dommages subis par un ouvrage qui s'effondre, ou menace de s'effondrer, avant sa réception. La réception est l'acte par lequel le maître d'ouvrage accepte les travaux. Avant cette date, ni l'assurance décennale ni l'assurance dommages-ouvrage ne couvrent ce sinistre.
Cette garantie est facultative et souscrite par l'entreprise de construction. Il s'agit d'une assurance de choses (ou de dommages) : elle indemnise la perte matérielle de l'ouvrage, et non la responsabilité de l'entreprise envers un tiers. Son étendue dépend donc de la définition du sinistre retenue par la police.
Une définition contractuelle trop étroite laisse le chantier sans couverture avant réception : sa rédaction se vérifie dès la souscription.
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La garantie joue lorsque la situation correspond à la définition contractuelle du sinistre, et non à une notion générale d'effondrement. De nombreuses polices visent deux hypothèses : l'effondrement effectif et la menace grave et imminente d'effondrement. Dans ce second cas, l'ouvrage tient encore, mais un risque avéré de rupture impose d'intervenir.
Dans un arrêt du 2 avril 2026 (Cass. 2e civ., n° 23-23.754), une copropriété avait subi l'abaissement d'un plancher après la rupture de solives. La cour d'appel avait refusé la garantie faute d'événement soudain ; la Cour de cassation l'a censurée en appliquant l'article 1103 du code civil, selon lequel le contrat tient lieu de loi aux parties. En effet, la police visait un effondrement total ou partiel imposant de remplacer ou reconstruire la partie endommagée, sans exiger de soudaineté.
Le principe indemnitaire interdit que l'assurance enrichisse l'assuré. Selon l'article L121-1 du code des assurances, l'indemnité ne peut pas dépasser la valeur de la chose assurée au moment du sinistre. Cette règle est d'ordre public : aucune clause du contrat ne peut l'écarter.
Pour un immeuble, cette valeur peut s'apprécier comme la valeur de reconstruction, c'est-à-dire le coût pour rebâtir l'ouvrage.
L'analyse d'un sinistre suit trois étapes :
1. Le champ : la situation entre-t-elle dans la définition contractuelle de la garantie ?
2. La nature des travaux : remédient-ils au risque ou améliorent-ils l'ouvrage ?
3. Le plafond : le montant reste-t-il sous la valeur de reconstruction ?
L'articulation entre définition du sinistre et plafond légal conditionne le montant récupérable : elle se prépare avant toute discussion avec l'assureur.
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L'arrêt du 24 septembre 2026 (Cass. 3e civ., n° 24-19.119) censure, pour défaut de base légale, le refus d'indemniser des travaux plus chers que l'ouvrage détruit, faute d'avoir recherché s'ils remédiaient à une menace grave et imminente d'effondrement. Le mur de soutènement d'une maison en contrebas d'une dune menaçait de s'effondrer avant réception. L'expert préconisait une paroi berlinoise, un écran de soutènement ancré dans le sol, pour 65 016 euros TTC.
La cour d'appel de Bordeaux avait limité l'indemnité à la valeur du mur. La Cour de cassation a cassé cette décision pour défaut de base légale, c'est-à-dire pour motivation insuffisante : les juges n'avaient pas recherché si la dépense visait à remédier à la menace grave et imminente d'effondrement couverte par la police.
| Question | Cour d'appel de Bordeaux (16 mai 2024) | Cour de cassation (24 septembre 2026) |
|---|---|---|
| Point de départ | Montant de l'indemnité | Champ contractuel de la garantie |
| Finalité des travaux | Non examinée | À rechercher : traitement de la menace ou amélioration |
| Limite de l'indemnité | Valeur du mur | Non fixée : cassation faute d'avoir recherché si les travaux remédiaient à la menace garantie |
Ainsi, le champ de la garantie s'examine avant le montant. L'assuré doit toutefois prouver que les travaux traitent le risque et n'améliorent pas l'ouvrage.
L'indemnisation repose sur une double preuve : le sinistre entre dans la définition contractuelle, et les travaux y répondent sans excéder ce besoin.
Un dossier d'expertise construit autour de la définition contractuelle limite les contestations de l'assureur sur la finalité des travaux.
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En principe, le maître d'ouvrage ne peut pas agir directement contre l'assureur de l'entreprise au titre d'une garantie de dommages. L'action directe (article L124-3 du code des assurances) permet à la victime de réclamer l'indemnité à l'assureur de responsabilité de l'auteur du dommage. Or la garantie risque d'effondrement est une assurance de choses souscrite par l'entreprise.
| Critère | Assurance de dommages (garantie effondrement) | Assurance de responsabilité |
|---|---|---|
| Objet | Indemniser la perte de l'ouvrage | Indemniser le tiers lésé |
| Action directe du maître d'ouvrage | Non, en principe | Oui (article L124-3) |
| Plafond légal | Valeur de la chose assurée (article L121-1) | Plafonds du contrat |
Ce point devient sensible lorsque l'entreprise fait l'objet d'une procédure collective, c'est-à-dire d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire : le maître d'ouvrage dépend alors d'un assuré défaillant. L'arrêt du 24 septembre 2026 ne tranche pas cette question.
Non, elle est facultative. Elle se distingue de l'assurance décennale obligatoire et de l'assurance dommages-ouvrage.
Oui, lorsque la police vise la menace grave et imminente d'effondrement. Sans cette mention, seul l'effondrement effectif est couvert.
Seulement si le contrat le stipule expressément. Dans son arrêt du 2 avril 2026, la Cour de cassation a refusé d'ajouter une condition de soudaineté absente de la police.
Pas nécessairement, mais la question reste ouverte. L'arrêt du 24 septembre 2026 casse la décision qui avait exclu des travaux plus chers que l'ouvrage, faute d'avoir recherché s'ils remédiaient à une menace grave et imminente d'effondrement.
En principe non : l'action directe de l'article L124-3 du code des assurances vise l'assurance de responsabilité. Le maître d'ouvrage reste donc exposé si l'entreprise fait l'objet d'une procédure collective.
Cour de cassation, chambre civile 2, 2 avril 2026, 23-23.754 - Légifrance
Malfaçon : mettez en œuvre les garanties - Ministère de l'Économie (DGCCRF)
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